‹ Voyage dans l'Amérique Centrale, l'île de Cuba et le YucatanChapitre 93 sur 96 · ROUTE DE FLORES A GUATEMALA · texte numérisé non relu

ROUTE DE FLORES A GUATEMALA

Journées. Lieues.

1 De Flores à Junteccholol , métairie 7

J El Chai, rancho* 7

3 Santo-Toribio, hameau , ■ 6

4 Dolores, village. 6

5 Poptun , métairie 6

6 San-Luis, village 6

7 Chimay, rancho. 5

8 Tzunkal, rancho 5

9 Santa-Yzabel , rivière 4

10 Tuilha, rancho. 6

11 Chichaj ak, rancho 4

12 Boloncotk 4

13 Campamac, rancho 5

14 Zancudo 4

15 Chipakché. 5

Journées. Lieues.

16 Gahabon, bourg 4

17 S.-Augustin-Lanquin, village. ... 8

18 Chiacam, rancho ... ". 6

19 Caquiton, rancho 5

20 Goban, ville. 7

21 Santa-Cruz, village 4

22 Taltic, village 4

23 Santa-Rosa, rancho 5

24 Salama , ville 4

25 Llano-Grande . . . 6

26 Los-Platanos, rivière 5

27 Rio-Grande 5

28 Garrizal €

29 Guatemala. 7

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Un fait qui, peut être, n'est pas assez généralement connu, c'est que les maladies inflammatoires sont moins fréquentes sous les tropiques que celles

qui proviennent de l'atonie et de la débilité des organes. Sous l'influence continue de la chaleur, le tissu cellulaire, base de toute l'organisation , se relâche et finit par perdre une partie de sa contractilité ; il en résulte, entre autres phénomènes, un ralentissement dans la circulation lymphatique, surtout aux extrémités des membres, ce qui explique la difficulté de guérir les plaies et les blessures dont ces régions peuvent devenir le siège.

Tandis que l'énergie du système musculaire s'affaiblit, l'appareil nerveux, au contraire , acquiert une singulière irritabilité ; la moindre blessure est excessivement douloureuse, et donne lieu souvent à des accidents tétaniques auxquels il est impossible de remédier.

L'invasion de la dyssenterie, dans le Guatemala, est presque toujours précédée d'une suppression de la transpiration ; les forces vitales se concentrent sur l'organe affecté et abandonnent la peau; c'est le foie, dans l'opinion des médecins du pays, qui est le siège originaire de la maladie et c'est sur ce viscère qu'ils cherchent à réagir au moyen de vomitifs et de médicaments spéciaux. Il est superflu d'ajouter que sous un climat où la santé dépend principalement des fonctions de la peau, les étrangers ne doivent rien négliger pour se mettre à l'abri des variations de la température.

Je n'ai point vu de goitre au Petén, ni même sur le versant de l'Atlantique; mais ce genre d'affection est endémique dans certains parages voisins du Grand Océan. Les goitres s'y transmettent de génération en génération, sans distinction de races, acquièrent un volume monstrueux et souvent comme dans les Alpes et les Pyrénées, sont compliqués de crétinisme. Répandue depuis les plaines brûlantes du Nicaragua jusque sur le plateau tempéré des Altos, cette maladie se joue comme en Europe , des systèmes qui ont été conçus pour expliquer son origine. On prétend que l'air de la mer exerce une influence salutaire sur la résolution des tumeurs goitreuses, et j'ai ouï citer des malades qui avaient été guéris après un voyage de long cours ; sans révoquer le fait en doute, je crois qu'il faut en faire honneur au changement de climat, le meilleur de tous les remèdes, quand l'affection n'est pas invétérée.

Les plaies, surtout celles des membres inférieurs, demandent une attention particulière sous les tropiques ; le voyageur ne saurait trop se prémunir contre leur danger; je puis citer mon propre exemple, car une simple écorchure, négligée au début, a failli me coûter la vie. Dégénérant en un ulcère calleux, profond, extrêmement douloureux, cette plaie fut à la fin guérie, au moment où je redoutais la gangrène, par un remède banal que la Providence m'envoya : je veux parler de l'onguent basilicum. Un habitant de Flores qui avait éprouvé à Belize l'effet de ce médicament , en possédait une boîte qu'il mit généreusement à ma disposition; j'étais perdu sans cet heureux concours.

Je joins à cet avertissement la formule d'un onguent employé avec succès à la Havane contre les plaies rebelles et les ulcères invétérés.

Cire, quatre parties,

Térébenthine de Venise, une partie,

Alun, un huitième,

Camphre en poudre, un huitième.

On fait fondre au bain marie la cire et la térébenthine, puis on ajoute l'alun et le camphre, en remuant le mélange jusqu'à ce qu'il forme une masse bien homogène. Ce médicament s'emploie à l'état liquide : après l'avoir exposé au feu dans une cuiller, on en verse quelques gouttes sur la plaie 3 on recouvre de sparadrap et l'on change tous les trois jours.

