François Farnèse
3. Elisabeth Farnèse, fille du duc François et Dorothée de Neubourg, reine d'Espagne, épouse de Philippe V. Fière et opiniâtre, elle agita l'Europe et épuisa l'Espagne pour procurer des couronnes à ses enfants.
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marbre ornés d'amours et de bas-reliefs de bronze. L'un< est d'Alexandre Farnèse', troisième duc de Parme, et c'esi la plus belle : l'autre, de Ranuce Farnèse. Son cheval esi faux en bien des choses. Le Dôme, antique, très vilain. La porte n'est pas vis-k-vis de l'autel. De là nous fûmes à l'église de St-Vi?icent ornée par toute la nef de très vilainesdécorations d'Opéra. St-Augustin est dans une rue superbe par sa longueur et sa largeur — nommée « Stradone, » avec des piliers de pierre de distance en distance, pour faire une séparation pour les gens de pied. — Le portail de cette église n'est pas encore commencé, mais le dedans en est gracieux. C'est une colonnade riante, fort longue et faite avec goût ; du reste, l'on y voit trop de statues de pierre qui ne sont pas bonnes et quelques ornemens de trop dans les chapelles. Nous vîmes dans la sacristie un Calvaire en basrelief de bois très beau et d'un travail infini. Il y a deux grands cloîtres très beaux : il y en a un qui a une très belle vue au second étage. Cette église est servie par des chanoines de St-Jean-de-Latran.
Nous fîmes un marché de deux chaises avec une vieille comtesse plus juive que toute la Judée. Nous la plantâmes là, et achetâmes les deux voitures de Francesco vingt-cinq louis, et comme le maître de la poste ne nous voulut pas donner la cambiature, nous prîmes des chevaux de la ville qui nous menèrent pour le même prix et le même train. Nous fîmes treize milles de beau et agréable chemin sur les terres de Parme jusques à Monticello, qui est à cinq milles de Crémone et qui est le dernier de l'Estat de Parme. Depuis ce village jusques au gîte, le chemin est épouvantable.
CREMONE. — Nous passâmes le Po qui est sur la place de la ville. Il peut avoir un demi-mille de large en cet endroit; nous le passâmes en deux barques. II estoit trop
1, Grand capitaine an service de Philippe II d'Espag^ne. Kannce, son fils, gouvernenr des Pays-Bas, qu'il dompta par les supplices.
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bas pour que la traille put marcher. Nous vîmes les restes du pont de bois qui a esté fait dessus par les François : le coup d'œil de la \i[\e est assez beau. Nous donnâmes douze paules pour le passer et nous vînmes loger « au Chapeau » qui n'est pas mauvais. Gomme dans tout Testât de Milan la poste ne donne point de cambiature et que Crémone appartenoitaux Allemands, nous gardâmes nos mêmes chevaux en payant huit paules par chaise et autant pour nos trois chevaux par poste. Le lendemain, nous fûmes voir dans Crémone , le Dôme, église très courte pour sa largeur, sombre, sans goût, et quelques tristes tombeaux de ses évêques, parmi lesquels il y en a un en pyramide, de marbre, assez beau. Nous montâmes à l'Horloge qui tient à cette même église, bâtiment assez beau pour sa hauteur, mais moderne. 11 est de briques : il y a quatre cent quatre vingt dix-huit marches pour arriver au bas d'une flèche qui peut avoir encore quarante à cinquante pieds. La vue de cet endroit est magnifique. Le temps n'estoit pas trop serein, aussi nous n'en jugeâmes que faiblement. — On lit en bas cette inscription : Alto B. CCXLVIII : largo da basso B. XX VLO. VIII. — Nous vîmes que la ville est ronde. Nous fûmes voir Tégout par où le Prince Eugène ^ avoit esté près de surprendre la place. L'on nous montra le lieu sur le rempart ou estoient les maisons du Prince et l'église que les François avoient fait raser, à la place desquels ils avoient élevé une colonne de marbre avec une inscription qui apprenoit l'histoire, mais les Allemands l'ont abattue.
