Idem , p. 303, 388, 397, etc
était le commerce des hommes, qui se continuait, malgré la conclusion de la 1832. paix1 2. Parvenu à vaincre ces obstacles, le père Arcé, accompagné d’un autre Chiqui jésuite et de deux guides, partit en Décembre 1691 pour la province de tus- Chiquitos. Des transports de joie l’y accueillirent chez les Pinocas, avec lesquels il forma la mission de San-Xavier a. Il reçut bientôt après des députations des Penoquis et des autres nations , qui désiraient ardemment vivre en paix. Tout allait bien; mais il fut rappelé par son supérieur de Tarija. Les Mamelucos, dans cet intervalle, vinrent attaquer les Penoquis, auxquels ils enlevèrent leurs femmes et leurs enfans3. Averti de cet attentat, le père Arcé se rendit en toute hâte à Chiquitos , ou , profitant de la terreur qui régnait partout, il s’efforça de réunir les Indiens des diverses nations à San-Rafael, et alla prévenir le gouverneur de Santa-Cruz , qui lui donna cent trente soldats , lesquels battirent complètement les Mamelucos campés à la nouvelle mission de San-Xavier, près du Rio de San-Miguel. Les vaincus ne reparurent plus dans la province.
Contents de se voir soustraits aux attaques des Mamelucos et des Crúcenos , et de pouvoir, sous un joug paternel, recouvrer la paix et la tranquillité, les Chiquitos reçurent partout les jésuites avec bonheur. Ces religieux, en plus grand nombre , s’occupèrent activement de la conversion des indigènes. Une fois qu’ils eurent à leur disposition un noyau de population chrétienne , ils rayonnèrent vers les lieux ou ils savaient trouver des sauvages. Us partaient avec vingt à trente Indiens chrétiens , qui leur servaient de guides et d’interprètes4; traversaient à pied la forêt, en y cherchant des prosélytes. D’autres fois ils envoyaient les Indiens chrétiens seuls5. Leur tactique, lorsqu’ils apprenaient l’existence d’une nation, était d’en emmener de gré ou de force ; ne fut-ce que deux ou trois , ils les gardaient dans les missions , les y traitaient parfaitement, leur enseignaient le chiquito, et allaient l’année suivante, avec ces nouveaux interprètes, chercher à endoctriner le reste de la nation. Ces excursions n’étaient pas sans périls : les tribus découvertes à l’impro viste se défendaient souvent contre les Indiens, et tuèrent même quelques religieux6. Toutefois, connaissant parfaitement le caractère des indi-
1832. gènes, les jésuites se servirent avec discernement et succès des moyens que „hj(iu¡ leur expérience leur suggérait comme les plus propres à les captiver et à les ,os convaincre. Leur conquête spirituelle marcha donc très-rapidement. Us trouvèrent surtout de grands secours auprès des Indiens chiquitos, qui leur furent entièrement dévoués dès leur arrivée.
La langue des Chiquitos étant la plus répandue, les jésuites en firent le langage général de la province. S’ils formaient une mission de nations parlant des idiomes divers, comme à Concepcion par exemple, ils les obligeaient toutes à prier dans la langue commune et à s’entendre avec eux seulement dans ce dialecte. S’ils composaient une mission d’une seule nation distincte de la nation des Chiquitos, comme à Santiago et à San-Juan, ils y amenaient un certain nombre d’indiens de cette dernière, afin qu’ils leur apprissent leur langage et qu’ils leur enseignassent plus vite la doctrine chrétienne et les règles établies dans les autres villages1; aussi vit -on bientôt se fonder successivement les missions de San-Xavier, de San-Rafael, de San-José, de San-Juan , de San-Ignacio, de Concepcion et de Santiago, qui toutes, dès 17252, avaient une existence réelle et annonçaient devoir atteindre une grande prospérité.
Les communications avaient lieu journellement avec la province de Tarija, dont dépendait Chiquitos; mais ces deux provinces relevant du collège des jésuites du Paraguay et de Buenos -Ayres, la compagnie fit tous ses efforts pour établir des communications directes avec le Paraguay. En 1702 les pères Her vas et Yegros3 partirent de San -Rafael avec quarante Indiens, pour les rives du Rio du Paraguay; ils arrivèrent après deux mois de marche près d’une rivière, sur le hord de laquelle ils plantèrent une croix, la prenant pour le Rio du Paraguay. Une expédition partit l’année suivante de Candelaria ( missions ) ; mais elle chercha en vain la croix du père Ilervas et revint sur ses pas4. Une autre expédition, envoyée de San-Rafael en 1704, constata que le lieu oh l’on avait planté la croix n’était qu’un lac (sans doute le Yarayès). En 1705 des religieux de San-Pxafael firent une nouvelle tentative et reconnurent définitivement le port oh débarquaient les Mamelucos. C’était une pointe de terre ferme avancée dans la lagune de Yarayès5. En 1715 des religieux remontèrent encore du Paraguay vers le port qu’ils ren-
1 . M. de Humboldt approuve beaucoup ce mode employé par les jésuites. (V oy\ aux rég. équinox.)
2. C’est l’époque où le père Fernandez terminait sa relation historique des missions des Chiquitos, imprimée en 1726. Depuis cet instant on n’a plus rien écrit sur la province.