Quant aux morsures de serpents venimeux, je conseillerai l'emploi de caustiques très-actifs , comme l'acide nitrique ou l'acide sulfurique concentrés , et mieux encore le chlorure d'antimoine qui a^it avec beaucoup de promptitude, mais dont l'application demande quelques précautions, parce qu'il se décompose au contact du sang. Le venin du trigonocéphale jararaca, dont j'ai parlé souvent, est singulièrement actif; lorsque la plaie est pénétrante, il est rare que le patient survive au delà de quelques heures; si la dent du reptile a rencontré sur son trajet quelque portion notable du système nerveux, la mort ne se fait guère attendre plus de dix à vingt minutes. C'est en raison de ce danger que les courriers, dans l'Amérique Centrale, ne marchent jamais isolés. Il est donc essentiel que le voyageur soit toujours muni d'un remède prompt et énergique.

Les trois départements de Totonicapan, Quezaltenango et Sololâ, forment ce que l'on appelle les Altos, pays élevé, montagneux et froid qui, en 4838, pendant la lutte entre Morazan et Carrera, s'était constitué en État indépendant. La population de ces trois départements réunis monte à 201 ,150 habitants, dont 440,950 Indiens et 60,200 blancs ou ladinos. Les indigènes parlent le Quiche, le Mani et le dialecte d'el Sauvai.

Totonicapan, chef-lieu de département, renferme environ 20,000 âmes. Cette ville est située sur un plateau dominé par de hautes montagnes; le climat y est humide et froid, l'atmosphère nébuleuse, le sol de qualité médiocre; mais l'industrie des habitants supplée au peu de fertilité du terroir. On cultive principalement à cette élévation le blé et la pomme de terre; on y récolte aussi des pommes , des poires, ainsi que d'autres fruits médiocres en qualité.

Quezaltenango s'élève à la base d'un volcan dont la dernière éruption remonte à 1758. La température moyenne est plus basse dans cette localité, que nulle part ailleurs dans l'Amérique Centrale. Il y tombé parfois de la neige, mais elle disparaît promptement, de même que le thermomètre ne

se maintient pas longtemps à zéro* Le département produit du blé et du maïs en abondance; les moutons y sont multipliés; il s'y fait un grand commerce de céréales ainsi que de tissus de laine et de coton.

La superficie de l'ancienne confédération Centro- Américaine, comprenant les États de Guatemala , San-Salvador , Honduras, Nicaragua et'Costa-Rica> peut être évaluée à 18,600 lieues géographiques carrées, réparties de la manière suivante :

Guatemala 3,850

San-Salvador , . ..... 690

Honduras , 5,320

Nicaragua 5,400

Costa-Riea 3,340

Total ..18.600

Ce calcul, néanmoins, ne doit être considéré que comme approximatif > car la géographie de l'Amérique Centrale n'est point encore arrêtée d'une manière sûre et définitive.

Rien de plus contradictoire, en outre, que les renseignements recueillis jusqu'à présent sur la population de cette partie du monde; il est fort difficile d'en établir le chiffre par voie de recensement, les indigènes ne voyant dans cette opération qu'une mesure fiscale dont ils redoutent les conséquences, et à laquelle ils n'hésitent point à se soustraire.

Les bases les plus sûres que Ton puisse adopter, au milieu des appréciations fort hasardées des géographes, sont les relevés publiés par l'ancien gouvernement colonial, quoique ces documents laissent beaucoup à désirer.

Un premier recensement effectué en 1778, fixe à 805,339 habitants, le chiffre de la population de la capitainerie générale de Guatemela ; , Tétat actuel du même nom figure dans ce dénombrement pour 430,859 habitants , ainsi classés d'après leur origine :

Espagnols. 15,232

Ladinos... 27,676

Indiens ôt nègres...... 387,951

Total ...... 430,859

Un second recensement officiel, en date de 1825, élève le chiffre précédent à 512,120. En calculant d'après la moyenne de 2,068 habitants correspondant à l'accroissement annuel de la population pendant une période de près d'un demi-siècle (47 années), on trouvera pour les trente années écoulées

depuis 1825 une augmentationde 62,040 habitants, qui ajoutés aux 512,120, (tonneraient un total de 574,160. Gomme les bases [de ce calcul (évidemment approximatif) sont plutôt faibles que trop élevées, on se rapprochera de la vérité en portant à 600 mille âmes la population de l'État.

Le gouvernement actuel, abandonnait comme incertaine la voie du recensement direct, a cherché la solution du problème dans le rapport entre les naissances et les décès,, comparé à l'ensemble de la population. Ce mode de calcul Ta .conduit au phiffre de 924,950 habitants, résultat bien certainement «agéré * .

^Enfin le dernier recensement opéré en 1852, réduit le même chiffre à 787^000 habitants; '

Pendant une période de vingt et une années, de 1821 à 1842, la république de Guatemala a eu 51 actions de guerre à enregistrer; les pertes se sont élevées à 2,762 hommes, dont 2,291 tués et 471 blessés. L'affaire la plus considérable fut celle du 19 mars 1840, dans laquelle Carrera triompha définitivement de son compétiteur Morazan ; 414 soldats restèrent sur le champ de bataille et 172 furent blessés. Le résumé général donne pour les cinq États formant jadis la confédération Centro-Américaine, 143 combats, 7>088 morts et 1785 blessés, c'est-à-dk?e une perte de 61 hommes par rencontre; m voit que pour être fréquentes* ces luttes ne sont pas en définitive très-meurtrières.

i. Je passe sous silence le recensement de 1833-34, j»ubUé enJ839j qui donne un chiffre de 460,012 habitants, chiffre évidemment erroné.

Lu par M. A. NORELET à l'Académie des Sciences

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