‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 150 sur 233 · COMMISSAIRE : M. CORDIER · texte numérisé non relu

COMMISSAIRE : M. CORDIER

Les matériaux géologiques rapportés par M. d'Orbigny se composent d'un itinéraire détaillé des contrées qu'il a parcourues , itinéraire qui renferme un bon nombre d'observations et de considérations générales; d'un atlas de huit feuilles, offrant des coupes figuratives de la disposition des terrains; et de plus de six cents échantillons de roches, choisis avec discernement et accompagnés de catalogues circonstanciés.

Ces matériaux nous font connaître d’une manière satisfaisante la constitution de deux grandes régions de l'Amérique méridionale, dont l'étendue réunie est au moins triple de celle de la France; mais, en outre, les résultats combinés avec les observations précédemment recueillies au pourtour de cette partie du monde par d’autres voyageurs, nous donnent les probabilités les plus précieuses sur la nature jusqu'alors ignorée des terrains desautres régions qui composent l'intérieur de cet immense continent. Nous allons entrer dans quelques détails pour justifier ces assertions. Voici d’abord les principaux résultats des recherches de M. d'Orbigny, relativement à la constitution de la république Argentine et de la Patagonie :

Ces vastes contrées, qui du sud au nord, et à compter du 48° degré de latitude sud, jusqu'au confluent de la rivière du Paraguay avec celle du Parana, ont environ six cents lieues géographiques de longueur sur à peu près deux cents lieues de largeur moyenne, ne consistent qu'en une plaine immense, peu élevée au-dessus du niveau de la mer, bordée à l’ouest par les Cordilières des Andes, et à l’est par les montagnes du Brésil et par l’océan Atlantique. Cette plaine est partagée en deux bassins presque égaux en longueur par la chaîne basse des montagnes du Tandil et de la Ventana, laquelle, à partir de l'océan Atlantique par le 38 degré de latitude, court dans la direction de l'ouest-nord-ouest vers les Andes et l'océan Pacifique. On peut aisément juger de la constitution des deux bassins, d’après les coupes naturelles qu'on rencontre dans le sol de loin en loin et dans le voisinage des cours d'eau; ces coupes atteignent quelquefois une hauteur de plus de cent mètres.

L'uniformité et la monotonie de la surface des deux bassins sont en rapport avec l’horizontalité parfaite et la parfaite continuité des couches qui les composent. Ces couches appartiennent de part et d'autre aux étages supérieurs des terrains de la période tertiaire, ou paléothérienne ; mais elles ne sont point parfaitement semblables.

Dans le bassin dit des pampas de Buenos-Ayres, on ne peut voir presque partout,

c'est-à-dire sur des milliers de lieues carrées, que la couche tout à fait supérieure. Elle est composée d’une argile grossière, un peu endurcie, effervescente, d'un gris cendré, et qui ne contient d’autres débris organiques que des ossements de mammifères et de reptiles, parmi lesquels figurent ceux de ce tatou gigantesque dont on avait fait un Paresseux, sous le nom de Megatherium, et dont il existe un magnifique squelette au cabinet du roi à Madrid. Ainsi les débris de cet animal extraordinaire n’appartiennent ni aux alluvions fluviatiles, ni au grand atterrissement diluvien.

Les couches inférieures du système des pampas de Buenos-Ayres ne se montrent qu'au pourtour du bassin, notamment dans les provinces d'Entre-Rios et de Corrientes, et le long des montagnes du Brésil, où, par l'effet d’un relèvement insensible de leurs plans, elles viennent figurer dans les rares coupures du sol. Elles sont, à partir du haut, composées ainsi quil suit:

Argile calcarifère.

Grès quartzeux, friable , avec rognons calcaires, sans fossiles.

Calcaire grossier arénifère avec des coquilles marines ou des empreintes (vénus, cardium, pecten, huîtres).

Grès quartzeux, friable, rempli de coquilles marines (huîtres et peignes) de srande dimension, de la plus belle conservation, et contenant parfois des débris de poissons et du bois fossile.

Arpile avec amas de gypse fibreux ou laminaire, et avec rognons calcaires.

Pierre calcaire grossière cloisennée, contenant de l'argile dans ses compartiments.

Grès quartzeux, tantôt durs et lustrés, tantôt friables, et contenant des troncs d'arbres silicifiés, et des ossements de mammifères évalement à l'état siliceux.

