CHAPITRE XII. IIS
mon attente ! On dirait que le Créateur s'est arrêté avec complaisance sur ce coin de terre et qu'il s'est plu à y prodiguer tout ce qui peut charmer les regards. Ce ciel toujours azuré, cette mer blanchissante, presque sans cesse agitée par les vagues ; ici la grotte de Pausilippe, là le Vésuve, dont s'échappe une fumée jaunâtre qui s'étend en légers nuages ; l'aridité du cratère, le verdoiement des îles festonnées de sombres et pittoresques rochers, tous ces contrastes, tout ce luxe d'aspects enchanteurs, expliquent le mot si connu du voyageur...
Ajoutez à ces merveilles une température douce et caressante, et vous ne serez pas surpris que les habitants de cette heureuse contrée passent leur vie dans l'oisiveté et la contemplation. Je restai comme eux sous l'infiuence magique que ces beautés produisaient sur moi, et je ne m'arrachai à mon extase qu'au moment du réveil de la grande et bruvante cité.
ii6 VOYAGE D'ITALIE.
Ce soir nous sommes allés au théâtre Saint- Charles, rebâti depuis peu. On donnait Médée. Mme Pasta (i) semblait avoir été créée pour ce rôle!... Il est impossible d'être à la fois plus sculpturale et plus dramatique. La voix est aussi étendue que juste et harmonieuse. Son geste est noble, son attitude tour à tour gracieuse, touchante et tragique, — tout, jusqu'à la manière dont elle se costume, la fait ressembler aux plus belles statues antiques. Elle ravit les spectateurs, tant par son talent que par sa beauté. Discrète dans ses roulades et ses broderies, elle ne dénature jamais la gravité de la musique (2) et me semble par là
(i) Sur la Pasta, voir Stendhal, Vie de Rossini, Souvenirs d'égotisnie, et George Sand, Histoire de ma vie, 5* partie, ch. m.
(2) (( Le tragique chez une femme, où pour moi il est le plus touchant, je ne l'ai trouvé que chez Mme Pasta... en rentrant, elle passait deux heures sur son canapé à pleurer et à avoir des accès de nerfs. » — Stendhal.