‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 89 sur 197 · Piazza dei signori ou piazza Dante · texte numérisé non relu

Piazza dei signori ou piazza Dante

3. Can Grande I" délia Scala (m. 1329) Mastino I" (m. 1277) Mastino II (m. 1351).

4. Les Scala ou Scalificr, célèbre faniille gibeline de Vérone, gouvernèrent la ville de 1259 à 1381. Le plus illustre, Cane I, dit le Grand, vain-

le podestat de cette ville. Il marchoit [entre] deux carrosses, précédé de trente de ces Dalmates, le fusil sur l'épaule. Ils avoient bonne mine * . Le maistre de poste de Vérone ne voulut point nous donner la cambiature ; ce n'est point l'usag-e des terres delà République. Aussi je fis marché avec un voiturin pour sept chevaux jusques à Padoue moyennant douze philippes. Nous quittâmes le 17 notre cabaret de « La Tour » tenu par de bonnes gens, et nous vînmes, par un chemin fort rude, coucher à Vicence. Nous descendîmes « Au Soleil. » L'hôte est honnête homme contre l'ordinaire de ceux de cette ville remplie de coquins ainsi que de comtes sur lesquels à tout moment l'on marche. Il y en avoit naturellement dans Padoue, Vicence et Vérone quand Venise a pris ces villes sous sa domination. La République, par politique, en a fait encore un grand nombre pour contrecarrer les autres ; ainsi dans ces villes, l'on voit beaucoup de noblesse crottée, que les nobles vénitiens regardent du haut de leur grandeur et sur laquelle ils exercent leur empire.

Le terrain de Vérone n'est pas trop bon ; en approchant de Vicence on le trouve plus fertile. Nous dînâmes en chemin à un endroit où il n'y a que quatre maisons nommées La Toj-re dei Con/ini. Ce lieu est à 17 milles de Vérone et est, en •effet, les limites du territoire de cette ville et du terrain de Vicence où nous couchâmes. Nous en repartîmes le lendemain et vînmes, par un très mauvais chemin, coucher à Padoue. Les pierres répandues ça et là et les bourbiers rendent cette route très mauvaise. Tout le terrain de la République de Venise est planté de mûriers blancs ou autres arbres tenus fort bas. Des vignes sont plantées à leur pied et se joignent en festons d'un arbre à l'autre. C'est, dit-on, un agréable point de vue en esté. Nous passâmes la Brenta sur un pont de pierre à environ deux milles de Vicence, et à trois de Padoue.

queur de Padoue et de Trévise, lieutenant des empereurs Henri VU et Louis IV, fut l'ami du Dante, auquel il donna asile. 1. V. sur le même sujet de Brosses, t, I, lettre XII.

70 VOYAGE d'iTAUE

PADOVE. — Nous vînmes loger chez nos bonnes gens de (( La Reine d'Angleterre. » Notre hôte était un vieillard de cent-neuf ans, marchant tout seul et ayant tous ses sens. Gomme il n'estoit que le 18, nous résolûmes de nous tranquilliser (sic) quelques jours.

Je les employai à aller visiter le jardin des Simples où l'on dit qu'il y en a de beaux. Comme je n'y entends rien, je me contentai de regarder la disposition du jardin qui me plut assez. Sa figure ronde ou un peu ovale est fort bien employée. Tous les compartimens où sont les plantes sont fermés d'une grille de fer k hauteur d'appui, ce qui fait un effet assez joli. Je fus aussi voir le jardin du signor Papafava. Il est gracieux et rempli de bosquets et de palissades agréablement taillés. Il y a entr'autres choses un labyrinthe de buis haut de dix pieds où il est impossible de ne pas se perdre. Il y a, au milieu, un cabinet qui est un endroit agréable pour y être avec une maîtresse aimée et qui auroit de la reconnaissance (Misson jDarle d'une inscription que je n'ai pu trouver et qui sûrement n'y est point).

Je fus passer l'après-midi dans l'église de St- Antoine. Je la vis à loisir, tourmenté seulement par les pauvres gens qui vous accablent. Je fus fort content des bas-reliefs de bronze et des figures c'est-à-dire des petites de même métal que l'on voit dans le chœur. J'en admirai aussi le beau chandelier. Il y a plusieurs autels de marbre de bon goût, entr'autre, un qui n'est pas loin de la porte, du côté droit en entrant. Je n'ai jamais pu connaître le saint auquel il est adressée Ily a, à côté, deux bonnes figures de marbre.

Le plus |beau] de cette église c'est la chapelle de St- Antoine que l'on appelle à Padoue, // Pati^ono-. Le dedans et le dehors, du côté de l'église, est tout revêtu de marbre. Il y a des ornemens en relief très beaux ! Les colonnes sont d'une pièce; les chapiteaux sont bien finis. Dans l'intervalle des colonnes, les miracles du saint sont représentés en assez

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