CHAPITRE VIII
un monde où de trop faciles succès lui semblaient indignes de son attention.
Joignant à un esprit sérieux un cœur froid et une imagination ardente, il crut que seule la gloire pourrait remplir son existence et secouer son apathie. Il alla faire la guerre en Espagne, où il fut accueilli avec le degré de distinction qu'on vous accorde facilement lorsqu'on a un beau nom, une grande fortune et quelque mérite. Ses débuts furent aussi brillants qu'heureux ; il se battait sans jamais être blessé, bientôt il se crut un héros et trouva que son avancement tardait trop. Mécontent de son chef, dégoûté de ses camarades, il devint sombre et rêveur, et ne chercha plus que la solitude.
La maison qu'il habitait à Cadix appartenait à doiîa Olivia de Mendox, dont le mari, victime de la bonne cause, était mort depuis trois mois. Cette dame n'avait plus qu'une consolation sur la terre, — une fille âgée de ^ . 5
seize ans. Blanche n'avait pour elle que sa beauté et son innocence ; elle était élevée comme toutes les Espagnoles dans cette inaction complète qui doit nécessairement exalter les passions et les rendre d'autant plus dangereuses que rien ne peut les combattre.
Blanche aima le jeune Anglais dès qu'elle l'eut aperçu au travers de la jalousie près de laquelle ses journées de deuil s'écoulaient tristement.
Littleton ne se douta du sentiment qu'il faisait naître qu'au moment où, revenu de ses illusions militaires, il avait voulu s'isoler.
Un jour qu'il rentrait lentement chez lui, deux roses liées d'un ruban noir tombèrent à ses pieds. 11 s'empara de ce don lugubre, et ses yeux découvrirent sans peine une main qui était restée hors de la fenêtre. Plein d'une émotion qu'il ne connaissait point encore, il crut aimer pour la première fois; son imagination s'enfîamma, et le désir d'être agréé