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IT. GÉOLOGIE

En effet, nous avons déjà signalé les découvertes de fossiles qui ont porté M. d'Orbigny à rapprocher le système des schistes argileux des montagnes boliviennes du système silurien de M. Murchison et le système des grès quartzeux du système dévonien. Voilà donc dans l'Amérique méridionale trois membres du grand système palæozoïque, se succédant dans le même ordre que les membres du même système en Europe, avec lesquels ils ont respectivement le plus d’analogie. Or, quand même on conserverait quelques doutes sur la rigueur du rapprochement de ces différents termes considérés un à un, il nous paraît difficile de ne pas regarder comme certain que le système palæozoïque de l'Amérique méridionale correspond en masse à celui de l'Europe et se subdivise même d'une manière analogue. Ce grand fait que les travaux de M. d'Orbigny mettent dans une complète évidence, nous paraît un des plus importants dont la Géologie se soit enrichie dans ces dernières années.

À la suite des terrains palæozoïques, et immédiatement au-dessus des grès carbonifères de M. d'Orbigny, vient dans l'Amérique méridionale un système de couches qu'il rapporte au trias de l'Europe et pour lequel M. Pentland a admis de son côté le même rapprochement. Ce rapprochement nous paraît, en effet, indiqué d'une manière plausible par les observations, sans être cependant aussi rigoureusement établi que celui relatif au système palæozoïque.

Les terrains présumés triasiques de la Bolivie se composent d'une alternance de calcaires magnésiféres, d’argiles bigarrées et de grès argileux friables. Les couches les plus inférieures sont formées d'un calcaire compacte magnésifère souvent divisé en feuillets très-minces, ondulés. M. d'Orbigny a vu cette assise peu épaisse, près de Lagunillas et dans la vallée de Miraflor. Au-dessus dec ces calcaires s'étendent sur les mêmes points des arpgiles feuilletées, rosées ou bigarrées, souvent remplies de cristaux de gypse en masses assez considérables.

Au-dessus des argiles, dans la vallée de Miraflor, se montrent encore des calcaires compactes magnésiferes dans lesquels M. d'Orbigny a reconnu de nombreux fossiles dont ilne peut malheureusement signaler qu'une seule espèce, les autres s'étant perdues. Cette espèce, la Chemnitzia potosensis, appartient à un genre nouveau de coquilles turriculées voisin des imélanies.

Les roches qui viennent d'être mentionnées offrent une grande analogie avec celles qui constituent en Europe le terrain du trias. Les calcaires du muschelkalk dans le nord-est de la France et dans le département du Var, ainsi que les grès bigarrés de ces mêmes contrées, ont rappelé à M. d'Orbigny l'aspect des roches qu'il leur assimile en Bolivie.

Ces roches, que leur nature et leur gisement conduisent ainsi à assimiler, au moins provisoirement au trias, mais dont les caractères paléontologiques sont encore presque inconnus, paraissent réduites à occuper aujourd'hui, à l'état de lambeaux assez vastes, les deux versants de la Cordilière orientale sur le système bolivien; elles y atteignent, à leur point culminant, la hauteur d'environ 4000 mètres au-dessus du niveau des mers. Ce sont probablement les restes d'un grand tout qui couvrait cette surface de

(19) terrain avant les catastrophes géologiques qui ont imprimé à son relief ses formes actuelles.

Ainsi que l’a annoncé depuis longtemps M. de Buch, une des circonstances les plus remarquables de la géologie américaine est l'absencedesterrainsjurassiques. M. d'Orbigny n'a recueilli aucun fossile qui paraisse se rapporter à cette période. Seulement il a reconnu des térébratules jurassiques parmi les fossiles renfermés dans un calcaire du Chili recueilli par M. Domeyko. C’est jusqu'ici la seule exception constatée à la règle générale indiquée ci-dessus.

Les dépôts de la grande période crétacée semblent, au contraire, avoir été très-développés sur le continent américain, comme le prouvent les collections de fossiles recueillies par MM. de Humboldt, Boussingault, Degenhardt, et par les géologues de la dernière expédition de M. Dumont-d'Urville, MM. les docteurs Hombron et Le Guillou. Ils se montrent depuis la Colombie jusqu’à la Terre-de-Feu, ou sur toute la longueur actuelle de l'Amérique méridionale, en s'interrompant toutefois dans le milieu.

A cette époque vivaient en Amérique, comme en Europe, des Æmmonites, des Ancyloceras, etc., de formes spéciales; et indépendamment de la ressemblance générale des formes, il se trouvait en Colombie et dans le bassin parisien, assez d'espèces identiques pour faire supposer une communication directe entre la partie européenne et la partie colombienne de la mer crétacée. On sait que cette mer formait en France deux grands bassins distinets: le bassin parisien et le bassin méditerranéen. Il parait que cette même mer couvrait de ses eaux non-seulement une partie considérable de la Colombie, mais en général une grande partie des régions situées au nord , à l’ouest et au sud du continent qui existait alors dans ces parages. L'identité des fossiles du terrain crétacé avec ceux du même terrain en Europe est moins grande pour le midi du continent américain que pour le nord, ce qui indique naturellement une communication moins directe. Peut-être pourrait-on en inférer l'existence de quelque longue terre qui aurait continué jusqu'en Amérique la séparation existante en Europe entre le bassin parisien et le bassin méditerranéen.

Un autre fait géologique des plus remarquables, est l'immense extension du système tertiaire de l'Amérique méridionale. Quand on le compare aux petits bassins disséminés sur le sol européen, on doit être porté à admettre avec M. d'Orbigny que la petitesse de ceux-ci est un fait exceptionnel.

Le bassin tertiaire des pampas se termine et s'enfonce sous l'océan Atlantique, depuis l'embouchure de la Plata jusqu'au détroit de Magellan. En remontant au nord à partir de ce dernier point, ses limites, plus ou moins éloignées des Cordilières, sont encore peu certaines; mais tout porterait à croire que le dépôt de cette époque occupe les plaines jusqu'au pied même des derniers contre-forts de la chaîne.

En remontant plus loin encore vers le nord, le bassin tertiaire des pampas s'étend jusqu'au pied des collines primitives de la province de Chiquitos ; il paraît même qu'il se prolonge sans interruption de part et d'autre de ces collines dans le grand bassin de l'Amazone.

En ne considérant que la partie située au sud des collines primitives de Chiquitos, le bassin tertiaire des pampas s'étend dans le sens du méridien, du dix-septième au cinquante-deuxième degré de latitude sud, sur une longueur de 390 myriamètres environ. Sa plus grande largeur est d'environ 130 myriamètres.

Dans cette vaste étendue, et même au pied du versant nord des collines de Chiquitos, M. d'Orbigny a distingué dans les dépôts tertiaires américains trois terrains différents, appartenant à trois époques successives, savoir :

1°. Des couches inférieures sans aucun reste de corps organisés, qu'il désigne sous le nom de terrain tertiaire guaranien :

2°. Une partie moyenne, évidemment marine, renfermant des coquilles d'espèces éteintes , et qu'il appelle terrain tertiaire patagonien ;

3°. Une partie supérieure contenant seulement des squelettes de mammiferes, et qu'il nomme limon pampéen.

Le limon pampéen n'est recouvert que par des dépôts de l'époque actuelle.

