Idem, p
5. Idem, p. 177. 11 appelle improprement ce lac Laguna Mamoré.
contrèrent, et le père Arcé vint par cette route à San-Rafael. Il paraîtrait que plus tard la fondation de Santo -Corazón, à la jonction du Rio de San- Rafael et du Rio de Tucabaca, avait pour but la communication directe par le Rio Oxukis de la province de Chiquitos avec le Paraguay. Il paraîtrait même que cette voie aurait été suivie depuis l’époque de la splendeur des établissemens des jésuites jusqu’à leur expulsion.
On a beaucoup parlé des établissemens des jésuites au Paraguay ; mais on n’a jamais dit un mot de leurs missions très -considérables de Chiquitos et de Moxos. Néanmoins, pour se faire une juste idée de leurs travaux, il faut examiner ces dernières provinces où ils sont restés livrés à eux-mêmes, plutôt que le Paraguay, où ils durent constamment lutter contre la jalousie des évêques et des gouverneurs.
Ils arrivèrent au Paraguay en 1 603 1 ; ils furent violemment expulsés de l’Assompcion en 1644, par les ordres de l’évêque Cardenas. Rétablis en 1649 par le vice-roi, ils s’en virent chassés de nouveau en 1724 par une junte; rétablis encore, en 1 726, par l’audience de Charcas; expulsés de recbef en 1732, et réintégrés ensuite, ils furent définitivement renvoyés en 1767, lors de l’expulsion générale de leur ordre de toutes les possessions espagnoles du nouveau monde 2 3. Durant leur gestion , les missions du Paraguay fournirent constamment des troupes de Guaranis , chaque fois que les gouverneurs avaient besoin de défendre les frontières contre les sauvages, contre les Mamelucos ou contre les Portugais0. Ces Indiens, devenus soldats par intervalles , accoutumés alors au pillage et à tous les vices , rapportaient aux missions des mœurs déréglées. Il en résulta que les jésuites, constamment contrariés dans leurs vues, ne durent pas donner aux missions du Paraguay la même direction que s’ils en eussent été les seuls arbitres. Ce n’est donc pas le Paraguay qu’il faut prendre pour modèle des missions établies par eux.
Les choses se passèrent tout autrement à Chiquitos, où les jésuites entrèrent en 1691. Là ils furent livrés à eux-mêmes pendant toute la durée de leur gouvernement jusqu’en 1767. Ils y firent donc tout ce qu’ils voulurent, sans avoir à subir aucun contrôle et sans qu’aucun des gouverneurs voisins les
1. Padre Montoya , 1639, Conquista spiritual del Paraguay, p. 4.
2. Funez, Ensayo , t. 1, p. 333 ; tome 2 , p. 12 , 262 , 303 , 317, 403, et tome 3 , p. 118.
3. Idem, t. 2, p. 11, 30, 31,36, 37, 121, 129, 131, 136, 164, 268, etc. A chaque page de cet historien on cite le nombre des Guaranis des Missions faisant partie de toutes les expéditions militaires.
Chiqui-
tos.
1832. dérangeât. J’ai voulu établir ce parallèle, pour démontrer que les missions de — Chiquitos peuvent donner une idée bien plus exacte des résultats obtenus par tos- les jésuites sur les peuples sauvages du nouveau monde, que celle qu’on en pourrait prendre d’après les missions du Paraguay.
