CHAPITRE XII. I
bien supérieure à la Catalini, qui, à tout prendre, n'a pas plus d'âme qu'un charmant rossignol.
14 mars.
Le temps est si beau , la température si admirable que nous nous sommes dirigés vers Portici.
En visitant cette résidence royale, je m'attendais à y trouver la réunion assez rare en Italie de la magnificence et du goût. 11 me semblait que la reine Murât, habituée au faste des Tuileries, aurait su reproduire le palais d'Armide, dont, mieux que toute autre, elle était digne d'être la divinité.
L'appartement de Caroline, resté intact, ne répondit nullement à mon attente. C'était celui d'une duchesse du faubourg Saint-Germain. A part quelques parquets en mosaïque, on n'y trouvait d'autres richesses que des étoffes de Lyon. Quelques tableaux de genre
de l'École française, beaucoup de porcelaines de Sèvres, quantité de bronzes d'assez mauvais goût, faisaient le principal ornement de cette résidence.
L'Italie, ses arts divins, son génie, avaient été laissés de côté; la froide symétrie de la mode seule avait été mise à contribution, — c'était un décor comme on en voit partout à Paris, sans fantaisie, sans caprice, sans nouveauté. Point de statues, pas un vase ou un fragment antique , aucun de ces objets qui parlent à l'imagination. Tout y est neuf, régulier et splendide. La dynastie légitime, en rentrant dans ses droits, a encore surenchéri sur cette modernité. Ce ne sont que tapisseries de papiers peints et dorés, rideaux de mousseline ou de calicot, vitrines contenant nombre de colifichets dont le peu de valeur ne demande nullement tant d'égards. On m'a assuré que ces collections misérables se retrouvent dans tous les palais habités par la