‹ Voyage d'ItalieChapitre 22 sur 120 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et je trouvai là un contraste frappant avec ce que j'avais vu à Trieste, chez la reine Caroline Murât. La famille était réunie dans un salon mal éclairé où régnait une atmosphère de contrainte et d'ennui, tristes restes d'une grandeur passée. La jeune femme, complètement disgraciée de la nature, était fort ridicule avec ses airs de princesse. Sa mère, femme de Joseph, ex-roi d'Espagne, paraissait bonne personne, mais on ne comprenait pas comment elle avait pu occuper un trône. Joseph luimême réunissait deux ressemblances fort surprises de se rencontrer dans le même individu. 11 avait quelque chose du dandinement et de la bonhomie de Louis XVIII joint aux traits distingués de tous les Bonaparte. Sa conversation était douce et obligeante ; il n'avait rien oublié de tout ce qui pouvait flatter notre amour-propre national et savait nous parler de la Pologne. Il me parut ne manquer ni d'esprit ni d'instruction; mais il aimait à faire le roi,

ce qui était d'autant plus singulier qu'il avait renoncé volontairement à l'être. Pendant notre visite, les courtisans se rassemblèrent, arrivant l'un après l'autre, sans oser approcher l'ex-roi, et se plaçant à l'extrémité du salon, avec cet air de servitude que j'ai encore vu en Pologne, lorsque les magnats étaient entourés de parasites. Tout cela n'était guère amusant; et la jeune princesse ne m'ayant rendu ma visite que la veille de mon départ, je fus charmée de n'avoir pas à retourner chez elle.

Les Anglaises que je rencontrai ne me plurent guère. Ces insulaires paraissent tellement pénétrées de leur grandeur et de leur mérite qu'à leur avis on ne saurait acheter trop chèrement le bonheur d'entrer dans leur intimité. Je doute cependant qu'elle offre assez de charmes et de ressources pour dédommager des aspérités qui y conduisent. Je parle des

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