‹ Voyage d'ItalieChapitre 80 sur 120 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

son esprit n'ont rien de bien saillant. Ses grandes connaissances artistiques sont plutôt celles d'un marchand habile que d'un amateur délicat. L'immense collection de tableaux qu'il a formée, arrangée sans goût et sans tact, renferme des chefs-d'œuvre dignes d'admiration, mais il est fâcheux de les voir confondus au milieu d'une foule de tableaux médiocres, bien encadrés et bien restaurés, qui ont l'air d'être là pour attraper les ignorants.

Le cardinal possède deux Rembrandt de la plus grande beauté et une Madeleine de Van Dyck, digne de rivaliser avec celle du Titien. On devine que \'an Dyck peignit ce tableau en Italie sous l'influence des beaux modèles dont il était entouré. Le cardinal nous dit l'avoir acheté à Paris chez un brocanteur. Ce tableau avait appartenu à Mme de Pompadour, à qui Louis XV l'avait donné pour qu'elle le mît dans sa chambre à coucher; craignant apparemment la contagion du repentir, elle

troqua sa Madeleine contre une collection d'estampes.

4 juin.

Saint-Pierre au clair de lune est d'une magnificence à laquelle rien de moderne ne saurait atteindre. Les masses innombrables de colonnades dont les ombres gigantesques vont se perdre dans l'infini, cette vaste place silencieuse et déserte, cet obélisque qui a vu le siècle des Ptolémées, et (jui verra les siècles futurs, ces fontaines retombant en gerbes de diamants, tout cela produit une impression profonde, un saint recueillement.

C'est ainsi qu'il faudrait montrer pour la première fois ce vaste édifice au voyageur avide de tout voir. Les défauts échappent, la grandeur seule reste.

6 juin.

Je reviens d'une prise d'habits, on m'avait assuré que cette cérémonie était plus intc-

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