Nous vîmes les dehors du plus vilain château, qui m'a paru le plus mauvais, qui est celui de la ville, gardé avec grande précaution par les Impériaux. Notre curiosité ne fut point jusques à demander la permission d'y entrer. Nous fûmes de là voir la plus belle église de cette ville, qui est Saint-Pierre. Elle est ornée de beaucoup de peintures, mais qu'en tout je n'aime point et qui ne peut paroître un peu
1. Eugène de Savoie (1663-1736), fils du comte de Soissons et d'Olympe Mancini, un des plus grands hommes de guerre de son temps. En 1712,.
que parce qu'elle se trouve dans Crémone, laquelle, du reste, est très mal peuplée au point qu'on peut la nommer déserte. Cependant les rues sont assez ouvertes, fort claires, bien pavées. L'on v voit quelques belles maisons, mais avec le peu de monde qui les habitent, il est impossible qu'elles subsistent. Les fortifications ou les revêtemens qui existent sont dans un délabrement affreux. Il n'v avoit en «garnison que les compagnies du régiment de dragons du Prince Eugène, rouge, parement noir, composées de toutes nations et qui n'ont jamais esté montées. Les compagnies en sont de cent hommes. Il y avoit encore quatre autres compagnies des cuirassiers de Visconti, blanc doublé de bleu. Ce que je vis de ces troupes me parut assez médiocre, mal tenu. Après cela, elles estoienttrès mal payées, et cela n'est point étonnant (16).
Nous fûmes voir le fameux Stradivarius ^ Levailler y acheta un violon pour quatre vieux louis, valant quarantehuit livres de France. La ville de Crémone ne renfermant que de si médiocres beautés, et mon principal motif n'ayant esté que de voir le théâtre des plus vives actions de la guerre et la plus honorable pour la valeur de notre nation, nous en partîmes à midi et vînmes sur les terres de Crémone, pendant dix milles, par le plus vilain chemin du monde, et qui doit être épouvantable pendant les pluyes de l'hiver, quoyque l'on en fasse trois milles le long d'une chaussée qui conduit jusqu'au Pô, et qui sert à le retenir dans ses inondations.
Nous nous embarquâmes au port d'Ensa, et nous fîmes trois milles sur le fleuve en une demi-heure. Il estoit bas; toutes nos voitures et nos chevaux estoient dans ce même bateau qui faisoit eau de tous côtés, et nous en sortîmes avec joie et nécessité au pont de Ragazzola. Il ne nous en
ce Prince, général des armées impériales, assiégea la garnison française de Crémone commandée par Villeroi et le fit prisonnier.
i . Stradivarius Antonio (1644-1737), facteur de violons. Son nom a passé dans la langue comme synonyme de violon excellent et de grand prix.
■coûta que douze paules. Ce pont est le premier de Testât de Parme. De ce côté, nous trouvâmes ensuite le plus beau et le plus agréable chemin du monde et qui ne peut jamais estre mauvais en aucun temps, parce qu'il est un peu ferré. Nous le suivîmes pendant huit milles, jusques à Saint-Second, très beau bourg assez agréablement bâti. Nous n'y vîmes rien de remarquable. Nous logeâmes (( Aux Armes de saint Second » chez de bonnes gens où nous ne fûmes point mal, et où nous bûmes le meilleur vin que nous eussions encore trouvé en Italie. Nous continuâmes notre chemin et fîmes dix milles d'un très beau et très agréable chemin en tout temps, pour arriver le soir à Parme.
PARME. — Nous passâmes à moitié chemin le Parme, au gué, parce que ses eaux estoient extraordinairement basses. Ordinairement, on le passe à la traille. Nous vînmes débarquer « Au Paon » où l'on n'est point mal ; Ton y est assez bien logé. Nous crûmes prendre un carrosse de louage, point du tout. Il se trouva que c'estoit celui d'un cavalier de la ville, qui permettoit à son cocher de promener son équipage pour ce qu'il en pourroit retirer. C'est, à ce que Ton m'a assuré, la mode du pays, fondée avec d'autant plus de justice que les domestiques ont très peu de gages. Nous nous servîmes de cet honnête équipage pour aller au château du duc, voir ce que je m'en vais détailler, ce que l'on ne peut faire sans une permission par écrit du gouverneur que l'on paye un teston^
Dans une des cours du Château neuf, qui m'a paru d'une architecture simple et le bâtiment fort triste, l'on entre par un grand passage à carrosse sous une espèce de vestibule dans lequel on monte plusieurs marches pour arriver à un degré fort beau, assez bien distribué, vis-à-vis duquel l'on
1. Les ducs de Parme sont extrêmement jaloux des choses qui leur appartiennent. On ne peut voir le théâtre sans un ordre de la main du duc. Montesquieu, t. Il, p. 114.