Le terrain tertiaire guaranien se compose ordinairement lui-même de trois couches concordantes entre elles. La première est formée de grès ferrugineux , souvent remplis de rognons d'oxyde rouge ou d'hydrate de fer géodique , et de très-belles sardoines de diverses couleurs, à angles très-usés. Il a environ 5o mètres d'épaisseur dans son plus grand développement. La seconde couche, désignée par M. d'Orbigny sous le nom de calcaire à fer hydraté, est un calcaire argileux gris bianchâtre, rempli de rognons plus durs, souvent très-compactes, de cailloux, de quartz et de beaucoup de grains arrondis de fer hydraté. Sa plus grande puissance est de 4 mètres environ.

La troisième couche qui constitue la partie supérieure du terrain guaranien est formée d'argile gypseuse grise, remplie de nodules plus durs. Elle est de même nature que la couche précédente, mais ne contient plus de fer hydraté, cette substance y étant remplacée par un grand nombre de petits rognons de gypse disséminés, par couches, dans l'argile. Sa plus grande puissance est de 4 mètres.

M. d'Orbigny n'a trouvé de fossiles dans aucune de ces trois couches.

Toutes trois se montrent avec une grande uniformité dans la province de Corrientes, mais elles n'y sont pas absolument horizontales, et y offrent, au contraire, quelques ondulations et autres accidents de stratification.

Les argiles gypseuses supérieures retiennent les eaux, ce qui donne naissance, sur leur surface, à d'immenses marais et à des séries de petits lacs qui forment un des traits remarquables de la topographie du pays.

Hors du grand bassin des pampas, M. d'Orbigny a trouvé le terrain tertiaire guaranien dans les provinces de Chiquitos et de Moxos, et même entre les douzième et treizième degrés de latitude méridionale, près de San-Ramon, de San-Joaquin et au fort de 3eira. Les points où ilest apparent dans la province de Moxos semblent faire partie d'uve nappe horizontale, disposition qui porte à croire que le dépôt guaranien a nivelé les inégalités de la surface avant le dépôt du limon pampéen qui le recouvre.

Le second système de couches tertiaires, désigné par M. d'Orbigny sous le nom

de terrain tertiaire patagonien, occupe une surface beaucoup plus étendue que le

terrain tertiaire guaranien. M. d'Orbigny rapporte, en effet, à cet étage tous les terrains

tertiaires de la Patagonie, formés de dépôts marins, dans lesquels sont néanmoins venus

s'intercaler quelques restes organisés terrestres ou fluviatiles, charriés peut-être par

des affluents. Il y rapporte aussi les dépôts marins de la province d'Entre-Rios; en

effet , en les comparant avec ceux de la Patagonie, il trouve que les deux groupes ont: 1°. À la partie inférieure, des grès marins avec des mollusques d'espèces éteintes ;

2°. Un peu au-dessus, dans l’un et dans l'autre, sont des grès où l’on rencontre des ossements de mammifères et des bois fossiles ;

3°. Cette couche supporte, au nord, des alternances de grès et d'argile remplies de gypse; au sud, des grès azurés ;

4°. Enfin à la partie supérieure se trouvent, tant au nord qu'au midi, des couches contenant, dans une alternance de grès et de calcaires, l'Ostrea patagonica, et au-dessus, des agpglomérats marins renfermant des deux côtés, à 100 myriamètres de distance, trois espèces identiques qui prouvent leur contemporanéité. Il y a donc de part et d'autre analogie non-seulement de puissance relative et de composition, mais encore de corps organisés; cette similitude de caractères a déterininé M. d'Orbigny à considérer le tout comme appartenant à une seule époque.

Le terrain tertiaire patagonien a offert à l’auteur beaucoup d'observations curieuses dont nous ne citerons que quelques-unes.

À l'Ensenada de Ros , au sud du Rio-Neoro, en Patagonie, l'une des couches de ce terrain lui a présenté un grès qu'il a nommé grès a ossements, parce qu'il y en a reconnu un grand nombre que la dureté de la roche ne lui a pas permis d'enlever en totalité. Il y a trouvé particulièrement des restes du Hegamys patagonensis , Rongeur quatre fois plus grand qu'aucun de ceux de l'époque actuelle. C'étaient un tibia avec sa rotule, dont la position relative, l'une par rapport à l'autre, annoncerait qu'ils auraient été déposés lorsque leurs ligaments les faisaient encore adhérer ensemble. Is étaient , audessous, d'une épaisseur de plus de 100 metres de grès marins contenant des coquilles et des bancs d’huîtres.

Ces huîtres appartiennent toutes à une seule espèce dont les bancs occupent dans la province d'Entre-Rios, comme sur toute la côte de Patagonie, un horizon très-marqué. I est évident que ces coquilles vivaient en société, et n'ont éprouvé aucun dérangement, puisqu'on les trouve partout dans leur position naturelle et avec leurs deux valves réunies. À en juger par analogie, on pourrait croire, dit M. d'Orbigny, que le bassin était alors peu profond, et que les eaux ne s’élevaient pas à plus de 10 mètres au-dessus de ces bancs d'huîtres. .

Ces huîtres, comme toutes les autres coquilles rencontrées dans les couches tertiaires des pampas et de la Patagonie, paraissent à M. d'Orbigny différentes de celles de la forme actuelle des mêmes régions. Il pense même qu'aucune des espèces trouvées dans le terrain tertiaire patagonien ne se retrouve aujourd'hui vivante. Les ossements de

mammifères appartiennent aussi à des espèces et même à des genres éteints.

Les rivages du Chili sont bordés, comme ceux de la Patagonie, par un dépôt tertiaire que M. d'Orbigny n'a pas observé par lui-même, mais que les notes et les collections mises à sa disposition par plusieurs voyageurs lui ont permis de décrire, et dont il a surtout déterminé et fait figurer les coquilles fossiles.

Les espèces fossiles du terrain tertiaire du Chili (celles des dépôts tout à fait modernes exceptées ) ne se rencontrent plus vivantes sur les mênies côtes. A cet égard, le terrain tertiaire du Chili se trouve dans le même cas que le terrain tertiaire patagonien; mais un fait très-curieux, c'est que malgré cette similitude, quisemble devoir les faire rapporter, à peu près, à la même période géologique, ces deux terrains, quoique situés sous des latitudes égales, ne contiennent pas de fossiles communs. Non-seulement il ne s'y trouve aucune espèce identique, mais encore la série des genres est tout à fait différente, ce qui semble indiquer que, malgré leur rapprochement géographique, ces deux terrains ont été déposés dans des mers distinctes. |

M. d'Orbigny, après avoir comparé entre eux, sous le rapport paléontologique, les terrains tertiaires des deux versants de l'Amérique méridionale , les compare également à ceux de l'Europe, pour tâcher de leur assigner un âge dans la longue série des périodes tertiaires.

Le résultat de cet examen est d'établir que les conditions suivantes s'appliquent également aux terrains tertiaires du bassin parisien et aux terrains tertiaires des deux versants des Cordilières.

1°. Aucune des espèces fossiles ne se rencontre vivante sur les côtes voisines ;

2°. Aucune des espèces n'a même ses identiques dans les merslointaines (M. d'Orbigny applique même cette conclusion au bassin de Paris, se refusant à admettre, avec la plupart des paléontologistes, que les nombreux fossiles de ce bassin renferment quelques analogues vivants );

3°. Les genres, lorsqu'ils se retrouvent dans les mers voisines, sont maintenant dans des régions plus rapprochées de l'équateur et plus chaudes ;

4°. Un grand nombre de genres rencontrés à l'état fossile manquent aujourd’hui dans les mers voisines et quelquefois même ont cessé d'exister.

