Voyez chapitre X . p
2. El rey C'anak, d'il Cogolhido; mais 1c digne fnmcisea titre qui fom.:spoiidai.t à <-t-hii de naciqvo chez les Mexiea
la solitude, les bords du lac où nous venons nous-mêmes d'arriver. Charmé de la beauté du site et mieux encore de la sécurité que promettaient les îles, il se fixa dans la plus importante, d'où vint le nom de Petén Itza (l'île des Itzas), dénomination qui s'étendit plus tard à toute la contrée. La colonie prospéra si bien, qu'à l'époque où elle fut envahie, 277 ans plus tard, on comptait dans les îles une population de 25,000 habitants, sans parler des nombreux villages qui florissaient sur là terre ferme i.
On peut se demander comment les Espagnols, dont l'humeur belliqueuse et l'ardent fanatisme ne se lassaient ni de conquérir des terres ni de sauver des âmes, permirent aux Indiens du Petén de vivre pendant un siècle et demi à l'ombre de leur propre nationalité: la pauvreté d'un pays dépourvu de métaux précieux explique cette longanimité, qui ne fut cependant qu'une trêve; nous voyons en effet, vers l'an 1618, l'ordre des Franciscains préparer les voies à la conquête, en dirigeant vers le lac d'Itza de hardis missionnaires, qui y cueillent la palme du martyre2.
Un trait curieux de la simplicité des indigènes mérite d'être ici rapporté. En visitant les temples qui s'élevaient dans l'île principale, les moines furent surpris d'y trouver l'effigie d'un cheval, exécutée en pierre et en mortier avec assez de vérité. Voici ce qu'ils apprirent au sujet de cette idole : lorsque Fernand Cortès traversa ces parages dans sa marche sur le Honduras, il eut un cheval blessé qu'il fut forcé d'abandonner; les habitants auxquels il recommanda l'animal, dans les termes les plus pressants, s'engagèrent à en prendre soin, et ils remplirent consciencieusement leur promesse. Le fourrage eût été une nourriture trop grossière pour un hôte aussi distingué; on lui offrit des fleurs et des volailles, comme on avait coutume d'en user avec les personnes de condition lorsqu'elles tombaient malades. Le
1. Villagutierre, qui nous a transmis ces détails, a exagéré sans aucun doute la population des îles.
2. Voyez le récit de leurs aventures dans Villagutierre, Historia de la conquista de la provincia de el Itza, 1. n, c. 1, 3,
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résultat d'un traitement aussi honorable ne se fit pas attendre : le quadrupède mourut de faim, accident dont la population fut consternée. Dans une conjoncture aussi grave , le grand conseil se rassembla et décida par un vote unanime , qu'un témoignage éclatant d'estime et de regret serait accordé au défunt ; les artistes les plus habiles reçurent l'ordre de reproduire son image, et, sous le nom de Tziminchak, il fut élevé au rang des dieux. Les historiens se taisent sur l'étymologie de ce glorieux surnom ; ils se contentent de nous apprendre que la nouvelle divinité, par une attribution bizarre, présidait aux orages et dirigeait la foudre.
Cependant, le conseil des Indes, lassé des plaintes qui lui parvenaient sur les Lacandons et les Itzas, dont les incursions réitérées affligeaient le Yucatan , décida la conquête de leur pays. Toutefois, la volonté royale fut que l'on procédât avec douceur ; les tribus devaient être ramenées par la parole évangélique et non réduites par la violence; leur soumission serait l'œuvre des corporations religieuses, nullement celle des soldats, dont le rôle se bornerait à protéger les missionnaires. Mais il arriva, comme il était aisé de le prévoir, que l'élément pacifique fut débordé.
Le Yucatan et le Guatemala durent agir de concert pour mener à fin l'entreprise ; toutefois ce fut le Yucatan , qui, se trouvant le plus tôt en mesure, entama les hostilités. L'an 1662, cinquante Espagnols sortaient de Merida sous les ordres du capitaine Mirones et s'avançaient jusqu'à Zaclun (Sacluc?) en surmontant d'incroyables obstacles ; tandis qu'ils étaient campés dans cette localité où ils attendaient des renforts, oubliant le caractère de leur mission pour préparer un acte de violence, ils furent surpris par les Indiens, qui les massacrèrent tous jusqu'au dernier. Le missionnaire que cette troupe escortait eut un sort encore plus cruel ; arrêté sur les bords du lac et transporté dans l'île , il y fut immolé avec toute la férocité du rite mexicain.
Les efforts du Guatemala n'eurent pas une meilleure issue; des difficultés de toute nature, parmi lesquelles il faut compter la résistance des indigènes, firent échouer les deux expéditions diri-
gées contre le Petén en 1695 et 1696 ; le capitaine Diaz de Velasco, qui commandait cent hommes de l'avant -garde , parvint seul avec ses soldats sur la rive mystérieuse du lac ; mais il paya cette témérité de la vie, ainsi que tous ceux qui l'avaient accompagné. Ce fut à peu près à la même époque qu'un gentilhomme de Merida, nommé Don Martin de Ursua, conçut le projet d'établir définitivement la domination espagnole dans ces contrées. 11 aspirait au gouvernement du Yucatan et cherchait l'occasion de se mettre en évidence ; dans l'espoir de faire agréer ses vues au conseil des Indes, il offrit d'ouvrir à ses frais à travers le Petén , une voie de communication aboutissant au Guatemala : c'était le meilleur moyen , selon lui, de réduire les tribus hostiles agglomérées entre les deux provinces. Ce plan ayant été approuvé par le conseil royal, des ordres furent expédiés pour en faciliter l'exécution ; le gouverneur de Guatemala dut concourir à l'entreprise en dirigeant des forces sur le Petén ; l'évêque de Merida, en stimulant le zèle des corporations religieuses; enfin le vice- roi de la Nouvelle-Espagne, en fournissant les vivres et les munitions nécessaires , au prix le plus avantageux. Peu de temps après, Don Martin de Ursua était élevé au poste que son ambition convoitait.