Depuis \ 723 elles ne firent que prospérer. On fonda Santa-Ana et Santo- Corazon, et les jésuites apportèrent tous leurs soins à l’amélioration de la province. Ils ouvrirent de vastes champs à la culture du maïs et du coton , afm de pourvoir aux besoins de leur grande famille. Bientôt à l’agriculture et au tissage, qu’ils perfectionnèrent, ils joignirent l’élève des bestiaux en des lieux appropriés, non sans se livrer dans l’intérieur aux arts industriels, en enseignant aux Indiens les différais états du menuisier, de l’ébéniste, du tourneur, du serrurier, du forgeron, du tanneur, du tailleur, du tisserand, du cordonnier, etc. Profitant du caractère enjoué des habitans, ils multiplièrent les fêtes religieuses, et imaginèrent une foule de cérémonies qui, en les amusant, les attachaient davantage à la mission. Us établirent dans chaque village des écoles, où l’on enseignait à lire, à écrire l’espagnol, et surtout la musique, à laquelle les Chiquitos montraient une grande aptitude. La musique sacrée italienne des grands maîtres de l’époque remplaça les chants indigènes ; tous les instrumens connus alors en Europe furent fabriqués par les Indiens, qui, les uns chanteurs, les autres livrés à l’étude de tel ou tel instrument, firent leur partie dans les chœurs aux grand’messes en musique. Multipliant à l’infini les emplois administratifs, afin d’avoir des récompenses à donner a la bonne conduite des uns , tandis que les industriels trouvaient les leurs dans leur grade, les religieux excitèrent une vive émulation parmi les Indiens, empressés à ne rien négliger de ce qui pourrait leur mériter la confiance et la faveur des chefs , et surtout pour la conserver le plus long-temps possible.
Le superflu des produits des missions, vendu à Santa -Cruz de la Sierra et au Pérou, servit bientôt à munir les ateliers de tous les outils nécessaires et à donner de la splendeur aux édifices. Chaque jésuite voulut varier l’architecture de son église, de son collège. Des temples dignes denos villes s’élevèrent par les mains des Indiens. Transformés en colonnes, les unes torses et chargées d’ornemens sculptes avec gout, les autres plus simples, les plus beaux arbres des forêts , soutinrent de magnifiques frontons ou la vaste charpente du corps des bâtimens. Des maisons commodes pour les religieux , pour les ateliers , composèrent le college ; des habitations pour les Indiens s’alignèrent autour d’une grande place , et formèrent des rues très-
aérées \ Cinquante ans après l’apparition des jésuites les tribus sauvages de Chiquitos avaient formé dix grands bourgs ou missions1 2, où l’on rivalisait d’activité pour le bien et pour l’amélioration de tous.
Il y avait dans la province un père provincial , relevant du Paraguay, et dans chaque mission, autant que possible, deux jésuites, l’un exclusivement chargé du spirituel, d’enseigner la doctrine chrétienne et d’accomplir les cérémonies religieuses; l’autre s’occupant des détails d’administration, des ateliers industriels , de la culture et de tout ce qui concernait les intérêts temporels. Un seul religieux dirigeait la mission, quand elle n’était pas assez considérable pour occuper deux personnes ou lorsqu’on manquait de sujets.
Quant aux autorités indigènes, instituées dans chaque mission, en voici l’ordre et les attributions respectives.
Le corregidor était le premier chef, celui qui dirigeait tout. Il avait sous ses ordres le teniente (lieutenant) et l’ alferes (sous-lieutenant), qui le remplaçaient en cas de maladie ou d’absence. 3
Comme chaque mission se composait souvent de nations différentes, ou tout au moins de tribus primitivement soit ennemies, soit tout à fait indépendantes les unes des autres, au sein des forêts, les jésuites, pour ne pas les heurter, les laissaient, sous le nom de parcialidades (sections), entièrement séparées, chacune sous un chef spécial. Il y avait dès -lors autant de chefs que de sections. Ces chefs n’étaient pas entièrement égaux; leur ordre décroissant était le suivant : \ .° le corregidor ; en même temps chef de la mission; 2.° son teniente (lieutenant); 3.° son alferes (sous-lieutenant); A. ° Y alcalde primero (le premier alcalde) ; 5.° Y alcalde segundo (le second alcalde); 6.° le comandante (le commandant ou chef militaire); 7.° le justicia mayor (le chef de justice); 8.° le sergente mayor (le sergentmajor). Tous ces chefs de section avaient le titre de juges. Us portaient une canne à pomme d’argent comme signe de leur pouvoir ; chacun dirigeait sa section ou sa nation; et ces juges réunis formaient le cabildo (tribunal). Tous les jours ils venaient prendre les ordres des missionnaires et les faisaient ensuite exécuter. S’il y avait quel qu’affaire grave, ils étaient consultés,