Tome I.er, p
Tomina.
Décemb.
profonds ravins, où j’étais resté comme encaissé depuis quelques jours, je voyais avec plaisir se dérouler devant moi ce vaste horizon. Je remarquai, non sans étonnement, que les pluies bienfaisantes n’étaient pas encore venues vivifier ces lieux si voisins de la Pampa Ruiz, où j’avais été retenu par elles. Le soir, je m’arrêtai non loin du petit hameau du Nuevo Mundo, peuplé de pasteurs, et je m’établis sous une corniche naturelle de grès. Les environs, quoique nus, offraient néanmoins, par les rochers en mamelons, par les plaines qui les séparent, un aspect tranquille, qui n’était pas sans charmes. Les cabanes isolées des pasteurs , leurs troupeaux répandus dans la campagne, animaient cette région, séjour du repos et de la vie pastorale.
En laissant le Nouveau Monde et me dirigeant au sud vers le Pescado , je descendis bientôt dans le fond de ravins partout couverts de magnifiques ifs au feuillage en panache ; mais j’eus peu de temps à les admirer. La pluie tomba de nouveau par torrens et jamais je n’avais eu à vaincre plus de difficultés. Le sol, composé d’argiles bigarrées , devint si glissant, qu’à chaque instant ma mule s’abattait ou glissait quelques mètres , sans pouvoir s’arrêter, au risque de rouler avec moi dans les abîmes; aussi me vis-je plusieurs fois forcé de gravir à pied, pour diminuer le péril. Rien en Europe n’est comparable à ces sentiers qu’on appelle des routes. Les eaux y creusent des ravines ; on y enfonce dans l’argile, où l’on doit vaincre la force des ruisseaux. Je parvins, après une lutte opiniâtre, au sommet d’une haute colline; je descendis dans une seconde vallée; je franchis de nouveau une autre montagne , sans que la pluie cessât de tomber; enfin, de ce dernier point culminant je voyais le bourg Del Pescado (du poisson), où je descendis par des pentes rapides sur des rochers en gradins.
Le Pescado est situé sur la rive gauche de la petite rivière de ce nom, qui se dirige au sud-est, en suivant une très-belle vallée, où le cultivateur et le pasteur trouvent de grands avantages. Je me dirigeai vers la maison de l’alcalde qui, lorsque je me fus nommé, faillit me sauter au cou, en me comblant de prévenances. Je devais cette réception à un article trop flatteur pour moi que le gouvernement bolivien, le 1 1 Octobre précédent, avait fait insérer dans le journal El Boliviano , pour relater le service que j’avais rendu à la république, en ouvrant un nouveau chemin de Cochabamba à Moxos par le Rio Sécuri1. Le bruit de mon arrivée se répandit