trouve cette grande et superbe salle à' Opéra que l'on ne peut imaginer sans avoir vue. Elle est longue, en comptant le théâtre, Torchestre et le parterre, d'environ 155 pas des nôtres; mais ce qu'il y a de plus surprenant, c'est qu'en parlant à peu près du ton ordinaire de la conversation, vous estes entendu de tous les endroits de cette superbe salle. Nous l'éprouvâmes par les mouvemens que celui qui nous conduisoit, ordonnoit tout bas à côté de nous à deux suisses qu'il avoit exprès laissés à l'autre bout. On peut aussi faire entrer quand on veut trois pieds d^eau dans le parterre de cette salle, et l'on voit des gondoles faites pour représenter de petits combats sur le bassin. Il y avoit vingtquatre ans que l'on avoit représenté dans ce lieu; mais au mariage de la princesse de Parme, l'on représenta une pastorale. Il n'y avoit que deux mois que cela s'estoit fait quand nous y passâmes. A la droite de ce degré, l'on trouve une galerie longue de plus de cinquante pas, ornée d'un nombre I considérable d'originaux de tous les plus fameux peintres d'Italie. 11 y en a aussi d'autres pays. L'on sort de cette grande galerie pour entrer dans une plus petite où dans plusieurs cabinets d'ébène, l'on trouve plusieurs curiosités, soit en cristaux, en agathe, en ambre, pièces de rapport, yvoire, horloges, etc. Cette petite galerie donne dans un cabinet rempli d'un nombre prodigieux de médailles, que Ton dit très belles, de dessins au crayon ou à la plume, dont il y en a quelques-uns de très beaux. L'on y voit aussi plusieurs chevaux et statues antiques, des lampes et quelques divinités des Anciens. L'on y voit des tables d'airain où sont écrites, en latin, des lois des Romains. Il y en a deux carrées bien entières qui peuvent avoir deux pieds et demi en carré : il y en a d'autres un peu plus petites, écrites en grec des deux côtés, et dont il y a plus que la moitié de rompu. Il y en a aussi trois ou quatre plus petites qui estoient apparemment attachées sur des colonnes. Elles sont toutes assez difciles à lire soit à cause du mauvais caractère, soit à cause des abréviations. Cependant, nous en avons lu une,
mon camarade et moi, qui estoit faite pour les voyageurs*.
A gauche de ce degré dont j'ai parlé, l'on trouve la Bibliothèque'^ dont le vaisseau est assez joli, d'une boiserie simple, mais il n'est pas des plus grands. Les livres en sont bien tenus. Le bibliothécaire nous a voulu persuader qu'il y avoit quarante mille volumes : ce nombre me paroît un peu fort. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils sont tous fort serrés, que tout est plein et que ce que j'en ai vu, m'a paru bien choisi. L'on m'a dit, sans vouloir me les montrer parce que cela est défendu sans la présence de deux des trois cavaliers nommés par le duc de Parme, qu'il y avoit beaucoup de manuscrits, surtout des grecs. On ne m^a montré que les bulles et les ordonnances du Concile de Constance^, quoyque l'on voye des sceaux, qui, à la vérité, ne sont que de plomb. Je ne suis pas persuadé que ce livre soit l'original comme le bibliothécaire nous l'a dit.
Le Dôme, ou cathédrale^ car c'est le mot général, est une ancienne et vieille église. La calotte est, à ce que l'on dit, peinte par le Corrège*. Je n'ai vu dans cette église, qui est pavée de marbre, aucune beauté mais bien quelques singularités, entr'autres, celle de l'autel qui est très ancien. Il est de marbre représentant quatre figures de saints aussi mal bâtis que l'on en puisse trouver. Il y en a un qui coupe la teste de deux hommes d'un seul coup de sabre. Cet autel ■est de la même élévation que les nôtres, mais il est d'environ deux pieds moins long. A gauche de l'autel, au-dessus des chaires des prêtres, il y a une inscription de cuivre assez simple où l'on lit qu'un nommé Vidiboldo estoit cha-
1. Médailles, inscriptions, pierres tumulaires, etc., se voient aujourd'hui à l'entresol et au rez-de-chaussée du Musée d Antiquités fondé en 1700.
2. Cette même bibliothèque possède aujourd'hui toutes les lettres autographes que le voyageur écrivit 44 ans plus tard au bibliothécaire du duc, le théalin Paciaudi: ces lettres, signalées pour la première fois par les de Goncourt, furent soigneusement classées, annotées et publiées par Gh.-N. NiSARD (v. Introduction).
3. Célèbre concile convoqué en 1414 pour mettre fin au grand schisme d'Occident.
4. Effectivement, le Corrège peignit cette fameuse coupole, représentant l'Assomption de la Vierge.
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noine de cette église, neveu de Charlemagne et qu'il est enterré là. Il y a aussi dans l'église grand nombre de mauvaises épitaphes, parmi lesquelles j'ai trouvé celle-ci qui jie m'a pas déplu.
Martin us Maivacca
doctor et eques, nolens discretîoni heredum stare, vivens posait.