CHAPITRE VIII
par la jeune fille fut le but unique de sa vie.
Le jour même où Littleton obtint l'aveu de l'amour le plus tendre, une lettre qui lui annonçait la fin prochaine de son père le força à partir précipitamment. Il promit de revenir, et demanda la main de Blanche. — Doiïa Olivia, dont l'existence était minée par le chagrin, fut heureuse d'avoir trouvé un protecteur pour l'enfant qu'elle chérissait , et consentit avec joie à la prochaine union des deux amants.
L'heure de la séparation venue, Blanche, égarée par la douleur, se livra aux démonstrations les plus passionnées, et Littleton, ému, répéta cent fois qu'il serait fidèle au serment qu'il devait bientôt prononcer au pied des autels.
Quand il arriva en Angleterre, son père venait d'expirer. Le retour du fils adoucit momentanément la douleur de la mère, mais la pauvre femme retomba bientôt dans la plus sombre mélancolie, et Littleton connut pour
la première fois les amertumes de la vie réelle. Le triste manoir qui l'avait vu naître était en harmonie avec les émotions de son âme.
Cette architecture gothique, ces longues galeries, ces vitraux, ces portraits de famille, dont les costumes anciens et bizarres semblaient attester la marche rapide et destructive du temps, tout agissait sur son ardente imagination; en peu de temps, sa santé fut si fortement ébranlée que sa mère l'emmena à Londres dans l'espoir de le guérir par la distraction.
Littleton n'avait pas osé parler de Blanche à sa mère et lui faire part des engagements que l'honneur et l'amour l'avaient forcé à contracter, — il n'avait pas trouvé les circonstances opportunes. Plus tard, le tourbillon du monde dans lequel il se trouvait entraîné effaça promptement le souvenir d'un court instant d'ivresse. Ne recevant point de nouvelles d'Espagne, il se justifia à ses propres yeux en accusant