Aussitôt que le nouveau gouverneur eut obtenu sa commission, il fit procéder à l'ouverture des travaux. On employa deux années pour les conduire à terme, c'est-à-dire pour établir un chemin praticable entre le Yucatan et le Petén ; l'intervalle fut rempli par des négociations qui n'aboutirent à aucun résultat; on ne gagna rien sur les Indiens. Enfin, le 24 janvier 1697 Don Martin sortait de Gampêcheà la tête d'une petite armée ; l'avant-garde avait été expédiée d'avance, avec ordre de camper sur la rive du lac et d'y construire une goélette. Dans les premiers jours de mars, ce détachement fut rejoint par le corps principal. Les Espagnols, qui depuis plus d'un mois cheminaient à travers les bois, ne se lassaient pas de contempler l'étendue des eaux, les îles couvertes de teocallis dont la toiture, étincelait au soleil, la culture des rivages, enfin le mouvement et la vie qui animaient des lieux si profondément isolés ; à cette époque
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de leur histoire, ils présentaient, si l'on en croit les annales du pays, un spectacle beaucoup plus attrayant que celui qu'ils offrent aujourd'hui. Je n'ai pas l'intention d'insister sur les événements qui amenèrent leur transformation; ce" serait allonger mon livre sans intéresser le lecteur : je me bornerai donc au fait sommaire de la conquête.
Les tentatives de conciliation préliminaire ayant échoué près des Indiens , le général espagnol disposa tout pour un assaut. L'artillerie fut mise en batterie sur la plage, tandis que la goélette s'apprêtait à appareiller. Le 13 mars, au lever du soleil, Don Martin de Ursua montait à bord et cinglait vers l'île principale avec la moitié de ses troupes, composée de cent huit combattants. Le lac était désert comme le rivage ; on ne voyait pas une embarcation, pas un ennemi. Tout à coup, au milieu du silence et de l'émotion générale, les tambours et les trompettes retentirent sur le pont, et Don Juan Pacheco, vicaire apostolique, se tenant debout à la poupe : « Messeigneurs, dit-il d'une voix forte, que ceux qui éprouvent le regret sincère d'avoir offensé Dieu et qui implorent le pardon de leurs fautes, lèvent le doigt en disant : Seigneur, j'ai péché, ayez pitié de moi! »Et tous ayant obéi (du moins à ce qu'il sembla), le vicaire leur donna l'absolution, après quoi ils poursuivirent joyeusement leur navigation1.
Cependant on approchait du but, lorsqu'une flottille cachée par les dentelures de la rive se démasqua inopinément; une grêle de flèches siffla dans les agrès, et l'on vit une multitude de guerriers apparaître sur tous les points de l'île en poussant des cris effrayants. On abordait en ce moment, et aux projectiles des Indiens les soldats espagnols répondaient par des décharges d'arquebuses. Il arriva ce que l'on vit toujours dans ces luttes inégales : les Itzas, terrifiés par le bruit de la mousqueterie et par ses effets meurtriers, perdirent promptement courage; abandonnant leur île et jetant bas les armes, ils se précipitèrent dans l'eau, en si grand nombre,
i . Villagutierre, 1. vm, c. 8, p. 475.
dit l'histoire , que la surface du lac disparut un moment sous la masse des fuyards.
Les Espagnols trouvant la ville déserte en prirent possession au nom de la couronne; ils plantèrent l'étendard royal sur le point culminant, et rendirent grâces à Dieu de leur victoire ; puis ils se répandirent avec une sainte fureur dans les temples et dans les sanctuaires privés, où ils brisèrent une telle quantité d'idoles, que depuis sept heures du matin jusqu'à six heures du soir, chefs et soldats ne prirent pas un instant de repos. L'île changea de nom, conformément aux lois de la conquête , et reçut celui de Nuestra Sènora de los Remedios y San Pablo,- mais l'ancienne dénomination a prévalu sur cette nomenclature bizarre, quoique les deux noms soient associés quelquefois sous la forme abrégée de Remédias- Petén1. On y fonda un poste militaire (presidio) destiné à protéger la colonie future contre un retour offensif des maîtres légitimes du sol.
Ces réminiscences historiques servirent d'aliment à mon esprit pendant les premiers jours de la longue maladie qui me retint captif à Flores. Mon imagination y prenait un intérêt si vif, que le souvenir des vieux Romains ne m'en eût pas inspiré davantage,' au milieu des plaines classiques du Latium. Je rne promettais avec une satisfaction intime de rechercher, après ma guérison, les débris échappés aux soldats d'Ursua et de visiter les îles plus éloignées, qui renfermaient peut-être les éléments de quelque découverte ; mais la répétition des mêmes idées finit par me lasser , et dans le vide qui succéda, je n'eus plus d'autre distraction que la variété de mes souffrances. Le désir de recouvrer promptement la santé m'avait fait adopter un régime sévère, la diète et l'immobilité; les yeux tournés dans la direction du lac, dont j'apercevais un lambeau, j'interrogeais vingt fois par jour le battement de mon pouls et la sensibilité de ma blessure. Flottant entre la crainte et l'espérance, je voyais le temps s'écouler, sans autre ressource contre l'ennui et