Chuquisaca vient de choque chaca (pont d’or
2. Herrera, Decada F, p. 76; Garcilaso de la Vega, Com. de los Incas, lib. Ill , cap. XFII,
Chuqui-
saca.
promirent d’adopter à l’avenir les lois et la religion des rois de Cuzco. Quelques années plus tard, le fds de celui-ci, Y Inca Roca1, voulut lui-même en faire la conquête. Il envoya des messagers à la province de Charcas , qui balança quelque temps; mais les vieillards, ayant sous les yeux l’exemple des provinces voisines déjà soumises, résolurent de devenir les fidèles sujets des Incas. Ils envoyèrent des députés, qui reçurent des présents, et le pays entier resta, jusqu’à l’arrivée des Espagnols, sous la dépendance des fils du soleil.
Au milieu des ténèbres dont s’enveloppent les premiers temps de la conquête de l’Amérique, lorsqu’on abandonne les exploits militaires des chefs conquérans de cette époque, pour chercher seulement ce qui a rapport aux provinces elles-mêmes, on entrevoit que les premiers Espagnols qui parcoururent la province de Charcas, furent, en 1536, ceux de l’expédition de Don Diego Almagro, lorsque celui-ci voulut conquérir le Chili2. Deux ans plus tard, en 1538, après la mort d’ Almagro, le marquis Don Francisco Piçarro , pour se débarrasser momentanément des capitaines turhulens , les envoya , chacun de son côté , faire de nouvelles conquêtes. Son frère Gonçalo Piçarro, accompagné de gens d’élite, se dirigea vers les Charcas, où il eut à soutenir plusieurs batailles contre les indigènes, jaloux de conserver leur liberté3 4; mais les armes des Espagnols étaient si supérieures, qu’ils les vainquirent. Il en fut de même à Chuquisaca, où les Castillans se trouvèrent dans la situation la plus critique. Cernés de toutes parts, ils sévirent obligés de demander du secours. Pourtant ils remportèrent miraculeusement la victoire avant l’arrivée du renfort. Enfin , les indigènes vaincus de tous les côtés , Francisco Piçarro distribua le pays aux conquérans et donna surtout les environs de Potosi, à ses frères Gonçalo et Hernando , la province de Tapacari à Garcilaso de la Vega, etc. Francisco Piçarro envoya, en 1539, Perançurez transformer le bourg de Chuquisaca, composé de Quichuas, en la ville espagnole de la Plata* , qui n’en conserva pas moins son nom indigène. Les guerres civiles commencèrent ensuite avec un acharnement sans égal entre les divers
1. Garcilaso de la Vega, Com. de los Incas , lib. Ill , p. 122.
2. Herrera , Hist, de las Indias, Dec. V, lib. VII, p. 169, et lib. X, cap. I , p. 225; Garcilaso
de la Vega, Com. del Peru, lib. II, cap. 20, p. 87.
3. Garcilaso, Com. del Peru, lib. Ill, cap. I, p. 137. Un fait de cette époque prouve que les
Indiens ne manquaient pas de courage. Sept indigènes à pied, armés d’arcs et de flèches, osèrent attaquer quatre Espagnols à cheval, couverts de leurs cuirasses. — Gomara, cap. 134; Çarate, lib. Ill, cap. 12.
4. Garcilaso, Com. del Peru, p. 139; Herrera, Descript., p. 46.
conqueraris du nouveau monde. Francisco Piçarro fut tué par ses compatriotes ; le fils d’Almagro se fit proclamer gouverneur. Dans ces circonstances , l’Espagne envoya Vaca de Castro, pour juger les différends; il nomma en \ 544 1 Luis de Ribera gouverneur de la ville de la Plata. A cette époque de nouveaux troubles parmi ces soldats indisciplinés furent le résultat de la promulgation des ordonnances de la cour d’Espagne, relatives au bien-être des pauvres indigènes , et Chuquisaca , vu son éloignement de Lima , devint le jouet des partis. Elle souffrit surtout en \ 54 fi2 pendant les querelles de Diego Centeno et de Francisco Carvajal : le premier pour le roi d’Espagne, le second pour Piçarro, sous Blasco Nuñez Vela. La découverte des fameuses mines de Potosi1 2 3 enrichit beaucoup la province de Charcas et y attira les Espagnols les plus ambitieux; néanmoins, après la bataille de Guarinas, en I5474 5, et la mort de Piçarro , en i 548 5 , il y eut quelques instans de tranquillité. Alors Diego Centeno fut nommé, par le président de la Gasea, pour aller à Chuquisaca, avec des instructions très-favorables au bien-être des indigènes6; mais il mourut au moment de partir.
Accoutumés au pillage , tous les soldats qui étaient restés dans les diverses provinces , commettaient des déprédations telles que l’autorité dut s’en occuper sérieusement. A cet effet, le vice-roi et l’audience de Lima envoyèrent, en \ 552, Pedro de Hinojosa comme gouverneur de la province de Charcas7; mais, peu de temps après son arrivée, quelques Espagnols sous Don Sebastian de Castilla se révoltèrent et le tuèrent8. Bien que Sebastian de Castilla reçût le châtiment de son crime , il fut promptement remplacé par un autre révolté non moins cruel, Vasco Godinez9, qui soutint la rébellion jusqu’à l’arrivée du maréchal Alvarado , envoyé en \ 555 pour rétablir le calme. Il s’empara de Godinez , le fit écarteler et infligea la peine capitale à beaucoup de ses complices. r.
A cette époque parut une seconde ordonnance de la cour d’Espagne , qui
Chuqui-
saca.
1. Herrera, Historia de los Hechos, etc Dec. VII, lib. VIII, cap. XVII.
2. Garcilaso, Com. del Peru, lib. IV, cap. XXVIII, p. 237. — Herrera, Dec. VII, lib. X.