Ces diverses circonstances portent M. d'Orbigny à conclure que les terrains tertiaires patagonier et chilien appartiennent l'un et l’autre à l'époque tertiaire la plus ancienne, d'où il résulterait qu'ils seraient contemporains ou à peu près. Cette dernière distinction est importante; car s'il était prouvé que la contemporanéité des deux terrains ait été absolue, on serait nécessairement obligé de conclure avec M. d'Orbigny, que durant la période du dépôt de ces terrains, les deux mers où ils se sont formés ont dû être séparées au même degré où le sont, de nos jours, celles qui baignent les côtes orientales et occidentales de l'Amérique, et qui, d'après M. d'Orbigny, ne renferment pas non plus de coquilles analogues. Si au contraire, comme on pourrait le soutenir, les faits observés indiquent seulement une contemporanéité approximative, la conclusion relative à l'existence d'une chaîne de montagnes continue entre ces deux mers laisse encore

quelque chose à désirer.

Fr

Le troisième des grands étages que M. d'Orbigny distingue dans les terrains tertiaires de l'Amérique méridionale, le terrain pampéen , diffère essentiellement des deux étages tertiaires sur lesquels il repose, par la simplicité de sa composition et, pour ainsi dire, par l'unité de sa masse. C'est une grande couche de terre argileuse rougeûtre, contenant généralement des lits de concrétions calcarifères d'un brun pâle. Ces parties, dures là où elles sont le plus compactes, sont traversées, ainsi que M. Darwin l’a remarqué de son côté, par de petites cavités linéaires, qui contribuent à leur donner l'aspect caractéristique des calcaires d’eau douce (1). Elles deviennent quelquefois si nombreuses, qu'elles s'unissent de manière à former des lits continus, ou même la masse entiere.

Le terrain pampéen ne présente pas de stratification marquée; on ne saurait y distinguer plusieurs couches ; ce n’est qu'une couche unique. Il y a bien, dans certains endroits, des parties plus ou moins dures, plus ou moins arénacées ; mais ces parties, loin d'être limitées par des lignes horizontales, comme on en voit toujours entre Îles couches lentement déposées au sein des eaux, forment une masse où l'on ne reconnaît que des zones peu distinctes, qu'on ne peut suivre longtemps, dans aucune des coupes naturelles des falaises.

La masse terreuse du terrain pampéen, avec ses nodules à ciment calcaire, rappelle le loss des bords du Rhin, le limon des plateaux de la Picardie, et les dépôts analogues qu'on observe en quelques points des environs de Paris. C’est un des exemples les mieux caractérisés et les plus développés de ces dépôts de sédiment non stratifiés, que les géologues, à l'exemple de M. d'Omalius d'Halloy, désignent aujourd'hui sous le nom de limon.

C'est dans ce sens que M. d'Orbigny a adopté la dénomination de limon pampéen, qui nous paraît préférable à celle d'argile pampéenne qu'il avait employée précédemment. On aurait pu aussi introduire dans la science la dénomination de tosca, usitée dans le pays, si ce mot n'était employé aux îles Canaries pour désigner un dépôt d'une composition différente.

L'absence de véritable stratification porte M. d'Orbigny à supposer que le limon pampéen a été déposé dans un laps de temps très-court par l'effet d’un grand mouvement des eaux. On n’y trouve pas d'autres fossiles que des ossements de mammifères, qui sont quelquefois très-nombreux , et dont les plus grands et les plus remarquables appartiennent à de grands pachydermes et à des édentés gigantesques, accompagnés de quelques rongeurs et d'un petit nombre de carnassiers.

Le limon pampéen ou tosca forme le sol uniforme du grand bassin des pampas, en s'élevant graduellement depuis le niveau de l'Océan vers le nord et l’ouest, jusqu'à une centaine de mètres au-dessus. Son épaisseur est souvent assez grande. Dans un puits percé, en 1827, à Buenos-Ayres, par l'ordre du gouverneur Rivadavia, elle a été trouvée de plus de 30 mètres; au-dessous, on a rencontré les sables tertiaires pa-

tagoniens où l'eau a paru en abondance.

e (1) Darwin, Zoology of the voyage of the Beagle, introduction , p. 4.

Depuis Buenos-Ayres jusqu'à San-Pedro, sur une longueur d'environ 15 myriametres, on voit, sans interruption, le limon pampéen former les falaises assez élevées de la Plata et du Parana. Ces falaises montrent, lorsque les eaux du fleuve: sont basses , ces immenses bancs, connus dans le pays sous le nom de tosca. C’est toujours la même argile plus ou moins durcie, toujours caverneuse, où remplie de nodules calcaires, et renfermant des ossements de mammifères.

À la Bajada, on voit, surla rive gauche du Parana, en face de Santa-Fe, le limon pampéen reposer sur le terrain tertiaire patagonien, rempli de restes marins. Ce même limon forme la rive gauche, et il continue à la former en remontant cette rivière jusqu'à Goya et Corrientes.

Le limon pampéen cesse généralement de se montrer à découvert dans les plaines de Chiquitos, de Santa-Cruz-de-la-Sierra et de Moxos; mais il paraît y exister au-dessous des alluvions; il occupe même probablement, dans ces provinces, une surface égale à celle qu'il occupe dans les pampas elles-mêmes, et, de là, il paraît se lier, au sud, avec le dépôt superficiel des pampas, et, au nord, avec le bassin supérieur de l’'Amazone.

Le limon pampéen ne se montre pas uniquement dans les plaines basses; en dehors des contrées qu'il a explorées par lui-même, M. d'Orbigny croit pouvoir le reconnaître dans la couche inférieure du diluvium qui, suivant M. Clausen, remplit une partie des cavernes de la province de Minas-Geraës, au Brésil.

D'après M. Lund, l'intérieur des cavernes du Brésil est plus ou moins rempli d’une terre rouge, identique avec la terre rouge qui forme la couche superficielle du pays. Cette couche, qui varie de 3 à 16 mètres d'épaisseur, couvre indistinctement et sans interruption les plaines, les vallées, les collines et même les pentes douces des plus hautes montagnes, jusqu'à près de 2 000 mètres de hauteur. Elle consiste principalement en argile renfermant des couches subordonnées de gravier et de cailloux de quartz. Souvent elle est ferrugineuse au point que les particules de fer se transforment en un minerai pisolitique semblable à celui qui remplit les fentes du Jura (1), où lun de vos Commissaires (M. Brongniart) a signalé ce fait depuis longtemps à l'attention des séologues. Il est extrêmement probable que ce dépôt superficiel de terre rougeätre, qui existe aussi à Rio-Janeiro, se joint d'une manière continue au grand dépôt des pampas, dont il ne diffère que par le mélange de cailloux de quartz provenant du sol sous-jacent.

M. Lund attribue, deson côté, le limon rougeâtre du Brésil à une grande irruption des eaux qui, couvrant toute cette partie du globe, y mit un terme à l'existence des êtres qui la peuplaient. Quelques modifications que cette hypothèse puisse être destinée à recevoir dans la suite, il nous paraît du moins évident que l'extension du limon

(1) Lun, Coup d'œil sur les espèces éteintes de mammifères fossiles du Brésil. [Annales des Sciences

naturelles, tk XI, p. 214 et 230 (1839).|

(25) pampéen sur les montagnes du Brésil, si elle était complétement hors de doute, renverserait l'hypothèse contraire, qui consistait à ne voir dans le limon pampéen qu'un dépôt opéré tranquillement à l'embouchure d’une grande rivière. Or, cette extension du limon pampéen sur les montagnes du Brésil nous paraît d'autant plus probable, que ces montagnes ne sont pas les seules, dans l'Amérique méridionale, sur lesquelles on trouve des traces de l'existence d'un dépôt analogue.

