‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 108 sur 240 · III. i.repart · texte numérisé non relu

III. i.repart

Moxos.

pêche une nécessité, et l’agriculture leur procurait des provisions pour les boissons fermentées. On prenait celles-ci dans une maison commune, où l’on recevait les étrangers et où l’on se réunissait pour danser.

Le mariage était une convention résoluble à la volonté des parties et la polygamie était ordinaire. Très-superstitieux, ils croyaient qu’ils devaient être mordus d’un serpent, d’un jaguar, chaque fois que leur femme était infidèle; aussi chaque accident semblable arrivé pendant un de leurs voyages, amenait-il le châtiment, souvent la mort de la femme innocente, et toujours le divorce. Un Moxos immolait sa femme si elle avortait, dans la crainte de la dyssenterie, et ses enfans, s’ils étaient jumeaux; tandis que, de son côté, la mère se débarrassait souvent de ses enfans quand ils l’ennuyaient. Néanmoins les Canichanas seuls étaient anthropophages.

Ne pouvant voyager par terre en toute saison, les cours d’eau étaient leurs chemins ordinaires, qu’ils parcouraient incessamment en pirogue pour chasser ou pêcher. Tous étaient guerriers. L’industrie était très -avancée chez eux. Ils connaissaient l’écriture1. Us tissaient leurs hamacs, indispensables en un pays inondé, et leurs vêtemens. Ils s’ornaient la tête de plumes et se peignaient la figure, ou se perçaient la lèvre inférieure et les narines, afin d’y suspendre des ornemens. Les hommes portaient au cou les dents de leurs ennemis tués à la guerre.

Le gouvernement des habitans de Moxos était uniforme et ressemblait beaucoup à celui des Chiquitos. Chaque nation sè divisait en beaucoup de tribus; chaque tribu avait un chef, dont l’influence était très-limitée, et il n’existait, dans le fait, aucun corps de nation. Ces chefs, nommés par la tribu, guidaient les guerriers dans les batailles, donnaient des conseils, et n’étaient jamais à la fois médecins et prêtres.

La religion était différente non-seulement suivant les nations , mais encore selon les tribus, qui toutes avaient des fêtes et des solennités sans nombre, dans lesquelles entrait pour beaucoup l’usage des boissons fermentées. Leur culte était souvent celui de la nature : ils révéraient un dieu présidant à l’eau, aux animaux, à la culture, à la chasse ou à la pêche, dirigeant les images, le tonnerre; mais cette croyance n’était pas aussi répandue que le culte déterminé par la crainte du jaguar, auquel ils érigeaient des autels et consacraient des offrandes, se vouant une ou deux années à des jeûnes

1. C’est au moins ce que dit Don Lazaro Rivera ( Informe general de la provincia de Santa- Cruz, p. 89, §. 52 1.)

rigoureux, à la chasteté, pour en devenir les prêtres, Comocoïs ou Tiaraukis. La religion était basée moins sur l’amour que sur la crainte des dieux; elle n’admettait pas de véritable adoration. Les prêtres étaient aussi médecins.

On voit, d’après l’exposé rapide que je viens de faire des moeurs des habitans de la province de Moxos avant la conquête des Espagnols, qu’il y avait chez eux peu d’élémens de prospérité, et surtout de civilisation progressive; ainsi cette province se trouvait absolument dans les mêmes conditions que la province de Chiquitos. 1

44' Deuxième Epoque. Depuis V arrivée des premiers Espagnols à Moxos , jusqu’à l’instant où les jésuites pénétrèrent dans la province (de 1562 à 1667).

Les plus épaisses ténèbres régnent chez les historiens relativement à ta découverte de la province de Moxos. Il paraît pourtant qu’en \ 562 2 3, les aventuriers espagnols, compagnons de Chavez, en eurent connaissance, et qu’en 1564 Diégo Aleman y pénétra par Cochabamba0. Ce qui paraît le plus certain , c’est qu’après la translation de la ville de Santa -Cruz oh elle est aujourd’hui, des gouverneurs de cette ville tentèrent de réduire les indigènes de Moxos. Cette intention ressort de l’acte par lequel, le 2 Octobre 1607, le gouverneur Martin de Almendras Holguin, donna en encomiendas la province de Moxos à Gonzalo de Solis Holguin et aux siens pour deux vies ( dos vidas ), à la condition d’y fonder une ville sous le nom de Santissima Trinidad, et d’endoctriner les habitans4. Les Espagnols s’y prirent très-mal, mécontentèrent ces derniers , qui rompirent toutes relations avec les habitans de Santa-Cruz.

Une quarantaine d’années plus tard, vers 1647, les indiens de Moxos, ayant appris par leurs premières relations l’utilité de nos outils de fer, voulurent s’en procurer par des échanges avec les Chiriguanos; mais en remontant le Piray ou le Rio Grande, ils rencontrèrent les Crúcenos, qui leur achetèrent leurs plumes et leurs tissus de coton , en les engageant à

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