CHAPITRE X
vants , qui semblent d'autant plus authentiques qu'ils sont confirmés par le procès.
M. de Talleyrand avait envoyé chercher M. de Maubreuil à une heure du matin, et, après l'avoir sondé adroitement , il lui avait proposé une mission secrète^ qui devait être largement rétribuée. M. de Maubreuil prétendait ne pas avoir hésité à accepter cette mission ; son but était, paraît-il, de ne point laisser le temps au ministre de charger un autre de cette besogne. Il reçut l'ordre de revenir à cinq heures du matin, pour chercher les papiers dont il devait être muni. Après quoi, il devait partir sur-le-champ. Cependant, soit que l'horreur de la mission dont on voulait le charger eût troublé son esprit, soit qu'il fût ébranlé par les offres qui lui avaient été faites, il paraît certain qu'il sortit de chez M. de Talleyrand complètement affolé. Et c'est dans cet état anormal qu'il se présenta chez une femme qu'il aimait depuis longtemps. Cette
personne, remarquant l'agitation de M. de Maubreuil, se jeta à ses pieds et finit par lui arracher son secret. Elle lui fit voir tous les dangers qu'il courait en devenant le confident d'un homme comme M. de Talleyrand; elle insista sur l'horreur de la proposition qui avait été faite; enfin, elle réussit à rappeler son ami au sentiment du réel. Il paraît pourtant qu'il se trouvait trop avancé pour reculer , qu'il avait donné sa parole, etc. Il se présenta donc à cinq heures du matin au lieu qui lui avait été indiqué; mais le comité s'étant séparé, il ne trouva que M. de \'itrolles , secrétaire et créature de M. de Talleyrand, qui lui remit toutes les instructions, en l'engageant à partir sans tarder. S'étant rappelé au bas de l'escalier qu'il n'avait pas été question du petit roi de Rome, il remonta, curieux de savoir ce qu'on lui dirait de faire; pour toute réponse, M. de VitroUes lui dit : « Diable! ils l'ont oublié... Faites-en ce que vous pourrez! »