Le limon pampéen se montre, en effet, à une hauteur beaucoup plus grande encore sur les flancs des Andes boliviennes, où il remplit de petits bassins à Tarija et à Cochabamba, à 2 595 metres au-dessus de l'Océan, et où il couvre tout le grand plateau bolivien, à la hauteur moyenne absolue de 4 000 mètres environ.

Le limon pampéen, nivelant ainsi à toutes les hauteurs des bassins formés de roches de toutes les époques, se trouve naturellement en contact avec les couches les plus disparates. Au grand plateau bolivien, il repose sur les formations silurienne, dévonienne, carbonifère, triasique et sur les trachytes; à Cochabamba, sur les deux premières ; à Moxos, sur le terrain tertiaire guaranien; et enfin, dans les pampas, sur le terrain tertiaire patagonien. Mais, malgré cette diversité d'assiette, partout où on l’observe, quelle que soit la hauteur, il forme toujours un lit horizontal, et sa composition reste au fond à peu près uniforme : dans les pampas, c’est une couche limoneuse rougeâtre d'une grande puissance; à Chiquitos et à Moxos, il est à peu près identique, et sur les rives du Rio-Piray, il est seulement mélangé à de l'argile; sur les plateaux élevés des Andes, il montre encore une composition analogue à celle qu'il offre dans les pampas; et sur les montagnes du Brésil, il se charge seulement de quelques cailloux.

Les fossiles qu'il renferme dans ces gisements si divers ne sont pas d’une nature moins uniforme. Ce sont toujours et uniquement desossements de mammifères terrestres. Ces ossements Sy trouvent en quantité prodigieuse et compensent amplement, sous le rapport de l'intérêt, l'absence des restes marins.

En observant avec attention les falaises élevées des bords du Parana formées par la tosca, qui est notre limon dans sa forme la plus normale et la plus développée, on voit souvent saillir en dehors de l’escarpement diverses portions de squelettes de grands animaux exposés comme dans un musée naturel immense.

Ces ossements, pris d'abord pour des os de géants, ont frappé depuis longtemps les habitants de la contrée, et les noms de beaucoup de localités des pampas et des bords du Parana en ont été dérivés, tels que ruisseau de l Animal, colline du Géant etc.

Plus tard la science s'en est emparée. Falkner dit qu'il a trouvé dans les pampas la coquille d'un animal composée d'os hexagones, dont chacun avait au moins 30 millimètres de diamètre. La carapace avait environ 3 mètres de longueur, et ressemblait en tout à celle des tatous, mais dans des proportions immenses. Ces renseignements ne laissant aucun doute, voilà bien constatées, dans les pampas, dès 1750 , non-seulement la présence des ossements fossiles, mais encore celle de cette carapace d'un orand mammifère cuirassé, dont le rapport avec le squelette auquel elle appartient

a donné lieu récemment encore à quelques discussions parmi les zoologistes. IT GÉOLOGIE. d

Depuis 1770 les pampas sont devenues célèbres par la découverte du fameux squelette de Megatherium trouvé à Lujan, envoyé au roi d'Espagne par le vice-roi de Buenos- Ayres, illustré par Cuvier et par M. Garrepa.

M. d'Orbigny a recueilli, en 1827, plusieurs espèces d'ossements fossiles dans Les pampas, à San-Nicolas au nord de Buenos-Ayres, sur le Parana et pres de la Bajada, province d'Entre-Rios.

Quelques années après, M. Darwin découvrit dans les pampas un grand nombre de restes de mammifères que M. Richard Owen a décrits avec le plus grand soin dans l'ouvrage intitulé : Zoology of the Voyage of the Beagle.

Depuis le voyage de M. Darwin, MM. Tadeo Vilardebo, Bernardo Berro et Arsène Isabele ont été reconnaître en 1838, sur les bords du Pedernal, l'un des affluents du rio Santa-Lucia, dans la Banda orientale (république de l'Uruguay), le squelette d'un énorme animal encore pourvu de sa carapace, et auquel ils ont donné lenom de Dasy pus giganteus.

Enfin, en 1841, M. Pedro de Angelis a découvert dans le limon pampéen, à 28 kilomètres au nord de Buenos-Avyres, le squelette du M#ylodon robustus , qui est aujourd'hui déposé dans le Musée du collége des chirurgiens à Londres, et que M. Owen vient de décrire dans un ouvrage spécial qui a excité au plus haut degré l'attention des zoologistes et des géologues (1). On a trouvé dans la même localité une carapace osseuse analogue à celle des tatous, mais d'une taille gigantesque.

Si l’on suit le limon pampéen en dehors des pampas, on trouve que la vallée de "Farija située dans le sud de la république de Bolivia, dans les derniers contreforts orientaux de la Cordilière orientale, a été depuis longtemps citée pour ses ossements fossiles. Cette vallée forme un petit bassin sillonné à l’est par un cours d’eau. C'est sur les bords de ce cours d'eau qui traverse le dépôt de la vallée, qu'on rencontre une immense quantité d'ossements dans un limon graveleux, où les animaux paraissent être presque entiers. M. d'Orbigny a constaté la présence dans ce dépôt du Mastodon Andium de M. Cuvier.

M. d'Orbigny croit devoir rapprocher de ce gisement ceux que M. de Humboldt a signalés dans d’autres parties des Andes. On sait que cet illustre voyageur a recueilli en 1802 sur les plateaux de Quito des dents d’éléphants et de mastodontes qui ont été examinés par Cuvier. C'est probablement aussi de ces lieux que provenaient ceux qu'a rapportés le voyageur Dombey.

M. de Humboldt a découvert épalement des dents de Mastodon angustidens près de Santa-Fe de Bogota en Colombie, et des os d’éléphant à Cumanacoa , près de Cumana.

On n'a pas trouvé jusqu'ici d'ossements d’éléphant dans le limon pampéen; mais M. Darwin a trouvé dans ce dépôt, près de Santa-Fe des ossements de mastodonte associés, chose curieuse, à des ossements de cheval. Précédemment notre savant confrère, M. Auguste de Saint-Hilaire , avait envoyé au Muséum une dent de mastodonte recueillie à Villa do Fanado, au Brésil.

(1) R. Owen, Description of the skleton of the Aylodon robustus. London, 1842.

MM. Clausen et Lund ont fouillé depuis lors les cavernes de la province de Minas-Geraës. [ls y ont recueilli une quantité considérable d'ossements de mammifères. Le nombre d'espèces reconnues par eux s'élève déjà à plus de cent. Elles paraissent avoir appartenu à la même faune que celles dont les ossements se trouvent dans le limon des pampas; car des espèces identiques des genres Megalonyx, Megatherium Holophorus et Mastodon se trouvent simultanément au sein des pampas et dans les cavernes du Brésil, où pénètre le limon pampéen et dont ce limon environne les entrées. Cette circonstance est d'autant plus remarquable qu'il y a plus de 200 myriamètres de la province de Minas-Geraës, où se trouvent les cavernes, aux falaises du Parana, Les plus riches en ossements prés du San-Pedro, et que ce même limon occupe sur la surface des pampas, principalement au sud-ouest du Parana, un espace grand à lui seul comme près de la moitié de la France. Ce fait se joint à beaucoup d'autres pour faire sentir que le continent de l'Amérique méridionale est taillé en grand et qu'on ne peut invoquer, pour en expliquer l’origine, que des causes simples et grandes.

