MARIAGE ET MORT DE NATHALIE POTOCKA
PRINCESSE SANGUSZKO.
Lady Holland (1) à la comtesse Potocka- Wonsoiicicz.
Ce 5 juin, Holland House (1827).
Madame,
Mon fils, auquel j'avais témoigné mon désir de m'adresser directement à vous, m'assure et m'encourage à le faire (2). C'est de bon augure que la première fois que j'ai l'hon-
(i) Mère de Henry Fox, qui prétendait à la main de Nathalie. (Note de la comtesse.)
(2) Les trois lettres de Lady Holland et de Henry Fox sont écrites en français , nous en avons respecté le texte.
neur de vous écrire, j'ai des félicitations à vous offrir sur le rétablissement de la santé de Mlle votre fille, j'espère qu'il est complet. Je ne connois que trop par l'expérience cruelle les peines d'une mère dans de pareilles circonstances, mais je me flatte que vous serez complètement dédommagée, madame, de tout ce que vous avez souffert par le succès qui a couronné vos soins, et j'ose même ajouter par l'espoir que Mlle Nathalie peut avoir d'un avenir heureux; le bonheur de tout ce que j'aime au monde est tellement inséparable du sien que les vœux que je forme pour elle ne peuvent plus être regardés comme désintéressés. Peut-être mon anxiété de connaître personnellement une famille qui m'intéresse si vivement m'induit en erreur, mais cependant il me paraît que ce retour vers un climat moins chaud (i) sera aussi avantageux pour la
(i) L'Angleterre.
santé de votre fille qu'agréable pour nous tous qui ne souhaitons que de vous voir. Lord Holland est aussi impatient que moi de se procurer le plaisir de se trouver avec des personnes qui font le bonheur de ceux qui les approchent. . . Croyez-moi, madame, ce ne sont pas des mots d'usage, mais bien les expressions des sentimens et des espérances qui m'animent. Je vous prie d'assurer Mlle Nathalie que j'ai fait pour sa santé des vœux non moins ardents que ceux de Henry lui-même, et de dire à M. de Wonsowicz que je souhaite très particulièrement de faire sa connoissance et de lui témoigner toute l'estime que m'inspire son attachement ferme et constant pour un grand homme (i) dans toutes ses vicissitudes et tous ses maux. Lord Holland attend avec impatience la réponse de Vienne, j'espère que notre réunion ne sera pas de beaucoup différée,
(i) Napoléon.
je suis convaincue que vous, madame, et toute la famille de Mlle Nathalie , trouverez lord Holland et moi entièrement disposés à faire tout ce qui sera en notre pouvoir pour que son mariage lui fasse sentir aussi peu que les circonstances le permettront les peines d'une séparation; elle trouvera certainement toute la famille de Henry disposée de la manière la plus cordiale à rendre son séjour en Angleterre aussi agréable qu'il sera possible; de notre côté, nous saisirons toutes ces occasions de favoriser ses rapports et ses réunions avec ceux qui naturellement conserveront une si grande partie de sa tendresse et affection. Cela devient tous les jours plus facile, puisqu'on ne peut plus dire qu'il y a des distances. M. Lambton (i) vient de nous apporter des lettres de Rome en dix jours! Ainsi voyez, madame, comme ce sera facile pour nos enfans !
(i) Voir ce volume, p. 121.
Agréez tous mes sentimens d'estime et, si vous permettez, d'amitié.
Lady Hollaxd (i).
Henry Fox à la comtesse Potocka- WonsoiDicz.
Rome, ce i6 février 1S28.
De retour chez moi l'autre soir, votre lettre datée du 12 février m'a été remise, ma chère madame; je ne saurais vous exprimer la joie que j'ai éprouvée. Cependant je croyais que
(i) Lettre de Milady Ho'land à l'occasion de la demande en mariage que son fils, M. Fox, destiné à hériter des titres et de la fortune de son père, avait faite de ma fille Nathalie.
{Xofe de la comtesse.)
VOUS pensiez que mon cœur et mes sentimens étaient changés. — Non, non, madame, c'est bien loin de la vérité. Tel vous m'avez laissée à Gênes, tel suis-je à présent; jusqu'à avanthier j'avais peut-être souhaité de changer, mais de vous voir renouveler une correspondance que je n'osais plus continuer m'inspire des espérances que depuis longtemps je fais mon possible pour étouffer. Je suis bien à plaindre si elles ne renaissent que pour me tromper. Après treize mois d'incertitude, peutêtre pourra-t-on se déterminer et prononcer mon arrêt définitif; même si on doit me répéter ce qu'on m'a déjà dit à Gênes, je serai moins malheureux que dans cet état incertain qui me déchire, et qui m'empêche de m'occuper même de mon désespoir.
La dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire était du mois de novembre; la dernière que j'ai reçue m'a été remise le 10 de décembre; j'ai écrit cependant une petite
lettre à Auguste le 7 de février. Je ne puis que vous donner des détails sur tout ce qui se passe ici — ma santé n'a pas été bonne et je n'ai presque pas été dans la société. Mon ami Cheney ( i ) , que vous avez connu à Gênes , a été aussi bien malade et j'ai passé presque toutes mes soirées chez lui. La dame vouée au rose est ici et donne des fêtes toutes les semaines. Lady Westmoreland fait des tableaux [vivants] chez elle ; l'autre soir, elle m'a fait jouer — elle loge cette année dans l'appartement du duc de Hamilton. A la fin de la semaine, je vous répondrai à toutes les questions que vous m'avez faites, mais je ne puis permettre la prochaine poste de partir sans vous exprimer (assez faiblement pourtant) le plaisir que j'ai éprouvé en recevant des lettres de Varsovie.
Agréez, madame, les sentimens de respect
(i) Voir ce volume, p. 1S2.
et de reconnaissance avec lesquels j'ai l'honneur d'être
\'otre fidèle ami,
Henry Fox.
Le même à la même.
Palerme, ce 25 de décembre 1828.
Je vous suis vivement reconnaissant pour la lettre que vous avez eu la bonté de m 'écrire — c'est une preuve d'amitié que je ne puis oublier, et je tâche de trouver quelque soulagement dans l'idée que votre fille ait voulu m'épargner le malheur d'apprendre la nouvelle de son mariage (i) par la bouche de quelques indifférens. Je ne vous parlerai plus de moi ni
(i) Avec le prince Roman Sanguszko, voir les lettres suivantes.
de ce que j'ai senti, ni de ce que je sens — il n'en est plus tems. Je souhaite que votre fille soit aussi heureuse qu'on puisse l'être sur cette terre, je ne voudrais pas même qu'elle sache tout ce qu'elle m'a fait.
Recevez, ma chère madame, l'assurance d'une vive reconnaissance pour tous les preuves de bienveillance dont vous m'avez toujours honoré, et si vous voulez m'accorder une bien douce satisfaction, vous me laisserez savoir des nouvelles de vous et de votre famille de temps en temps, ce n'est qu'en sachant que votre fille est vraiment heureuse que j'apprendrai à soutenir tout le poids du malheur dont je suis accablé.
Croyez-moi toujours votre sincère ami.
Henry Fox.
Le prince Roman Sangiiszko (i) à la comtesse Potocka-Wonsoivicz.
Le 31 janvier 1829.
Madame,
Avant de recevoir votre lettre, j'avais pris la liberté de vous demander toute votre indulgence pour celui dont le bonheur sera de vous aimer, et de vous respecter comme une mère. Ce nom que vous daignez me donner vousmême m'inspire les sentiments d'une reconnaissance sans bornes et m'aidera à contribuer au bonheur de celle que vous autorisez à partager mon sort. Je vous remercie, madame, pour l'anticipation de sentiments que, de mon
(i) Fiancé à Nathalie Potocka. " Première lettre de R. S. » (Note de la comtesse.)
côté, je partage déjà pleinement; et lorsque vous voudrez me connaître, vous vous convaincrez que , sous plus d'un rapport , nous sommes faits pour nous entendre.
Croyez, madame, que mon seul désir sera d'obtenir cette amitié que vous me promettez garantie par votre bienveillance.
Je suis avec le plus profond respect Votre dévoué,
Roman Sanguszko.
La princesse C . Sanguszko (i) à la comtesse Potocka-Wonsoivicz.
i8 mars (1829).
Au moment de voir partir mon fils , je prends la plume pour vous écrire, et recommander Roman à vos bontés. Je ne puis me
(i) Mère du prince Roman.
refuser la jouissance de vous peindre en quelques mots celui à qui vous remettez l'objet d'une si tendre affection, Roman est un honnête homme dans toute la force et toute l'extension du terme. Il a de la religion et de l'honneur, il a une âme aimante et un cœur compatissant, de plus, il possède un esprit de conduite qui l'a caractérisé dès ses plus jeunes années. Croyez -moi, chère madame Wonsowicz, je sais peut-être mieux qu'une autre ce qu'une mère désire dans celui auquel elle confie le sort de sa fille ; vous pouvez vous dire heureuse mère pour le présent, quant à l'avenir, qui peut y compter (i)? J'ai le pressentiment (ne la connaissant pas, je ne puis en avoir l'assurance), que Nathalie possède une assez belle âme pour apprécier un beau caractère et des qualités solides, et que les vertus et les agrémens dont Dieu l'a douée seront em-
(i) Ces pressentiments ne furent que trop justifiés, comme on le verra dans les dernières lettres.
ployés au bonheur de mon fis. Bénissons donc cette union avec joie... tournons surtout nos yeux vers l'auteur de tout bien, et avec cette ferveur dont il s'est plu à douer les cœurs des mères, supplions-le de bénir une union qui paraît formée sous d'heureux auspices. Permettez-moi de terminer cette lettre sans m'étendre davantage sur toutes les prières que j'aurais à vous faire, si j'étais moins émue. Adieu, ma chère madame Wonsowicz , je vous embrasse bien tendrement.