Grès quartzeux à coquilles marines (huîtres, vénus, etc.).

Argile avec amas ou rognons de gypse.

Calcaire caverneux à pâte compacte, sans fossiles, analogue aux calcaires dits d’eau douce,

Enfin , sable ou grès quartzeux, souvent ferrugineux, contenant par places de l'oxyde rouge ou de l'hydrate de fer en rognons géodiques, on en grains; et, ee qui est remarquable, des galets de belle sardoine.

Tel est le système tertiaire qui constitue cette vaste partie de l'Amérique méridionale. Ce système n'est recouvert d'aucun atterrissement, du moins dans les régions que M. d'Orbigny a parcourues; mais il supporte à dix et douze lieues autour de Buenos- Ayres, et même jusqu au San-Pedro qui en est distant de quarante lieues au nord-ouest, quelques lambeaux assez étendus de bancs coquiiliers tout à fait meubles, exploités pour faire de la chaux, et qui sont composés d'une espèce non décrite de petites corbules, dont l'analopue est vivante à l'embouchure du fleuve de la Plata; l'existence de ces lambeaux est d’un grand intérêt, puisqu'à elle seule elle caractérise, pour cette partie de la terre, une des époques du relèvement successif des continents.

M. d'Orbigny n'a pu vérifier la nature de la chaîne du T'andil et de la Ventana qui

(6) sépare le bassin des pampas de Buenos-Ayres de celui de la Patagonie; mais, d'après les observations et les échantillons qui lui ont été communiqués par M. Parchappe, cette chaîne, qui va croiser presque perpendiculairement les Cordilières des Andes , est composée de roches primordiales stratiformes.

Il a reconnu qu'il en est de même des terrains qui terminent les montagnes du Brésil sur la côte de Monte-Vidéo, et le long de la rive gauche de la Plata. C'est le gneiss qui constitue la masse de ces terrains.

Les terrains tertiaires qui forment le bassin des pampas de Patagonie n'arrivent point, au reste, précisément jusqu’à la chaîne du Tandil; ils en sont séparés par des plaines basses à couches horizontales, composées de pierres calcaires. A l’ouest le bassin finit le long des Cordilières des Andes, au pied d’un système calcaire que M. d'Orbigny n'a pas vu, mais qu'il croit l'équivalent de nos terrains de craie. Ce sont des roches de même nature qui limitent le bassin du côté du cap de Horn, vers le 48° degré de latitude. Enfin, du côté de l'est, l'océan Atlantique baigne le pied des falaises du sol tertiaire. Voici, en commençant par le haut, quelles sont les diverses assises qui constituent cette vaste surface :

Grès grisâtre, en partie quartzeux, sans débris organiques.

Calcaire marneux, sans débris organiques.

Arpile calcarifère tendre, contenant des huîtres nombreuses, souvent d'un grand volume, et pénétrées de belles dendrites noires.

Marne avec beaucoup d'amas gypseux, et de beaux cristaux de même nature.

Grès azuré, très-remarquable par sa couleur et par sa composition; ses grains sont assez fins, et composés partie de quartz, partie de détritus de vieux porphyres noirs amphiboliques, ou pyroxéniques.

Calcaire compacte en plaques, ou en rognons dans une argile grise et grossière.

Grès quartzeux à ciment calcaire. Il est mélé de grains verts; on y trouve des empreintes de coquilles d'eau douce (unio et lymnées), et des débris de poissons.

Marne grossière, contenant en abondance des plaques d'un calcaire gris compacte, qui ne diffère des pierres lithographiques qu'en ce qu'il est pénétré dans toute sa masse par de belles dendrites noires.

Enfin, grès quartzeux à ciment calcaire, mêlé de grains verts à la partie supérieure, et de parties ferrugineuses à la partie inférieure. Au milieu se trouvent en orand nombre des coquilles fossiles des genres Huitre et Peigne, généralement dans leur position naturelle, et en quelques places un peu roulées.

La nature et la succession des roches, l'intercalation de couches à coquilles d'eau douce entre des couches à débris marins, ne sont pas les seuls caractères qui fassent contraster la constitution des pampas de Patagonie avec celle des pampas de Buenos-Ayres. La surface du premier bassin est presque partout recouverte d'une couche mince et inégale de sables meubles, en grande partie quartzeux, et qui sont mêlés de

galets formés, les uns de grès lustrés intermédiaires, et les autres de porphyres extrêmement variés. Cette couche appartient évidemment au grand atterrissement diluvien.

