‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 90 sur 197 · st Jacques, auj. St Félix · texte numérisé non relu

st Jacques, auj. St Félix

2. Antoine de Padoue, né à Lisbonne en 1195, m. à Arcella en 1231.

grand relief, par Aiit. Lombardi, TuUio Lombardi, Sansoviiîo de Florence, et Girolamo Gampag-na^ Ces ouvrages sont très beaux. Au côté de l'autel qui est au milieu de la chapelle il y a d'assez grands chandeliers d'argent, soutenus par des groupes d'anges remplis de fleurs, qui sont très beaux. Le tout est de marbre. Ce jour-là le saint avoit une très bonne odeur ; apparemment que les moines avoient mis une nouvelle dose de parfum. Il y a dans cette chapelle un très grand nombre de lampes. Il n'y en a que trois qui^ plus grosses que les autres, sont belles. J'ai remarqué qu'il n'y a que les ex-voto d'argent reçus dans la chapelle. Les autres qui ne sont qu'en peinture, sont par centaines dans une chapelle dun autre saint qui couche dans l'antichambre de saint Antoine. C'est apparemment un secret des bons pères pour faire faire des vœux un peu plus lucratifs au couvent.

Le bâtiment qu'on a fait depuis peu derrière le chœur pour y mettre le Trésor, me charma ce jour-là encore. Il est du meilleur goût du monde et outre cela magnifique -. Quoyque chargé de statues de marbre, et quoyque le fonds de l'ouvrage et le gradin qui est un peu en saillie soient de marbre, le tout a l'air simple, et l'on ne sauroit se lasser de le regarder.

L'on voit écrit sur le palais du Podestat qu'il a esté bâti avec une diligence incroyable, sans limites de temps; au-dessous des armes d'un de ceux qui apparemment l'a fait bâtir : Nemo bonis Amicitior, nemo malis ininiicitior .

Je vis dans la sacristie le Trésor de l'église. On y montre des reliques de toute espèce, des reliquaires d'argent ou de vermeil. L'on avoit montré d'une manière indifférente du lait de la Vierge, des épines de la couronne de N.-S., tout cela dis-je, comme par manière d'acquit; quand ce vint [le

1. Antonio Solari (vers 1462-1516), Tullio Solari (vers 1460-1532) fils de Pietro Solari dit Lombardi. Sansovino Jacopo (1486-1570), élève d'Andréa. Girolamo Campagna (vers 1550-1623).

2. Le sanctuaire ou Trésor fut construit en 1690 par Fil, Parodi.

douter ] la lang-vie de saint Antoine, le prêtre en surplis et en estole, descendit du gradin sur lequel il estoit monté, se mit à g-enoux. Tous les assistants du pays en firent autant et après une prière qui ne fut pas longue à la vérité, il tira un rideau sur lequel estoit écrit : 0 lingua miracolosa, qui laissa voir un reliquaire, plus grand et plus beau que tous les autres et à la place d'honneur, dans lequel est la langue de saint Antoine, bien mieux traitée que tout le restée

Je sortis de la sacristie en riant de ces bouffonneries et je fus examiner les tombeaux de marbre, ornés de figures grandes comme nature, dont cette église est remplie. Il y en a beaucoup de très modernes, celui d'un nommé Gontarini^, ni des plus vieux ni des plus modernes, m'a paru le meilleur pour l'expression des figures qui l'accompagnent. Dans un autre des modernes d'un nommé Horatius Sicco, l'on apprend qu'au siège de Vienne il avoit esté blessé d'une flèche et qu'il estoit mort d'un coup de fusil. Tout cela est dit avec assez de verbiage. Au bas du tombeau, est une statue couchée, assez belle, qui est appuyée sur une espèce de bouclier, sur lequel est écrit :

Hac iter Elisium^.

Dans un autre [tombeauj des plus simples et des plus vilains de l'église et qui n'a aucun ornement. On lit le nom du seigneur Ottonelli, et sur une pierre détachée, au-dessous de celle où les qualités sont écrites, on lit :

ARGA TEGIT GINERES, ANIMAM DEVS ADDIT 0- LIMPO, FAMAM GERMANT SVSGIPIVNT AQVIL^*.

i. <( Laissons ces pauvretés, et n'achevons pas; il est indigne de voir combien la misérable superstition souille la religion par ses momeries. » De Br. I, lett. XIII.

2. Alexandre Coniarini, m. 1553, général de la Rép. de Venise.

.3. « D'ici est la voie pour le Paradis. »

4. <( L'arche couvre les cendres ; Dieu a placé son âme au ciel ; les aigles allemandes élèvent sa renommée. »

J'ai oublié de mettre sous l'article de Vicence. que les quatre rivières qui y passent se réunissent presque à leur sortie de la ville et forment la Brenta qui porte bateau. Aussi l'on peut aller par eau jusques à Venise, mais il y a cinquante-six milles par eau jusques à Padoue, et il n'y en a que dix-huit par terre.

Le 19, nous fûmes en bucentaure, grand bateau où l'on est fort à Taise, et où il y aune chambre vitrée. Le tout est tiré par un cheval que l'on relaye. Ordinairement cette voiture ne coûte que trois philippes valant trente livres; il nous en coûta quarante à cause des festes. Nous mîmes des vivres dans notre bateau, et en musiquant nous vînmes par un beau temps [à Venise]. L'on s'embarque à la porte de Padoue, l'on suit la rivière pendant environ huit milles, quand on la quitte pour entrer dans un canal dans lequel on passe des écluses pour y entretenir toujours de l'eau. Les bords du canal et de la rivière sont bordés d'un grand nombre de maisons de campagne de Venise, bâties avec goût et qui amusent le voyageur. Les villages mêmes que l'on trouve sont beaux et bien bâtis. Il n'y a que vingt-cinq milles de Venise à Padoue, par terre; il y en a trente par eau, c'est-à-dire vingt-cinq, par le canal ou la rivière, jusques à Fusina, où l'on n'est plus tiré par un cheval. A ce petit village commencent les lagunes, ou cette espèce d'inondation de la mer qui environne la terre. A ce village, le patron du bucentaure est obligé de fournir un petit bateau avec quatre rameurs qui remorquent jusques à la ville.

VENISE. — Par les lettres que je reçus en arrivant j'appris avec une douleur infinie la mort du pauvre Saint-Didier'. Il estoit aimable et d'un bon commerce. Je le regrettai d'autant plus que j'estois persuadé d'avoir en lui un bon ami, chose bien rare à se trouver.

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