‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 182 sur 240 · Voyez t. II, p · texte numérisé non relu

Voyez t. II, p

mon ardent désir devoir les monumens de Tiaguanaco, dont je n’avais cessé de m’entretenir avec le curé, me lit m’acheminer vers ce bourg, que j’apercevais dans la même vallée à trois lieues à l’ouest , quelques degrés nord. En foulant des prairies sèches, je me trouvai promptement à la jonction du ruisseau de Lloco-îîoco avec celui d’une autre branche de la vallée, formant le Rio de Tiaguanaco. Le dernier se creuse un lit dans la terre végétale la plus productive, et passe au nord du bourg. Impatient d’y arriver, je pressai la marche; enfin, vers onze heures je l’avais atteint. Je priai de suite le corregidor de me donner un guide pour me conduire vers les points où se trouvent des antiquités. Je demandais beaucoup, car je reconnus bientôt que tous les environs en sont couverts. On voit partout, en effet, des bouches de souterrains et des fondations d’édifices; mais le fanatisme des Espagnols les a conduits à détruire tout ce qui pouvait leur donner l’ombre de craintes religieuses ou rappeler les anciennes croyances des Incas. Toutes les pierres transportables, dès quelles étaient taillées, ont aussi été par eux portées à la Paz pour construire les ponts, les églises, ou employées sur les lieux à la construction des édifices religieux et des maisons des villages voisins. C’est ainsi que, dans les murailles de l’église de Tiaguanaco et de la maison du curé, je voyais à chaque instant des parties de sculptures enlevées aux anciens monumens. Autour de la place et dans les cours, les bancs sont encore des parties de portiques couverts de reliefs plats ; j’y rencontrai une infinité de pierres sculptées entières ou mutilées, et dans tous les endroits où l’on creuse, on découvre des restes d’édifices. On ne peut faire un pas, sans fouler aux pieds des vestiges d’une civilisation éteinte. Sur cette terre antique, témoin de la splendeur passée d’un peuple déchu, je ne savais en vérité à quoi donner la préférence. Je résolus de commencer par tout voir, afin de juger de l’ensemble, sauf à étudier ensuite les détails avec le plus grand soin.

Je reconnus, dans la campagne, indépendamment d’une grande quantité de fragmens épars , les fondations et quelques parties encore en place de trois principaux monumens, tous situés à peu de distance au sud du village. Le premier et le plus remarquable de tous, sur lequel on laboure maintenant dans presque toutes ses parties1, est carré, de cent soixante-quinze mètres sur chaque face. 11 est orienté à l’est 10° nord.

Sa façade occidentale2 se compose d’une suite de pilastres monolithes,

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