C. Sanguszko
Nathalie à sa 7nère (i).
Avant de partir, je veux encore vous dire, chère maman, combien mon bonheur est trou-
(i) Lettre de ma pauvre Nathalie le lendemain de son mariage. i^Xote de la comtesse.)
blé par l'idée qu'il nous sépare, voilà le seul compte que je puisse vous rendre de ma nouvelle existence, enfin vous aviez tout droit de vous moquer de moi. Roman dort, il me trouvera prête depuis longtemps pour son déjeuner. Je désire vivement vous voir, mais je trouve le projet de Roman fondé sur une raison bien juste et bien naturelle. Je baise vos mains, chère maman, avec la double tendresse d'une fille et d'une femme bien reconnaissante.
Nathalie S.ANGUSZKO.
La même à la même.
Tarnow, ce 28 juin (1829).
Je voudrais vous donner tous les détails possibles sur notre vieux ménage, en effet il me semble tel (vieux) , et Dieu sait que le
tems ne devrait pas me paraître long, car jamais femme ne rencontra plus de bonheur et ne sut l'apprécier davantage ; tout le monde connaît Roman et ne doit point s'étonner de ce résultat; mais sa mère aussi y contribue, figurez -vous une bonté, un manque d'exigence incomparable, joignez à cela l'esprit et les connaissances qu'on lui accorde et jugez si elle n'était point créée pour être ma bellemère; le prince (i) est parfait, mais nous sommes moins en contact, moins faits pour nous convenir intimement. Dans quelques jours, nous allons à la noce et puis en Wolhynie; en automne, "^i vous vous trouvez réunis à Horodna combien je désirerais vous y aller trouver, ni Roman, ni la raison ne s'y oppose et pour moi, ce serait une grande joie. Je vous embrasse bien tendrement, maman aussi.
Nathalie Sanguszko.
(i) Le beau-père.
Le prince Roman Sanguszko à la comtesse Potocka- Wonsoivicz.
Mamo (i)!
Nathalie se porte bien et pas aussi fatiguée que j'aurais cru, ainsi n'ayez point d'inquiétudes sur sa santé, si vous n'en avez pas sur son bonheur. Nous partons, le grand air lui fera certainement beaucoup de bien et un ou deux jours l'habitueront à son nouvel état, qu'elle n'a pas reçu avec toute la résignation que vous lui trouviez toujours. Quant à moi, je suis beaucoup trop heureux pour être à même de faire part de mon bonheur; c'est à vous que je le dois, aussi ma reconnaissance n'égale que ma piété filiale.
(i) Maman.
Adieu, faites quelques visites pour vous distraire, mais cependant sans nous oublier.
Roman vSangl'SZKO.
Nathalie à sa mère.
Ce 10 avril (1830).
Chère maman, vous savez déjà et depuis bien des jours que je suis de l'autre côté de la question, me portant étonnamment bien et n'ayant plus que le souvenir assez confus de tout ce qu'il en coûte pour mettre au monde une petite merveille, car, en effet sa beauté surprenante lui mérite ce surnom, j'oubliais de dire : à ma fille (i). Son visage semble avoir été moulé tant l'harmonie des traits est
(i) Aujourd'hui la comtesse Alfred Potocka.
grande. La collection de jolis bonnets qu'elle vous doit, chère maman, rehausse encore tant de charmes; un quart d'heure après sa naissance, elle portait déjà celui de batiste brodée sans qu'il lui fût le moins du monde trop grand... Pour un dixième jour, vous savez certainement, chère maman, que c'est assez écrire, je m'en vais raisonnablement me reposer. Maintenant nous sommes deux, même trois, à baiser vos mains; si je pouvais penser que le voyage de Slawuta ne vous fatiguât point, combien je serais heureuse de vous le voir entreprendre, chère maman; s'il vous effraye, dites-le-moi, car alors nous songerions tout de suite à un endroit de congrès. Qu'en pensez-vous, ma chère maman? Ceci est un secret : pourrions-nous faire un voyage cet été et laisser l'enfant? Quant aux soins, il les aura parfaits ici.
Nathalie Sanguszko.
2k8 voyage D'ITALIE.
La princesse C. Sangiiszko à la comtesse Potocka-Wonso7i'icz.
27 novembre 1830.
Quelle force d'âme ne faut-il pas pour vous écrire. A'otre fille, cette Nathalie que nous chérissions n'est plus — elle n'est pas malheureuse, mais nous!... Elle n'a connu que les fleurs de l'existence. Son souvenir parmi nous est comme un rayon d'esprit, d'âme, d'intelligence, d'amour et de joie qui ne s'efïacera jamais... Que fera mon fils, et vous, vous me faites fendre le cœur, vous étiez si heureuse, si peu faite pour une vie de regrets, de mort, si on peut s'exprimer ainsi! Si vous éprouvez quelque soulagement à savoir qu'on l'a aimée, sachez que mon mari et moi, nous la pleurons comme notre enfant; la douleur a
tellement abattu mes facultés que je ne suis nullement en état de faire une lettre , mais comment ne pas pleurer avec vous, comment ne pas vous dire que son mari a déposé luimême sa dépouille à côté de celle de sa sœur, que mon cœur et ma pensée sont dans ce tombeau qui s'est ouvert deux fois pour renfermer deux êtres qui n'étaient pas en harmonie avec les misères terrestres , et que Dieu a voulu avoir dans son sein. Adieu, vous excusez le décousu de cette lettre.