Le dépôt des blocs erratiques, non moins mystérieux que celui des terrains de limon, existe aussi dans l'Amérique méridionale; mais ici comme en Europe, ilest placé à côté du limon et semble lui être parallèle. {l'est rare que le limon pampéen soit mélangé de cailloux , et cela n'arrive que dans les montagnes. MM. d'Orbigny et Darwin s'accordent pour reconnaître qu'on ne rencontre pas un seul caillou sur la surface des pampas (1). Il en est autrement dans la Patagonie, où le limon pampéen n'existe pas et où le terrain tertiaire patagonien est partout à découvert. La surface de ce terrain tertiaire paraît, d'après M. d'Orbigny, avoir été sillonnée par de grands courants d'eau salée venant de l’ouest. Ce sont ces courants qui, suivant lui, ont non-seulement formé dans le sol, de vastes dépressions et des vallées étendues, mais encore ont laissé partout , à la superficie des roches, un léger mélange de sable et de petits cailloux porphyritiques, provenant sans doute des roches qui composent la Cordilière. Ces cailloux porphyritiques, répandus sur la surface des terrains tertiaires d’une grande partie de la Patagonie, ne s'étendent pas sur le limon pampéen. Leur transport doit donc être contemporain du dépôt du limon ou lui être antérieur.

Il parait que ces cailloux augmentent de grosseur à mesure qu'on avance vers le sud, et finissent par passer aux blocs erratiques. Ces blocs, répandus en grande abondance sur l'extrémité australe du continent américain, comme sur son extrémité boréale et sur celle de l'Europe, n'ont pu être observés par M. d'Orbigny, mais ils ont fourni une foule d'observations curieuses à M. Darwin. Le point le plus septentrional où ce voyageur célèbre les ait observés, dans les plaines de la partie orientale de l'Amérique méridionale, est sur les bords de la rivière de Santa-Cruz par 50° 10’ de latitude sud, latitude correspondante à celles où le phénomène des blocs erratiques provenant du nord devient beaucoup moins intense dans l'hémisphère boréal. Les blocs erratiques

(1) Darwix, Geology of the voyage of the Beagle, introduction, p. 3.

ne se trouvent pas en Patagonie près de la côte; ils n'ont été remarqués, en remontant la rivière de Santa-Cruz, quà 18 myriamètres des rivages de l'Atlantique, et à 12 myriamètres du pied des Andes dans la partie la plus rapprochée; ils sont formés de schiste argileux compacte, de roche feldspathique, de schiste chloritique très-quartzeux et de lave basaltique. Leurs formes sont généralement anguleuses et leurs dimensions souvent gigantesques (1).

Quels sont les rapports qui existent entre ces blocs erratiques et le limon pampéen”?.… la question est ici la même qu'en Europe et dans l'Amérique du Nord, puisque les blocs et le limon se succèdent dans le même ordre en allant du pôle vers l'équateur, et que les uns cessent là où les autres commencent (2).

Le limon pampéen, quoique très-récent, n'est cependant pas le dernier des dépôts qui se sont étendus sur le sol de l'Amérique méridionale. Il est recouvert lui-même par des dépôts de deux natures différentes, mais que M. d'Orbigny regarde comme contemporains.

Sur le grand plateau bolivien et dans la province de Moxos, ce sont de puissantes alluvions dont l’âge a été indiqué à M. d'Orbigny par des restes appartenant à l'homme. Elles seraient toutes postérieures, d’après lui, au commencement de notre époque.

Dans les pampas, ce sont encore, sur une grande surface, des medanos (anciennes dunes de sables), et près du littoral, à la Bahia Blanca, à San-Pedro, etc., des bancs de coquilles analogues en tout à ceux qui existent aujourd'hui à l’état de vie dans les eaux voisines.

M. d'Orbigny a eu longtemps de l'incertitude sur l’âge des alluvions qui recouvrent le terrain pampéen au pied oriental des Andes, mais une observation faite dans la province de Moxos est venue le fixer à leur égard. Il a trouvé au Rio-Securi une berge haute de 8 mètres, composée aux parties inférieures de 2 mètres de terrain pampéen, et au-dessus, de 6 metres d’alluvion. À peu de distance du terrain pampéen, dans les couches les plus inférieures du banc d’alluvion, il reconnut, dans une petite ligne remplie de charbon, un grand nombre de poteries qui annonçaïient un ancien séjour des indigènes; cette découverte lui donna la certitude que ces alluvions (si toutefois elles sont toutes contemporaines les unes des autres) sont postérieures à la création de l'homme.

Au fond de la baie de San-Blas, dans un lieu nommé Riacho-del-Ingles, M. d'Orbigny rencontra superposé au grès tertiaire, un banc immense sablonneux, contenant, avec des cristaux de gypse, un très-grand nombre de coquilles de gastéropodes et d’acéphales identiques avec ceux qui vivent actuellement dans la baie. Ce banc, situé à près de 2 kilomètres dans les terres, était à o",50 au-dessus du niveau des plus hautes marées des

(1) Darwin, On the distribution of the erratic boulders and on the contemporaneous un stratified deposits of South America. (Transactions of the geological Society, 24 series, t. VI, p. 415.) (2) Voyez le Rapport sur le Mémoire de M. de Castelnau , Comptes rendus, t. XVI, p. 535.

syzygies. Les coquilles étaient dans la position où elles ont vécu, et les acéphales avec les deux valves réunies. Les marées, dans ces latitudes, montent d'environ 8 metres; ces coquilles se trouvent à près de o",5o au-dessus des plus hautes; aujourd'hui elles vivent à 4 kilom. de là, au-dessous des plus basses marées de vives eaux. On pourrait en conclure qu'elles sont, sur ce banc, élevées d'environ ro mètres au-dessus de leur niveau actuel.

Les environs de Monte-Video ont offert à M. d'Orbigny des collines de gneiss sur la base desquelles repose, à la hauteur de 4 à 5 mètres au-dessus de la Plata, un banc de coquilles marines; les espèces sont, à la vérité, différentes de celles qui vivent dans les eaux saumâtres de la baie même de Monte-Video, mais identiques avec celles des côtes maritimes, à 12 myriamètres en dehors de ce point en s'avançant vers l'embouchure.

Les environs de San-Pedro ont montré à M. d'Orbigny, sur les plaines au haut des falaises de tosca , élevées d'environ 30 metres au-dessus du cours du Parana, plusieurs petits monticules, à peine de 2 ou 3 mètres d'élévation, ayant une forme allongée et généralement disposés dans le sens du cours du Parana. Ces bancs sont composés de sable très-fin et si remplis de coquilles, qu'ils ont recu des habitants le nom de conchillas.

Ces coquilles appartiennent à l'espèce Zzara labiata, qui ne vit plus actuellement près de San-Pedro et ne commence à se trouver, en descendant le fleuve, qu'au Riacho-de-las-Palmas, assez près de Buenos-Ayres ; elle abonde dans les eaux douces et saumâtres de l'embouchure de la Plata.

