‹ Voyage d'ItalieChapitre 69 sur 120 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sage. Comme dans ses Mémoires elle parle de son séjour à Varsovie et des dames qu'elle y a connues, je la mis sur le chapitre des Polonaises, mais je me repentis de ma curiosité, car elle m'assomma d'un bavardage auquel je ne pus rien comprendre, car son langage était inintelligible par suite des dents qui lui manquaient. M. Fox, qu'elle traite de cousin, s'était habitué à ces sons mal articulés et avait recueilli toute une collection d'anecdotes que j'aimais à lui entendre raconter, tant elles étaient plaisantes par leur naïve vanité. Elle croyait de bonne foi avoir offert au monde la réunion si rare d'un esprit supérieur, d'une vaste instruction, d'une sagesse profonde, le tout complété par un génie créateur.

Elle affirmait, très sérieusement, que Rossini lui devait sa réputation, que ses meilleurs opéras étaient calqués sur ceux qu'elle avait composés pendant son séjour à Anspach, où elle s'amusait à diriger la troupe italienne

que le margrave entretenait dans son château.

— C'était là, disait-elle, un bien léger service, comparé aux services que je rendis à mon époux en inspirant sa politique pendant les guerres de l'Empire.

Elle disait aussi que seule, dans le conseil, elle fut toujours pour la neutralité, tandis que tant de rois imprudents compromettaient leur couronne par une outrecuidance déplacée.

Aussi, grâce à ses sages avis, le pavillon du margrave avait-il été toujours respecté, même dans les moments les plus orageux.

Ses vastes États ayant été vendus au roi de Prusse, elle jugea convenable de faire transporter les cendres de son mari en Angleterre... Mais lorsqu'elle fit ouvrir le cercueil pour dire un dernier adieu à son époux chéri, il en sortit des rats qui avaient entamé le margrave. Elle fit tuer ces régicides d'un nouveau genre; mais comme nécessairement

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