‹ Voyage d'ItalieChapitre 55 sur 120 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La reine, après ce récit qui avait tout le caractère de la vérité, se radoucit et fit tout son possible pour raffermir M. de Maubreuil dans les principes d'honneur et d'humanité. Prête à remonter en voiture, n'ayant pas de quoi continuer son voyage, la reine eût été fort embarrassée si celui qui venait de la dépouiller ne lui eût offert cent louis qu'il avait dans sa bourse, n'osant, disait-il, toucher à ce qui ne lui appartenait pas. Arrivée à Berne, la reine écrivit sur-le-champ à l'empereur de Russie, qui lui accorda sa puissante protection. Plus tard, elle apprit que M. de Maubreuil avait remis les diamants au secrétaire de M. le comte d'Artois et que, peu après, il avait été arrêté.

Cependant la reine poursuivait ses justes réclamations, lorsqu'elle reçut une lettre du roi, son père, qui l'engageait à cesser toute démarche, lui disant que pour rentrer en possession de ses bijoux le meilleur moyen serait

de faire le sacrifice d'une somme de quatre cent mille francs. Elle se décida donc à donner des ordres à un homme d'affaires, qui entra en pourparlers avec M. de Vitrolles. Les diamants devaient se retrouver dans la Seine. Après de longs délais, les quatre cent mille francs ayant été payés, on annonça qu'un grenadier qui péchait au bord du fleuve avait retiré avec ses lignes deux peignes en diamants. Ce fut un grand émoi dans tout Paris. L'écrin fut retrouvé en présence d'une grande foule accourue de tous côtés, mais il ne contenait plus que pour cinq cent mille francs de bijoux; le reste, évalué à plus de deux millions, avait disparu, et il n'en fut plus jamais question. C'est avec une vive curiosité qu'on attend l'issue du procès de M. de Maubreuil, qui a voulu à tout prix que la lumière se fît.

Je joins ici une note tirée des papiers de la princesse de Montfort.

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