Ces bancs, dont la puissance est assez forte et l'étendue assez grande pour qu'on les exploite dans le pays, afin de faire de la chaux hydraulique, ne peuvent avoir été apportés par l'homme. Si, d’un côté, l'état de conservation des coquilles prouve qu'elles appartiennent à un dépôt contemporain de l'époque humaine, leurs deux valves souvent réunies, leur parfaite conservation, éloignent, d'autre part, toute idée de transport et démontrent qu'elles vivaient non loin de là, sinon sur le lieu même. Ces dépôts se rattachent évidemment à la cause qui a déterminé la formation des medanos, ou anciennes dunes, qu'on trouve également disséminées très-loin de la mer, au sein des pampas, vers le sud.

A l’ouest de la Cordilière, des bancs analogues contenant les coquilles du littoral actuel se remarquent à Talcahuano, à Coquimbo , à Cobiïja, à Arica et à Lima, sur une longueur de plus de 260 myriamètres.

Les coquilles récentes observées par M. d'Orbigny sur les plages élevées des deux rivages de l'Amérique méridionale ont été de sa part l'objet de deux remarques d'un grand intérêt.

La première, c'est que ces coquilles ont toutes leurs analogues dans les mers voisines et conservent, de chaque côté des Andes, autant de différence dans leur ensemble, que les faunes actuelles de ces deux mers en présentent aujourd’hui. D'où il résulte nécessairement qu à l'époque où elles ont vécu, les deux mers étaient déjà séparées.

La seconde remarque de M. d'Orbigny est que les coquilles récentes des plages, soulevées des deux rivages de l'Amérique méridionale, sont toutes dans la position naturelle où elles ont vécu, les acéphales, avec leurs deux valves réunies et placées verticalement. Ce fait doit porter à admettre un mouvement subit et non pas une action lente de relèvement des côtes, ainsi que l'ont pensé quelques auteurs. L'étude du littoral actuel prouve que, lorsque la mer abandonne peu à peu un rivage, elle laisse partout, sur la partie découverte, des coquilles livrées pendant longtemps au mouvement incessant des lames, et qui bientôt sont plus ou moins roulées, et aucune ne reste dans sa position naturelle, Rien de semblable ne se montrant dans les dépôts élevés que M. d'Orbigny a visités, il lui paraît évident que ces coquilles ont été tout à coup et instantanément exhaussées du fond de la mer au niveau qu'elles occupent aujourd'hui. Cela le conduit à conclure qu'il s'est fait sur le sol de l'Amérique un mouvement brusque dont les traces sont conservées, d'un côté, par les alluvions terrestres, de l’autre, par l’exhaussement des couches marines du littoral des deux océans.

Les alluvions terrestres et les couches marines qui recouvrent le terrain tertiaire pampéen seraient donc contemporaines des espèces qui vivent aujourd'hui sur le globe; tandis que le terrain pampéen lui-même, par sa faune terrestre, bien différente de la faune d'aujourd'hui, appartiendrait à une époque antérieure très-distincte que caractérisent les grands animaux de race perdue.

Ainsi, tandis que, d’une part, le terrain pampéen semble remonter à un grand événement qui à détruit la race des Megatherium et des Mylodon, il paraîtrait également probable que depuis l'existence de la faune actuelle , il y aurait eu des causes générales et passagères qui, en même temps qu'elles élevaient au-dessus des mers une lisière du littoral, tant de l'océan Atlantique que du grand Océan, renfermant des corps organisésidentiques à ceux qui vivent aujourd'hui, auraient dénudé, raviné les plateaux, les montagnes, et amené dans les pampas et dans les plaines de Moxos, ces puissantes aHuvions qui s'y font remarquer et dont l’origine moderne est indiquée, ainsi que nous l'avons déjà annoncé, par les produits de l'industrie humaine , découverts par M. d'Orbiony dans les berges de Rio-Securi.

Il est sans doute assez difficile de tracer d'une manière certaine la ligne de démarcation entre les anciennes plages soulevées et celles que les tremblements de terre soulèvent encore de temps à autre sur les côtes du Chili, de même qu'entre les alluvions actuelles et les vastes alluvions des grandes plaines intérieures de l'Amérique. Cependant le sable fin, quelquefois coquiller, qui recouvre les pampas, les medanos ou anciennes dunes des mêmes plaines, les sables qui forment de longues collines dans l'est de la province de Corrientes, les graviers et les sables du grand plateau bolivien, les immenses alluvions des environs de Santa-Cruz-delaSierra, des plaines de Moxos, de la province de Chiquitos, tous ces dépôts, plus modernes que les terrains pampéens, les recouvrent d'une manière trop générale et trop uniforme pour qu’on ne soit pas enclin à ÿ voir les traces d’un phénomène général. Les alluvions particulièrement sont trop épaisses, trop éloignées des cours d'eau actuels, et surtout trop uniformément réparties sur le

(#1) sol, pour ne pas être attribuées à des causes plus puissantes que celles qui agissent journellement. Il en est de même des dénudations profondes et bien différentes de celles produites par les eaux courantes ordinaires qui en ont fourni les matériaux.

Ici vient naturellement se placer une des observations les plus curieuses peut-être de l'auteur.

M. d'Orbigny a signalé à Cobija, à Arica et sur toute la côte de l'océan Pacifique, d'anciens lits de torrents qui, postérieurement aux derniers mouvements du sol de l'Amérique méridionale, auraient, des sommets au littoral, sillonné toutes les pentes de la Cordilière. Il est demeuré convaincu que ces anciens lits de torrents, tracés sur un sol où il ne pleut pas depuis les temps historiques, ne sont pas provenus de pluies locales, mais doivent être attribués à des masses d’eau qui seraient descendues des Cordilières seulement. Aujourd'hui, jamais un nuage aqueux ne s'arrête sur les montagnes du versant occidental, jamais une tache de neige ne se montre de ce côté des Cordilieres. Il faut donc, pour expliquer ces torrents dont les traces s'observent sur un grand espace, supposer que les Cordilières ont reçu momentanément des pluies ou des neiges qu'elies ne reçoivent plus de nos jours; il se serait alors passé sur ces montagnes un phénomène aqueux analogue à celui dont on a observé les traces sur toutes les grandes montagnes de l'Europe.

Ces faits sont remarquables en eux-mêmes, et les rapprochements auxquels ils peuvent donner lieu nous paraissent dignes de toute l'attention que l’auteur leur à donnée. Ils demeureront comme des jalons, sans doute trop peu nombreux encore. au milieu des discussions auxquelles ils ne manqueront pas de donner lieu.

D'après tout ce que nous venons de dire, les terrains stratifiés de l'Amérique méridionale forment, suivant M. d'Orbigny, huit groupes bien distincts, savoir :

1°. Les anciens terrains cristallins, où domine Île gneiss ;

2°. Les terrains de transition siluriens et dévoniens ;

3°. Les terrains carbonifères ;

4°. Le terrain triasique ;

5°. Les terrains crétacés ;

6°. Les terrains tertiaires guaraniens et patagoniens ;

7°. Le limon pampéen;

8°. Les dépôts modernes, qu'il nomme aussi diluviens, d'apres la nature de la cause qui les a produits ou émergés.

Ces différents groupes de couches ont des gisements tout à fait dissemblables et souvent discordants, et, suivant M. d'Orbigny, ces discordances résultent directement des dislocations qui ont bouleversé la surface du sol américain, et y ont fait naître les chaînes de montagnes dont il est sillonné.