Les efflorescences salines sont aussi beaucoup plus fréquentes à la surface des pampas de Patagonie. Sur un grand nombre de points, on ne trouve en creusant que de l'eau trop saumâtre pour être potable. En outre, les légères dépressions du sol offrent souvent des lacs salés couverts d'incrustations qu'on exploite avec avantage sur quelques points.

Tels sont les principaux résultats des observations faites en Patagonie et dans les autres parties de la république Argentine, par M. d'Orbigny.

Ce voyageur n'ayant pu se rendre ensuite par terre au Chili et dans le haut Pérou, il en résulte que la seconde partie de ses recherches géologiques ne se lie pas avec la première; mais l'intérêt de cette seconde partie n’en est pas moins très-srand. Elle a embrassé presque tout le territoire de la république de Bolivia, ou, en d’autres termes, un espace qui, de l’ouest à l'est, c'est-à-dire de l'océan Pacifique à la frontiere du Brésil, a près de trois cents lieues géographiques, et qui, du sud au nord, c'est-à-dire des environs de la ville de Potosi, jusqu'au point où le grand fleuve intérieur de la Madeira sort des pampas de los Moxos, pour aller se jeter dans la rivière des Amazones, a plus de deux cents lieues.

L’exploration de cette vaste région, dépourvue en tres-prande partie de routes, de moyens de transport, de lieux d'habitation, eût été au-dessus des ressources dont M. d'Orbigny pouvait disposer, si le gouvernement de Bolivia, dont il s'était concilié la bienveillance, ne fût venu généreusement à son aide, et ne lui eût prodigué des secours de tous genres. Nous insistons sur cette circonstance, car elle doit donner une haute idée de l'esprit qui anime les chefs de cet État, encore si nouveau, et déjà si prospére, et elle est de nature à inspirer à leur égard une reconnaissance véritable de la part des amis que la science compte dans toutes les parties de la terre. Honneur soit particulièrement rendu à fillustre président de la république, don André de Santa-Cruz, qui a si noblement fait usage du pouvoir pour protéger les recherches de notre Jeune compatriote !

Pour apprécier les résultats nombreux et variés des recherches de M. d'Orbigny dans les provinces de Bolivia, il faudrait le suivre dans ses itinéraires, soit lorsqu'il franchissait à plusieurs reprises la double chaine des Andes, soit lorsqu'il longeait les montagnes qui, à partir des Andes, traversent presque sans interruption l'intérieur de l'Amérique pour aller joindre celles du Brésil, soit lorsqu'il parcourait les pampas de los Moxos et de la Madeira. Nous devons nous restreindre aux données suivantes :

La largeur, le relief et la constitution de la chaîne des Andes diffèrent notablement, du moins le long du haut Pérou, c'est-à-dire le long de la république de Bolivia, de l'idée qu'on s'en forme généralement. Au 18° degré de latitude sud, sa largeur, prise entre Arica, port sur l'océan Pacifique, et les premières plaines de los Moxos, est d'environ cent lieues.

Les terrains qui bordent l'Océan offrent à Arica des phanites avec des empreintes

de productus, des grès anciens et de vieux porphyres pyroxéniques avec leurs conplomérats passés à l'état de wacke rougeûtre; et à Cobija, des diorites grenues ou compactes, souvent amypgdalaires, des wackes anciennes amygdalaires à noyaux et à filons d'épidote. Des alluvions enveloppent en partie ces terrains, et contiennent, près de Cobija, des lits de coquilles (concholépas, fissurelles, etc.) analogues à celles qui vivent actuellement sur les rivages voisins. Ces lits coquilliers s'élèvent jusqu’à près de 100 mètres au-dessus de l'Océan, et s'étendent à environ un quart de lieue dans lesterres. Leur existence prouve que le relèvement successif des continents a suivi dans cette partie, comme vers Buenos-Avyres, la même loi qu'en Europe et dans plusieurs autres parties du monde,

