‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 59 sur 197 · Victor- A médée II, en · texte numérisé non relu

Victor- A médée II, en

agréable vallée pour arriver à Asti, qui est un évêché, mais qui n'est curieux par aucune beauté. Cette ville est assez vilaine; elle n'a qu'une vieille enceinte prodigieusement grande. Nous logeâmes à la « Poste » où Ton est très bien^ Il V avoit en garnison quatre compagnies du chevalier de Brisac-; blanc doublé de bleu.

ALEXANDRIE. — D'Asti à Alexandrie il y a quinze milles. Le chemin qui y conduit en est assez droit. L'on passe plusieurs plaines qui me parurent très mauvaises à cause de la pluie qu'il faisoit. Nous logeâmes à « La Treille » où l'on n'est pas mal. Cette ville est du duché de Milan, mais le duc de Savoie en est le maître. Ce ne sera pas pour longtemps, selon les apparences ^ En tout cas, il n'est pas possesseur d'une trop belle cité. Elle est grande, très mal bâtie, et fort malpropre. Les fortifications consistent en de vieilles murailles avec, quelquefois, des ouvrages de terre. Cependant il y a des façons de bastions revêtus. Elle est traversée par la rivière de Tanaro, qui se jette, fort près de là, dans le Pô. A en juger par la Cathédrale, les églises ne peuvent satisfaire la curiosité. Il y a quelques maisons de belle apparence. Tous les ans, i^ s'y tient une foire qui dure douze jours. Je la vis : elle est composée de toutes sortes de marchandises et se tient dans un enclos où les boutiques sont bâties.

Il y avoit une assez bonne comédie italienne où nous fûmes. Mme la Marquise Trotti* y vint à moi, me demander

1. PoLLNiTz (t. II, p. 339). « Je n'y ai trouvé de bon que l'auberge, une des meilleures d'Italie. »

2. J.-P. DE Brissac qui servit sur mer et combattit contre les Turcs au siège de Corfou (1716). Il mourut en 1764.

3. Par le traité de Turin, du 25 octobre 1703, l'empereur Léopold I" avait cédé au duc de Savoie les provinces d'Alexandrie et de Valence, la Lomelline, la vallée de Sesia; cette session avait été confirmée par le traité d'Utrecht du 11 avril 4713. Les ducs de Sardaigne cédèrent et perdirent par la suite les autres terres, ^mais celles des ducs de Montferrat furent définitivement incorporées au Piémont.

4. Le code donne Strotti, au lieu de Trotti. La marquise appartenait à

et me parler de mon oncle, en m'offrant ses services. Elle est encore jeune et jolie. Le roi de Sicile y avoit en garnison le régiment de ses gardes, bleu doublé de rouge avec des boutons de cuivre; celui de Piedmont, blanc doublé de rouge ; ceux de Savoy e et de Montferrat, blanc doublé de bleu, sans autre différence que les poches, et celui de Deysortes rouge, blanc, doublé de vert. Tous les régimens ont des boutons d'étolïe blanche et sont beaux. Il y avoit encore quatre compagnies de cavalerie de Brissac, qui m'a paru assez mal tenue. Nous passâmes l'après-midi dans cette ville. Nous en partîmes le lendemain pour aller à Pavie.

TORTONE. — A un demi-mille, nous passâmes la Bormide^ à la traille. Cette rivière est dangereuse assez souvent. Après l'avoir passée, nous fîmes environ un mille et nous trouvâmes un chemin fort large, droit et garni d'arbres à droite et à gauche, jusques au bord de la Scrivia que nous passâmes au gué. Cette rivière est sous le canon de Tortone où nous fûmes dîner à « La Croix blanche » pleine de bonnes gens, et où Ton n'est pas mal. Cette ville n'est recommandable par aucun bâtiment ni par aucune église. J'en vis une partie, j'en fus puni. C'est cependant un évêché et une place de guerre environnée de bastions et de courtines fort rasantes mais, à la vérité, n'ayant que peu ou point de fossé. Il n'en est pas de même d'une citadelle, qui de loin m'a paru entretenue et qui commande à toute la ville et la défend. Il n'y avoit en tout, en garnison, que cinq cents hommes du chevalier de Canis, tout blancs, qui sont depuis neuf mois sans paye. M. de Litta^, gentilhomme milanois, en estoit gouverneur. Il me fît faire des honnêtetés à cause de mon oncle. Cette place est du Milanois (7).

une grande famille milanaise. Elle s'informe de l'oncle paternel de Caylus, le chevalier de Caylus (v. Introduction).

Page 1