CHAPITRE PREMIER
dresse. Cependant ils étaient tous bons et spirituels. Plus tard, les rapports de Napoléon avec les siens devinrent ceux d'un bienfaiteur noble et généreux ; mais ce qu'il y avait de charmant dans ce commerce, c'est que Napoléon aimait qu'on lui fît en retour de petits cadeaux ; il semblait enchanté lorsque ses sœurs lui en apportaient le jour de sa fête.
La reine Caroline fut celle de ses sœurs qu'il préféra longtemps; il lui parlait avec abandon, et souvent elle osa lui dire de grandes et utiles vérités. Il fallait seulement savoir choisir son moment, alors il ne se fâchait jamais ; plus d'une fois même il se rendit à ses avis, ne tendant qu'à l'éclairer sur les menées de ceux de son entourage qui sacrifiaient volontiers les intérêts de l'État aux leurs.
Lorsqu'on lui faisait une observation , il écoutait toujours avec patience et attention. Mais il ne souffrait pas la contradiction; lorsqu'il donnait un ordre, il fallait obéir sans hé-
siter. C'est ainsi qu'en 1810 la reine de Naples fut chargée d'aller recevoir Marie- Louise, ou plutôt d'aller la chercher au delà du Rhin, qui alors marquait les frontières de la France. Caroline contrefaisait à merveille l'accent autrichien de son auguste belle-sœur. J'ai rarement entendu raconter d'une manière aussi intéressante des détails aussi curieux.
Je n'oublierai jamais qu'au milieu de ses confidences intimes elle vint à me parler de sa fuite de Naples sur un vaisseau anglais au moment où les Autrichiens allaient se rendre maîtres de la ville; ayant fait ses conditions avec le capitaine, elle s'était fait jurer que, si elle était sur le point de tomber au pouvoir de l'ennemi, il ferait sauter le bâtiment ; elle préférait toujours les partis extrêmes aux moyens transitoires, et soutenait que les résolutions les plus spontanées et les plus énergiques sont plus faciles à prendre que les demi-mesures.
La saison étant avancée , il fallut mettre