‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 181 sur 240 · Voyez ce que j’ai dit t. II, p. 403 et suiv · texte numérisé non relu

Voyez ce que j’ai dit t. II, p. 403 et suiv

La Paz.

4 Juin.

monumens de l’histoire péruvienne, les nombreuses antiquités de Tiaguanaco. Je résolus donc de faire pendant quelques jours diversion au travail du cabinet, en visitant ces lieux, aussi intéressans pour l’histoire que pour les sciences naturelles et géographiques. Je le pouvais d’autant mieux, que le préfet de la Paz, Don Francisco Pinedo, avait fait construire sur le lac une petite goélette, dont il m’était loisible de profiter pour reconnaître avec plus de facilité les côtes.

Tout en mûrissant ce projet, je voulus compléter mes observations géographiques par la mesure d’une base qui me donnât à la fois la distance réelle de l’Illimani et son élévation au-dessus des océans. J’avais partout jusqu’alors obtenu, par la température de l’ébullition de l’eau, des hauteurs approximatives de toutes les villes; je désirais en obtenir aussi pour la plaine qui domine la Paz. Le préfet me prêta un téodolithe; on mit à ma disposition des soldats de la police pour m’aider, et accompagné de toutes les autorités, j’allai choisir le lieu de mes opérations. Deux jours me suffirent pour ce travail, et je pus mesurer une base de 4848 varas espagnoles, ce qui me donna huit lieues de distance réelle à l’Illimani.

Je trouvai au couvent des Educandas une carte manuscrite sans nom d’auteur, qui contenait beaucoup de détails sur le lac de Chucuito1, je la copiai, et pourvu de lettres de recommandation de tous genres, je résolus d’entreprendre l’excursion projetée. J’avais depuis quelques jours fait connaissance à la Paz d’un Anglais, M. Jean-Chrétien Bawring, qui, à l’instant de partir, me pria instamment de lui permettre de m’accompagner dans cette courte excursion. Je le fis avec plaisir.

§. 4. Excursion sur les rives du lac de Chucuito.

Le 4 Juin, je laissai la Paz, accompagné d’un soldat de la police qui me servait de domestique. Je montai sur le plateau, et me dirigeai au nord-ouest vers Tiaguanaco, dont j’étais à quinze lieues. Je parcourus des terrains pierreux, coupés de temps en temps par des ravins qui descendent de la Cordillère orientale, dont j’admirais les pics neigeux. J’arrivai ainsi au ruisseau de Laja, de l’autre côté duquel est le bourg de ce nom, célèbre en ce qu’il existait du temps des Incas, et que les conquérans y tinrent leur première

1. Cette carte, remplie d’inexactitudes pour les distances réelles, mais renfermant des détails curieux, avait été dressée par un gouverneur d’Omasuyo, sur les renseignemens communiqués par le pilote, patron de la goélette.

réunion, lorsqu’il s’agit, en 1548, de foncier la ville de la Paz1. Laja, situé à six lieues de la Paz, bien placé au milieu de la plaine, a conservé son étendue, et peut encore passer pour l’un des grands bourgs de ces régions. Il est habité par des Indiens aymaras, qui cultivent les bords de la petite vallée, et font paître leurs troupeaux sur les montagnes voisines. L’aspect en est agréable. Comme ma journée de marche était longue, je ne m’y arrêtai pas, et je poursuivis mon voyage vers Lloco-lloco, dont j’étais encore à cinq lieues.

A peu de distance de Laja, toujours dans la même plaine, je traversai le petit Rio de Vilaque, et passai ensuite entre des mamelons de grès formant colline. Je descendis dans le Rio Colorado, ainsi nommé de ses eaux rouges, qui se colorent en passant entre deux des plus hauts mamelons de terrains fortement saturés d’oxide de fer. Le chemin suit cette petite rivière et traverse au même endroit. Au delà, je retrouvai la plaine qui me conduisit, par des pentes insensibles, jusqu’au pied d’une haute chaîne de couches de grès redressée, qui vient de Viacha2. Bien qu’elle ne fût pas très-haute, elle me demanda néanmoins assez de temps pour ne me faire arriver que de nuit à Lloco-lloco. Avant d’atteindre le bourg, j’entendis partout, dans les cabanes isolées, résonner le tambourin. C’était la répétition des danses que les Indiens se proposaient d’exécuter devant le saint Sacrement, le jour de la Fête-Dieu. Ces bruits redoublèrent à l’approche de Lloco-lloco même, oh je descendis chez le curé, qui me fit partager son souper. Les habitans du Pérou et de toutes les régions élevées assaisonnent tous leurs mets d’une si grande quantité de piment ronge ou d ' Aji, que l’Européen ne peut le supporter. Sans exagération, un tiers de la surface en est composé. La course de la journée m’avait donné de l’appétit, et j’avais pris ces alimens avec plaisir; mais, bientôt la bouche en feu, je souffris beaucoup de Faction du piment.

Lloco -lloco est parfaitement situé non loin de la rive droite d’un petit ruisseau, dans une étroite vallée, dirigée presque est et ouest, formée de collines de médiocre hauteur. Les environs servent à la culture de la pomme de terre ou fournissent aux troupeaux de brebis d’excellens pâturages. Le bourg est grand, l’église spacieuse et les maisons sont bien groupées tout autour.

Après avoir parcouru les environs et pris mes relévemeos géographiques,

La Paz.

1. Je possède l’acte de cette réunion, signé des personnes qui en faisaient partie.

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