CHAPITRE XV. i6s
pect de cette fête incomparable. Le corps diplomatique et le peu d'étrangers qui se trouvaient encore à Rome furent invités chez le cardinal secrétaire d'Etat pour y jouir à leur aise de ce ravissant spectacle.
Lorsque nous arrivâmes, l'église était déjà éclairée par des milliers de lampions qui dessinaient dans les airs les corniches et les coupoles du somptueux édifice, déguisant les défauts de sa trop riche architecture en simplifiant les lignes, sans rien ôter à la noblesse imposante des masses.
La croix sainte brillait au haut de la coupole resplendissante, les corniches étincelaient, une flamme légère parcourait tout l'édifice, s'emparait des moindres détails, et ce palais de la Divinité apparaissait à nos yeux éblouis comme une image des splendeurs célestes.
La clarté était si vive que l'eau des fontaines s'élançant dans les airs paraissait transformée en gerbes de feu. — Après avoir contemplé
i66 VOYAGE D'ITALIE.
en silence ce spectacle magique, nous nous rendîmes dans une maison appartenant à Torlonia, située au bord du Tibre, afin de contempler la girandole du palais Saint-Ange. La lumière bleuâtre du feu d'artifice produit un contraste heureux avec l'illumination dorée de Saint- Pierre qu'on aperçoit dans l'éloignement ; au milieu d'un nuage épais et du fracas de la poudre, le fort Saint-Ange, jadis le tombeau d'Adrien, apparaît aux regards comme une masse imposante. Au jour brillant, mais pâle , d'une flamme variée succédait subitement une noire obscurité. Trois fois ces brillantes décorations s'enflammèrent et nous éblouirent. Un silence profond sui\-ait ces éclats redoutables; mais on attendait encore, car la girandole n'était point partie. Tout à coup, au milieu des ténèbres, s'élance avec fracas une gerbe de feu qui ne peut être comparée qu'à l'éruption d'un volcan. Des milliers de fusées s'élèvent, se rencontrent, se croi-