LA PLAGE
L'Avenir de Nice ! criait un enfant sur la plage de cette ville, lorsque j’y suis arrivé. J’achetai un numéro du journal dont c’était le titre et n’en ai pas regretté le prix. Le premier article y était consacré à réclamer de plus grandes franchises pour la province de Nice, et tout ensemble sa réunion à la France. La liberté de la presse, la sincérité des élections, l’importance des Chambres législatives , paraissaient à son auteur de médiocre considération. Il les voulait au moins unies à ce qu’il nommait, sans s’en expliquer davantage, les manifestations populaires. L’association, dans toute sa plénitude et avec ses conséquences les plus absolues comme les plus diverses, sem-
NICE
blait être, à ses yeux, notre plus précieuse, presque notre seule garantie. Il n’ajoutait cependant pas, à l'exemple de nombreuses personnes, que les hommes ne sauraient convenablement exercer que les droits qu’il plaît aux foules de reconnaître. Nice, affirmait-il, ne se contente plus des garanties qu’elle possède, elle en connaît les développements nécessaires, et pour mieux y atteindre, comme pour reprendre son rang dans le monde, souhaite d’associer ses destinées à celles de la France. J’admirais l’ensemble de ces opinions, quand un de mes amis vint à moi. Paris, lui demandai-je, a-t-il fait une nouvelle révolution? Car on dit bien, Paris règle la France.
— Qu’entendez-vous ? me répondit-il. Je croyais la France régie par des institutions définitives.
— V Avenir de Nice , repris-je, semble affirmer que nos lois laissent maintenant toute indépendance aux discussions, aux écrits, aux associations ; qu’aucune partie de notre administration ou de notre gouvernement n’est plus retirée à la souveraineté des populations. Que de franchises nous sont concédées! Les libertés de nos anciennes chartes sont de bien loin dépassées, il y a apparence. Il est vrai que beaucoup en blâmaient autrefois les restrictions, surtout ceux qui, mieux éclairés depuis, en blâment à présent les excès. Lucrèce avait raison :
Sic volvenda ætas commutât tempora rerum.