En montant d'Arica vers les Andes, on parcourt d’abord jusqu'à Tacna, c'est-àdire jusqu'à quatorze lieues de la mer, des plaines arides recouvertes de sables ordinaires d'alluvion ; au delà ces alluvions continuent mélées de galets, de granites, de grès et de roches volcaniques, jusqu'aux premiers contre-forts des Cordilières. Le sol inférieur montre déjà des conglomérats ponceux, de vieux porphyres trachitiques à cristaux de quartz limpides, et de porphyres basaltiques poreux. On s'élève ensuite brusquement, et par des pentes rapides formées de roches analogues; et, à dix-sept lieues environ en ligne droite de l'Océan, on atteint le bord de la plate-forme qui constitue le haut de la Cordilière des Andes proprement dites. Cette plate-forme a environ quinze lieues de largeur; sa hauteur au-dessus de la mer est de près de 4,800 mètres; elle est nivelée par des cendres trachitiques décomposées et par des conglomérats ponceux. Dans les coupures M. d'Orbigny a trouvé le fond du sol composé de roches basaltiques anciennes à beaux cristaux de pyroxène et à grains de péridot décomposés. Sur un point il y a reconnu un grès quartzeux ferrugineux. C'est sur ce plateau que sont dispersés, de la manière la plus irréoulière, les énormes lambeaux de roches trachitiques à formes arrondies, et revêtues de neiges éternelles qui forment les sommets de la chaîne.

4 cette plate-forme des Andes proprement dites succède un plateau plus immense encore, mais moins élevé d'environ 6 à 700 mètres. On y descend par des pentes couvertes des mêmes détritus volcaniques anciens que ci-dessus; sa largeur moyenne est d'environ trente lieues. Il est bordé à l'est par une puissante chaîne jusqu à présent peu connue, et dont nous parlerons tout à l'heure. Quoique le fond de ce plateau central soit presque aussi élevé au-dessus de l'Océan que les plus hautes sommités des Alpes, il n'y existe pas moins un peu de végétation; on y trouve de nombreux villages et des villes peuplées, telles que la Paz et Potosi. Ce plateau se prolonge à une grande distance dans le nord et dans le sud. Il contient un des plus grands lacs du monde, celui de Titicaca, qui a soixante-quinze lieues de longueur, qui n'offre aucune communication avec la mer. (On sait que c’est sur ce lac que les Incas avaient bâti le temple du Soleil.) La surface du plateau est en partie formée d’un terrain d’alluvion qui paraît appartenir à la période diluvienne, et dont les matériaux sont venus dans la direction de lorient au couchant, car ils sont composés de sables, de galets et de blocs provenant de roches

primitives, ou intermédiaires, et dont on voit diminuer le volume à mesure quon

s'éloigne vers l’ouest, du pied de la grande Cordilière orientale. L'épaisseur de cette enveloppe alluviale atteint jusqu'a 6oo mètres auprès de la Paz, et, dans cette ville même, on en lave les sables pour en retirer de la poudre d’or. Partout où les roches solides qui forment le fond du sol du plateau sont à découvert, elles montrent des terrains anciens en massifs disloqués et en couches inclinées. Ge sont généralement des grés rouges avec des minerais de cuivre, des argiles bigarrées avec du gypse, des calcaires gris fumée, plus ou moins magnésiens, avec de belles empreintes de térébratules, de productus et de spiriferes; et sur un point un calcaire argilifère, vraisemblablement du même temps, mais contenant des mélanies, c’est-à-dire des coquilles d'eau douce. Sur quelques autres points, voisins de la chaîne des Andes, M. d'Orbigny a trouvé des pegmatites avec tourmaline et de vieux porphyres incontestablement pyrogènes. C'est à ces derniers terrains qu'appartiennent les célèbres mines de Potosi et d'Oruro.

La Cordilière orientale, à partir du grand plateau, jusqu'au pied des dernières pentes, vers les plaines de l'Amérique centrale, a près de quarante lieues de large. Ses sommets neigeux surpassent en hauteur ceux de la Cordilière des Andes proprement dites. C'est là qu'est l'imani, qu'on doit désormais regarder comme la montagne la plus élevée du nouveau monde. Les formes tourmentées du sol, l'inclinaison rapide et la direction variée des couches, partout où l’on en observe, annoncent une constitution différente de celle des Andes. Le faîte de cette puissante chaîne orientale est tout à fait rapproché de la bordure du grand plateau. On y arrive de la Paz en gravissant des pentes rapides formées de roches phylladiennes, de grauwackes et de grès quartzeux de cette époque. Le faîte et les sommités, et les premières pentes orientales, jusqu'à plus de six lieues de distance vers l’est, sont composés de granite, de greisen et de protogyne.