A l'instar de ce qui a été essayé en Europe, et de ce que M. Pissis a tenté de son côté pour le Brésil (1), M. d'Orbigny a cherché à mettre en rapport les solutions de

(1) Voyez le Rapport sur le Mémoire de M. Pissis, Comptes rendus, t. XVII, p. 28.

continuité que présente la série des terrains américains avec l'apparition successive des chaînes de montagnes qui forment les traits principaux du relief de l'Amérique méridionale.

Sa classification embrasse deux des systèmes de montagnes déjà signalés par M. Pissis.

Ainsi que nous l'avons dit au commencement de ce Rapport, un terrain de gneiss trés-anciens se montre dans une grande étendue sur les côtes orientales de l'Amérique méridionale. Il occupe la partie orientale du Brésil à l’est de la Mantiquiera , du 16° au 27° degré de latitude australe, et ÿ forme une série de petites chaînes dont la direction générale est, d’après les observations de M. Pissis, de l'est 38 degrés nord, à l'ouest 38 degrés sud. Ce système, que M. d'Orbigny nomme système brésilien, paraîtrait être l'un des plus anciens dont on puisse suivre les traces à travers les modifications postérieures de l'écorce terrestre. M. Pissis le regarde comme antérieur aux terrains de transition du Brésil, et peut-être a-t-il précédé le soulèvement du plus ancien système de montagnes décrit jusqu'ici en Europe. Il est probable qu'il affecte à de grandes distances les roches fondamentales du sol américain; car la direction générale que nous venons d'indiquer ne diffère que très-légèrement de celle nord 45 degrés est, que M. de Humboldt a signalée depuis les premières années de ce siècle dans les roches schisteuses du littoral de Venezuela et dans les montagnes de granit-gneiss qui se prolongent du bas Orénoque au bassin de Rio-Negro et de l’Amazone (1).

Cependant l’ensemble des collines de gneiss qui s'élèvent dans les pampas, entre le cap Corrientes et la sierra de Tapalquen, ainsi que les collines de Monte-Video, sont caractérisées par une direction différente qui court de l’ouest 25 à 30 degrés nord, à l'est 25 à 30 degrés sud. M. d'Orbigny les désigne provisoirement sous le nom de système pampéen, et il pense que ce système est presque aussi ancien que le système brésilien. Si des observations ultérieures confirment cette conjecture, les relations de ces deux systèmes, dont les directions sont presque perpendiculaires l’une à l’autre, rappelleront naturellement celles qui existent en Europe entre le système du Westmoreland et celui des Ballons.

Au milieu de la multitude de dislocations dont le terrain silurien présente les traces, M. d'Orbigny a cherché à reconnaître les soulèvements qui auraient affecté ce terrain avant qu'il fût recouvert, mais il n’a pu en définir aucun d'une manière certaine.

Il n’a pas mieux réussi relativement au terrain dévonien; l'examen le plus attentif de linnombrable quantité de montagnes et de collines diversement orientées appartenant à ce terrain, ne lui a permis de découvrir aucun système de dislocation spécialement limité à lui; mais, au Brésil, M. Pissis a signalé un système de dislocation qu'il regarde comme immédiatement postérieur à la formation des terrains de transition dont «le dépôt fut interrompu, dit-il, par des commotions qui les élevèrent, sur » quelques points, de 1000 ou 1 r00 mètres au-dessus de la mer, déterminant sur

(1) Humwsoznr, Essai géognostique sur le gisement des roches dans les deux hémisphères, page 56.

d'autres de larges fentes dirigées de l’est à l’ouest, par où s'échapperent des diorites » qui Sétendirent à la manière de laves, et modifièrent les roches qui se trouvèrent » sur leur passage. Les montagnes les plus élevées du Brésil, celles de la province de » Minas-Geraës, l'Itacolumi, la Caracça, le Morro d'Itambe, et les plateaux du sud de San-Paolo , se rapportent à ce soulèvement qui redressa les couches suivant une direction est-ouest, et donna à cette contrée la forme qu'elle présente aujourd'hui (7). » M. d'Orbigny appelle système itacolumien l'ensemble des crêtes formées par cette dislocation. Il serait porté à y réunir les montagnes des îles Malouines, qu'il désigne sous le nom de systeme malouinien , si toutelois il se vérifie que ces montagnes sont formées de couches siluriennes redressées dans une direction est-ouest.

Ainsi, d'après lui, les îles de gneiss qui forment la partie la plus ancienne du relief du sol américain se seraient étendues vers l’ouest par des dislocations survenues après le dépôt des terrains de transition , tandis que, peut-être, de nouveaux points auraient surgi du sein des eaux aux Malouines et près du Cochabamba actuel, dans la Bolivie.

Ce phénomène paraît avoir été antérieur au dépôt du système carbonifère, à la suite duquel se sont opérées de nouvelles dislocations, dont les traces les plus marquées se sont présentées à M. d'Orbigny dans la province de Chiquitos.

Les collines de cette province ont pour base le gneiss sur lequel s'appuient des couches siluriennes et dévoniennes, couronnées par des grès que M. d'Orbigny rapporte aux assises supérieures du système carbonifère, et flanquées par des couches triasiques et par des dépôts tertiaires. Ces collines présentent un parallélisme général qui en fait un système bien caractérisé, orienté de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest, auquel se rattachent les chaînes de Parecys, du Diamantino et du Cuyaba, dans la partie occidentale du Brésil. M. d'Orbigny désigne tout cet ensemble sous le nom de système chiquitéen, et le regarde comme postérieur aux dernières assises carbonifères et comme antérieur au trias, attendu que les dernières couches qu'on y voit dérangées appartiennent, d'après lui, au système carbonifère.

La production d'un grand système de dislocations dans l'Amérique méridionale à cette époque se trouve confirmée, d'après M. d'Orbigny, par le contact immédiat des argiles bigarrées des régions situées à l'est de Cochabamba, avec les terrains dévoniens. Ge contact semble annoncer en effet une dénudation des terrains carboniferes antérieure au dépôt du terrain triasique.

Les collines du système chiquitéen joignent presque les montagnes du Brésil à la base des Andes. C'est un nouvel appendice qui est venu s’ajouter à la suite de celui déjà formé par le système itacolumien. Lorsqu'on jette les yeux sur la carte géologique de la Bolivie dressée par M. d'Orbigny, il peut sembler au premier abord qu'il y a de nombreux traits de ressemblance dans la disposition des terrains des collines de Chiquitos et de la chaîne orientale des Andes. Cependant la direction qui domine dans

(1) Pissis, Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. XIV, p. 1044. IT. GÉOLOGIE.

( 34 ) les montagnes de Chiquitos n'est pas exactement la même que celle des crétes qui se dessinent sur les flancs de la Cordilière, au sud-est des plaines de Moxos et de Santa- Cruz-de-la-Sierra, et la hauteur des deux massifs est trop différente pour qu'il soit naturel de les rattacher à une seule et même époque de soulèvement.

Les montagnes colossales qui dominent au nord-est le lac de Titicaca, et auxquelles se rattache toute la région orientale des Cordilières du cinquième au vingtième degré de latitude australe, ou pour mieux dire, les Andes proprement dites, les Antis des anciens Incas, forment un système distinct, auquel M. d'Orbigny a donné le nom de système bolivien. La direction moyenne de ce système, bien différente de celles qui dominent dans le reste des Cordilières, est du sud-est au nord-ouest. Les crêtes qui le composent sont formées de couches redressées des terrains siluriens, dévoniens, carbonifères et triasiques. Les célèbres Nevados d'Ilimani et de Sorata, reconnus par M. Pentland comme les eimes les plus élevées du nouveau monde, sont les deux points culminants d’un axe de roches granitoïdes dirigé aussi du sud-est au nord-ouest, qui, s’élevant sans doute par une large crevasse, a été le mobile de l'élévation de tout le système bolivien.

