‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 211 sur 240 · PAR BOURG · texte numérisé non relu

PAR BOURG

Suches

Pelechuco

Pata

Mojos

Apolo

Santa-Cruz de Valle-ameno . . .

Aten

San-Jose de Chupiamonas. . . .

Tumupaza

Isiamas

Cavinas

Totaux

Le tableau qui précède démontre que la population, toute indigène, à l’exception du curé et de l’alcalde de chaque bourg, s’élève encore à 10,664 habitans, dont 2787 de la nation quichua, 3716 de la nation apolista, et 4161 de la nation tacana. Si à ces nombres on ajoute environ 3000 indigènes encore sauvages, au nord-ouest, au nord et au nord-est de Tumupaza et de Gavinas , on aura un total de 1 3,664 habitans.

Les trois langues primitives de la province se parlent encore partout; ainsi a Suches, a Pelechuco, a Pata et a Mojos, les habitans s’expliquent seulement en quichua; à Apolo, à Santa-Cruz de Valle-ameno, on continue de s’exprimer en apolista, tandis qu’à Aten et dans tous les pueblos de

1, D’après les renseignemens obtenus en 1832.

,833- l’intérieur la langue tacana est exclusivement en usage. Comme les franciscains avaient besoin de communiquer sans cesse avec les indigènes, on trouve des interprètes dans chaque bourg; du reste, les relations commerciales, dues à la récolte du quinquina, tendent à répandre l’espagnol chez les Indiens, qui déjà commencent à entendre quelques mots.

En général des plus soumis, les indigènes adoptent sans murmurer les lois qu’on leur impose, et leur facilité naturelle, leur caractère, les rend propres à tout. Ce que j’en ai dit à chaque paroisse sulïira pour faire apprécier leurs moeurs et leurs habitudes. J’ajouterai seulement que tous les habitans sont pauvres, sans que cette pauvreté les afflige, parce qu’ils ont le nécessaire pour se nourrir, pour s’habiller, se procurer des plaisirs, et que l’avenir des leurs, au sein d’une nature si fertile, ne peut jamais les inquiéter. Dans l’état actuel des choses, leur pauvreté relative est une véritable richesse. Comment, en effet, désireraient -ils des objets qu’ils ignorent ? et pourquoi travailleraient-ils plus qu’il n’est nécessaire pour se procurer ceux qui leur sont connus aujourd’hui? L’esprit de possession des richesses, le désir de se procurer, dans l’avenir, toute espèce de jouissances, sont un commencement de civilisation, étranger à des peuples aussi rapprochés de l’état primitif que les habitans de Caupolican. Le seul moyen de mettre fin à cette apathie, à cette indolence qu’on reproche à toutes les nations encore demi -sauvages, c’est de leur créer, par la continuité des relations commerciales, des jouissances dont elles n’ont pas encore l’idée.

On pourrait dire, en faveur du caractère des habitans, qu’ils se regardent tous comme de la même famille. Celui, par exemple, dont la récolte n’a pas été assez abondante pour sa provision de l’année, trouve tout naturel de s’adresser à son voisin, qui donne avec plaisir la moitié de tout ce qu’il possède; aussi les indigènes ne demandent-ils jamais la moindre des choses à des étrangers, leurs compatriotes étant toujours là pour les aider. S’ils donnent à leurs frères le nécessaire à la vie, ils ne prodiguent pas moins le superflu à leurs amis. Les abus introduits par le clergé, à Caupolican, comme sur le plateau bolivien, à l’occasion des fêtes du catholicisme, ont été, sans aucun doute, la principale cause du désordre et de la ruine. Si ces jours -là, dans les villages intérieurs, les indigènes se contentent de s’affubler des costumes les plus grotesques, ou de se couvrir du plumage varié des oiseaux de leurs forêts, en buvant de la chicha, boissons fermentées faites avec la yuca, qui sont peu fortes et n’attaquent pas leur santé, il n’en est pas ainsi des autres. Avec les mêmes costumes singuliers, l’introduction

de l’eau-de-vie est, pour ceux-ci, tout en minant leur santé, l’une des causes de la ruine de leur fortune. Les fêtes religieuses, pendant lesquelles ils boivent avec leurs amis plusieurs jours de suite, se multiplient à tel point, qu’il leur reste peu de temps à donner à l’agriculture, et que les plus grands désordres en sont la conséquence naturelle.

La province est en général très-saine. On n’y a jamais éprouvé aucune maladie épidémique , et les affections endémiques même y sont rares ou cantonnées, on peut le dire, sur des points très-limités; car les deux seuls fléaux qui aujourd’hui nuisent au progrès de la population de la province, s’arrêteront dès qu’on le voudra. Le premier est la petite vérole, que fera disparaître l’introduction de la vaccine; le second a pour cause, dans l’intérieur, les vents du sud. Rien de plus exagéré que la crainte qu’inspire aux habitans des régions chaudes Je vent froid du sud, qui abaisse sur-le-champ la température de LS à 20 degrés, lorsqu’il succède au veut chaud du nord. Ce vent du sud, en amenant un froid piquant, agit avec force sur des hommes toujours vêtus de même. On conçoit qu’il suffirait, pour en tempérer les effets, de se couvrir davantage, ce que les indigènes ne font pas, et ce qui leur cause fréquemment des rhumes et des pleurésies, lesquels emportent surtout un grand nombre d’enfans. Cela seul empêche la population d’augmenter dans des proportions d’autant plus rapides , que les femmes y sont d’une extrême fécondité. 1

Il existe dans les plaines une maladie qu’on appelle espundia, laquelle n’est autre chose qu’une affection syphilitique, qui se gagne par le contact. Dans l’état actuel, lorsque la maladie attaque la bouche, le nez ou d’autres parties, les naturels comme les étrangers en meurent après dix ou vingt ans de souffrances horribles. Nos moyens curatifs la détruiraient aussi facilement, ou du moins en diminueraient considérablement l’intensité.

fjf Produits naturels.

En raison des diverses régions de hauteur et de température qui déterminent ses montagnes et ses plaines, la province offre les produits les plus

1. Non-seulement le vent du sud nuit aux habitans des bourgs de l’intérieur, mais encore il compromet quelquefois la récolte du cacao. Il paraît influer également sur les animaux. On dit que des singes ont été trouvés morts de froid dans des postures très -singulières, avec tous les traits décomposés.

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