CHAPITRE XIV
ressante en Italie que partout ailleurs. Il faudrait se servir d'un autre mot pour rendre le sentiment que fait naître un spectacle toujours triste par lui-même, et dont le caractère mondain produit un mélange de sensations contradictoires. Ce sont toutes les puérilités et toutes les vanités de la vie à côté de l'abnégation la plus absolue. Un cardinal richement vêtu présidait avec ennui à la cérémonie, tandis qu'une princesse romaine bien coquette et bien parée, d'un air distrait, servait de mère à la novice qui, malheureusement, était loin d'être jolie. Le discours du chapelain fut ridicule ; le prédicateur commença par un beau compliment à l'adresse de Son Eminence, et, s'adressant ensuite à la jeune fille, il lui fit le tableau le plus épouvantable de l'état auquel elle allait se consacrer. Il mêlait à son discours des éloges aussi déplacés que tout le reste, il parlait avec emphase du sacrifice que la jeune néophyte était prête à faire, et disait un mot
de la beauté qu'elle n'avait pas. Le tout avec des éclats de voix qui sont particuliers aux ecclésiastiques italiens, et dont l'effet théâtral et ridicule est des plus singuliers.
Les spectateurs étaient là comme chez eux; ils riaient, ils causaient, ils bavardaient. Enfin, le Veni Creator^ entonné par de belles voix, calma tout ce murmure et rendit un peu de gravité à cette cérémonie.
14 juin.
Les cérémonies de la Fête-Dieu sont , je crois, les plus belles qu'on voit à Rome. On réunit les colonnades de Saint-Pierre par une immense galerie en bois qui fait tout le tour de cette énorme place ; cette galerie est drapée de toile blanche et décorée de festons de verdure. L'ensemble est merveilleux , on croit voir une salle magnifique dont le ciel forme la voûte et Saint-Pierre le fond. Une foule immense s'y était portée depuis cinq heures du