CHAPITRE PREMIER
fin à un séjour devenu des plus agréables. Nos adieux furent tristes, et le souvenir de la bienveillance que nous témoigna la reine ne s'effacera jamais de mon souvenir. Elle nous donna des lettres pour tous les siens. Sa fille aînée (i) était celle que nous devions tout d'abord retrouver à Bologne.
Le 20 septembre (1826), à dix heures du soir, par une nuit assez sombre, après un violent orage et au moment de l'équinoxe, je me trouvai lancée sur cette Adriatique si redoutable, sur laquelle je n'avais pas eu le courage de me promener en barque, même pour une simple promenade.
J'éprouvai en cette occasion que le plaisir de triompher de soi-même n'est pas un des moins grands qui nous soient accordés. Vers minuit, le vent s'éleva violent, la mer s'agita; on ployait et déployait les voiles. Je m'aperçus
(i) Letitia, marquise Pepoli.
qu'il y avait à bord une sorte d'activité inquiétante. Cependant, je sus me maîtriser et n'occuper personne de la frayeur dont par moments je ne pouvais me défendre.
Couchée dans ma berline, je vis poindre le jour avec un plaisir infini. Le vent continuait à être contraire ; nous eûmes grand'peine à atteindre Venise, et cette traversée, qui ordinairement est de huit heures, nous en prit onze. De toutes parts les lunettes étaient braquées, et on entendait des cris d'admiration. La curiosité me gagna, je descendis de voiture, mais de longtemps je ne pus rien voir distinctement. Enfin notre bateau jeta l'ancre, des gondoles nous entourèrent pour nous transporter en ville.
Je ne saurais traduire l'espèce de sensation que j'éprouvai en apercevant la barque qui m'amenait mon fils (i); il venait de passer
(i) Le comte Auguste Potocki.