‹ Voyage d'un curieux dans ParisChapitre 1 sur 29 · CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1er

Paris et les grandes Capitales.

Vous auriez visité toutes les capitales des grandes régions du monde civilisé ; vous connaîtriez Pétersbourg, assise sur la Néva et s’étendant à votre regard avec ses prétentions au grandiose, Londres, sous un ciel brumeux et avec un fleuve trop étroit pour ses innombrables navires, Berlin, mauvaise copie du Paris du xvme siècle, Vienne, conservant son enceinte féodale et militaire au centre d’une ville moderne ; vous seriez allé sur la rive orientale du Bosphore contempler la Byzance des Ottomans, avec le dôme restauré de

Sainte-Sophie et ses mosquées à coupoles, gracieusement mêlées de minarets aériens ; vous auriez franchi les mers et vu les cités brillantes du Nouveau -Monde bâties d’hier; plus loin encore, l’extrême Orient vous eût montré ces villes immenses où s’endort l'antique civilisation de peuples endormis dans une éternelle immobilité, vous auriez touché la poussière deNinive, de Thèbes, d’Athènes et de Sparte, vous seriez allé incliner votre front sur les ruines de la Sion déserte, vous ne connaissez pas la cité reine, si vous ne connaissez pas Paris.

Paris est au monde moderne ce que la nation française est au sein des peuples civilisés du xixe siècle. C’est la nation initiatrice, au sein de laquelle s’élabore plus fortement que chez aucun peuple, même les plus remarquables et les plus policés, la pensée qui féconde toute civilisation et lui donne sa puissance d’expansion sur le monde. Paris est le cerveau de cette nation pensante.

L’étranger, qui arrive pour la première fois à Paris, éprouve involontairement cette impression de la suprématie de la capitale de la France sur toutes les capitales qu’il a pu visiter. Ailleurs il voyait une grande ville russe, anglaise, allemande , chinoise. Ici, il se trouve dans la capitale du monde moderne. Il ne peut se dissimuler que ces hommes d’élite qu’il coudoie au détour de toutes les rues, sont les rois de la civilisa-

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tion de notre siècle, étendant au loin cette puissance à laquelle tout se soumet, populum taie reyem.

Depuis la rapidité des communications à l’aide des voies ferrées, cette grandeur morale de Paris a reçue un incroyable développement. On va à Londres et à Saint-Pétersbourg pour affaires commerciales , on voyage en Grèce et Orient pour y chercher les souvenirs de l’histoire et visiter le berceau de la fasnille humaine; les explorateurs et les marchands parcourent le Nouveau-Monde, les côtes de l’Afrique, l’Asie méridionale et l’Océanie. De toutes les extrémités du globe, les hommes qui s’élèvent par la pensée, qui s'arrachent aux langes de civilisations routinières, et qui ont conscience des destinées futures du monde, lorsque les moyens nouveaux de se connaître, auront rapproché les peuples, ces hommes viennent à Paris;, ils éprouvent de la fierté d’avoir séjourné à Paris, d’avoir connu les célébrités de la politique, de la science, de la littérature, de l’art, qui font la grandeur de la nation française, et de retour dans leur patrie, ils se disent humblement : Je ne connaissais pas encore un grand peuple et une grande cité; ce peuple c’est la France, cette cité, c’est Paris.

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