CHAPITRE IV
ladies, car tout ce qui est moins élevé semble plus agréable. Leurs manières sont nuancées d'après le degré de noblesse ou d'illustration qu'elles accordent à ceux des leurs auxquels elles daignent s'adresser. Elles savent par cœur leurs généalogies, et cent ans d'ancienneté se font sentir dans la façon dont on reçoit ou dont on rend un salut.
Mon fils ayant désiré m'accompagner à Rome, j'attendais une lettre de son père (i), dont nous avions demandé le consentement. Dès que j'eus reçu cette autorisation, je m'occupai des apprêts de mon départ, avec d'autant plus d'activité que je désirais m'en aller avant le retour de mon oncle, qui devait sous peu ramener sa spasmodique amie. Fière de cette nouvelle preuve de son influence, elle revenait triomphante. Je revis mon oncle ce-
(i) Le comte Alexandre Potocki , premier mari de l'auteur. La comtesse avait divorcé. L'Église polonaise reconnaissait le divorce.
pendant, mais chez moi. Sachant qu'à son âge on n'aime pas les adieux, je ne dis rien de mon départ et lui laissai une lettre dans laquelle je tâchais de lui faire comprendre combien il m'avait été pénible de ne pouvoir lui donner tous les soins que m'aurait dictés mon cœur, si je l'eusse trouvé dans une autre position. Je crois qu'il me comprit à merveille et m'en voulut du bien.
Nous quittâmes Florence le S novembre.
L'automne était déjà si avancé et si froid que je me repentis d'avoir tant tardé.
Le pays qu'on parcourt jusqu'à Pérouse n'offre guère d'intérêt. Le lac Trasimène nous attire, mais surtout par les souvenirs qu'il réveille. Est-ce la triste monotonie d'une atmosphère brumeuse, je ne sais, mais j'avoue que jusqu'aux ruines de Spello je fus dans un état d'apathie complète. Cette ville, bâtie jadis par César, est de l'effet le plus pittoresque; d'un côté on aperçoit l'amphithéâtre, de l'autre