Au delà recommence, jusqu'aux plaines de los Moxos, le terrain intermédiaire, avec ses accidents ordinaires les plus caractéristiques.

On trouve dans ce terrain intermédiaire des encrinites, des térébratules, des spirifères, et un genre de fossiles particulier, déjà observé en Europe, et non encore défini, qu'on pourrait provisoirement nommer bilobite, et qui paraît avoir appartenu à des animaux perdus, intermédiaires entre les cirrhopodes et les crustacés.

Ajoutons que sur quelques points les roches phylladiennes composent les cimes qui sont enveloppées de neiges perpétuelles, et qu'à cette prodigieuse élévation, M. d'Orbigny y a trouvé des lingules dans le voisinage de Cochabamba.

Telle est, en abrégé, la curieuse constitution des montagnes des Cordilières aux latitudes où M. d'Orbigny a voyagé. Celles de ses observations qui sont relatives au grand plateau central sont d’ailleurs en harmonie avec celles d'un habile géologne anglais , M. Pentland, qui, peu de temps avant lui, avait traversé le plateau dans le sens de sa longueur.

M. d'Orbigny n’a pas négligé d'y recueillir les minerais qui ont fait la réputation, aujourd'hüi bien tombée, des mines de cette partie du nouveau monde.

Il a également rapporté des documents intéressants relativement aux abondantes

HT. GÉOLOGIE. b

(410) efflorescences de nitrate et de sulfate de soude qu'on rencontre, tant à la surface des alluvions du plateau central, que sur les conglomérats ponceux de la plate-forme des Andes proprement dites.

Les puissantes chaînes qui, près de Cochabamba et Chuquisaca, c'est-à-dire par les 18° et 20° degrés de latitude, se détachent de la grande Cordilière orientale pour s'étendre à l'est vers le centre du continent américain, offrent une constitution analogue à celle de cette Cordilière. Il en est de même du grand massif de montagnes qui, au delà du Rio-Grande, succède à ces chaînes et qui s'étend jusqu'aux frontières communes à la province de Chiquitos et au Brésil. Les roches du terrain intermédiaire y sont identiques à celles de la grande Cordilière orientale; mais le granite et la protogyne sont remplacés partout par des gneiss souvent très-abondants, et par de belles roches micacées, quelquefois remplies de grenats ou de prismes non maclés de staurotides; mais, en outre, sur les flancs et au pied de ces chaînes et de ces montagnes centrales, M. d'Orbigny a trouvé des lambeaux d’un terrain d'argile et de grès ferrugineux, stratifié à peu près horizontalement, et d'une manière non concordante avec les terrains inférieurs, et qui paraît devoir étre rapporté à la période tertiaire ou paléothérienne. Le minerai d'hydrate de fer que renferment les argiles est parfois globulaire et congloméré.

L'existence de ces lambeaux peut faire présumer que ce sont des terrains tertiaires analogues et horizontaux qui, recouverts d'une mince couche de limon alluvial, constituent le fond du sol dans les immenses plaines, dans les immenses pampas qui occupent le bassin de la rivière des Amazones et de ses affluents. En effet, dansles pampas de la province de los Moxos, qui font partie de ce grand système de plaines, M. d'Orbigny a trouvé à nu, sur quelques points, des argiles colorées contenant des grains de minerai de fer. Le reste de la surface de ces pampas est formé d’un limon fin, absolument sans galets, et qui est évidemment moderne, puisque le sol est inondé pendant une partie de l'année.

D'après tout ce qui précède on peut juger du haut intérêt que présentent les recherches géologiques de M. d'Orbigny. I serait bien regrettable que de tant de matériaux précieux, acquis au prix de tant d'efforts, de fatigue, de constance et de sacrifices, il ne restât que la collection de roches qui est déposée au Muséum. Il est évidemment à désirer que M. d'Oxrbigny puisse rédiger ses observations et en faire jouir le monde savant, en les publiant accompagnées d’une carte géologique qui en résume les résultats les plus importants.

Signé à la minute : CORDIER.

21 avril 1834.

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