Cette élévation a eu lieu après le dépôt du trias, comme l’attestent les couches des terrains triasiques que M. d'Orbigny a vues dans une position inclinée et à la hauteur de plus de 4 o0o mètres au-dessus de l'Océan. Les terrains triasiques forment, dans les différentes localités où on les observe en Bolivie, les dernières couches soulevées. Sur tous les points du système bolivien où M. d'Orbigny les a vus, lorsqu'ils sent recouverts ils le sont seulement par les couches horizontales des terrains pampéens, ou par les alluvions modernes, produits purement terrestres et non marins. Il paraît donc certain que le système bolivien a pris les formes caractéristiques de son relief après la période des terrains triasiques. On peut conjecturer aussi que ce phénomène a eu lieu avant le dépôt des terrains jurassiques et crétacés, sans quoi ces terrains se seraient déposés sur le trias de la Bolivie et auraient été soulevés avec lui.

C'est donc probablement entre les périodes triasiques et jurassiques, ou à peu près a cette époque de notre chronologie européenne, que tout le massif compris entre le plateau occidental de la Bolivie et les plaines de Santa-Cruz et de Moxos se sera élevé au-dessus des mers, pour conserver jusqu’à nos jours le même cachet orographique.

Cherchant à compléter au moins d'une manière conjecturale le tableau des grands phénomènes géologiques dont l'Amérique méridionale a été le théâtre et le produit, M. d'Orbigny est porté à supposer, d'après les observations des derniers voyageurs, que deux grandes dislocations ont eu lieu pendant le cours de la grande période crétacée : l’une, représentée par le système colombien, dirigé environ dans la direction du nord 33 degrés est au sud 33 degrés ouest, aurait formé les montagnes de la Suma-paz et du Quindiu, en élevant les terrains crétacés du plateau de Bogota; l'autre aurait donné naissance au système fuegien, qui occupe la partie occidentale de la Tl'erre-du-Feu, et se dirige nord 30 degrés ouest au sud 30 degrés est.

L'effet de ces phénomènes divers et successifs aurait été d'élever au-dessus des eaux

(35) les principaux centres montagneux de l'Amérique méridionale; mais ces divers groupes n'auraient pas encore été reliés entre eux par la grande chaîne continue des Cordilières. Cette vaste chaîne est sinueuse comme nos Alpes. Elle présente différentes parties orientées très-diversement : sans parler de celles que M. d'Orbigny rapporte au système colombien et au système fuegien , et sans sortir de l'espace qu'il a observé par lui-même, on y remarque deux directions bien distinctes.

Depuis le détroit de Magellan jusqu’en Bolivie, sur un espace de 35 degrés qui embrasse toute la longueur du Chili, la Cordilière court du sud 5 degrés ouest au nord 5 degrés est; puis, dans la Bolivie même, elle s'infléchit tout à coup à l'ouest et se dirige du sud-est au nord-ouest.

En entrant dans le Pérou méridional, les montagnes conservent un parallélisme constant avec celles de la Bolivie, jusque près du cinquième parallèle de latitude australe, ce qui permet de supposer que les lignes géologiques observées par M. d'Orbigny dans le système bolivien se continuent à l’est de la Cordilière proprement dite jusqu'à cette latitude, embrassant ainsi un espace total de 15 degrés.

Plus au nord, la chaîne change de nouveau de direction pour reprendre momentanément celle de la Cordilière du Chili.

Ainsi, dans l'intervalle compris entre le détroit de Magellan et l'équateur, les Andes présentent deux grands systèmes de crêtes et de vallées. Ces deux systèmes, que M. d'Orbigny désigne sous les noms de système bolivien et de systeme chilien, se croisent à peu près comme le font en Europe les systèmes des Alpes occidentales et de la chaîne principale des Alpes, et ils paraissent de même être le résultat de dislocations successives.

La circonstance que la Cordiliere, dans l'intervalle de la Terre-du-Feu à Quito, se compose de plusieurs grands tronçons différemment orientés et d'origine probablement diverse, se rattache à un fait curieux qui confirme d'une manière remarquable la réalité de la distinction basée sur la différence des directions.

Sur le grand plateau bolivien on n'a Jamais senti aucune commotion de tremblement de terre. Cest au moins ce que M. d'Orbigny a appris et ce qu'il a éprouvé sous le parallèle d’Arica, et il est naturel de se demander si la présence, par ce parallèle, du système bolivien, n’a pas quelque influence sur le peu d'extension des tremblements de terre. Il paraît, en effet, que dans le centre de la Cordilière du Chili on ressent encore de très-fortes secousses, lors des tremblements de terre qui ravagent la côte, près de laquelle ils agissent avec le maximum d'intensité.

Une autre particularité qui distingue les chaînons du système chilien de ceux du systeme bolivien, c'est la présence de lambeaux encore problématiques de terrain jurassique et de masses très-développées de terrain crétacé en couches fortement disloquées et soulevées à des grandes hauteurs. Aussi, d'après M. d'Orbigny, ce serait après la période crétacée, mais avant celle des dépôts tertiaires, que le système chilien aurait pris naissance. Îl devrait son origine à l'éruption des roches porphyriques, ou peut-être d'une partie seulement de ces roches, qui sont, dans l'Amérique méridionale, de natures trés-variées.

M. d'Orbigny a trouvé en effet à Cobija, sur la côte même de l'océan Pacifique, des porphyres syénitiques, noirâtres, très-compactes ; au Morro d'Arica, des porphyres pyroxéniques; à Palca (Bolivia) et à Machacamarca, des porphyres syénitiques; aux montagnes de Cobija et de Palca (Pérou), et sur toute la ligne occidentale des Cordilières, ce sont des wackes anciennes amygdalaires très-variées, contenant une grande quantité de substances diverses; aux Missions, c'est une roche amygdalaire grise ou violacée. Des roches porphyriques ont aussi été observées par MM. Gay, Darwin et Domeyko dans diverses parties de la Cordilière du Chili.

Suivant M. d'Orbiony, la fin de la période crétacée aurait été marquée dans l'Amérique méridionale par une série de dislocations qui se serait manifestée à l'ouest des terres déjà hors des eaux, et qui aurait donné à la Cordilière du Chili son premier relief, en laissant surgir une série continue de masses porphyritiques. Ce vaste épanchement porphyrique s’est effectué dans la direction du nord 5 degrés est au sud 5 degrés ouest, depuis le détroit de Magellan jusqu'à la jonction du système chilien avec le système bolivien que la bande de roches éruptives a longé à l’ouest, en élevant les terrains crétacés du plateau de Guancavelica. Le bouleversement des eaux dû à ce mouvement aurait eu pour résultat, suivant M. d'Orbigny, de former, en lavant les terres continentales, le dépôt tertiaire guaranien qui couvre la province de Moxos et qui paraît niveler le fond d’une grande partie du bassin des pampas. C'est attribuer à ce dépôt une origine analogue à celle qu'on a souvent été conduit à attribuer en Europe à une partie du terrain de l'argile plastique. Le manque de fossiles dans le dépôt guaranien, sa nature toujours ferrugineuse, peu stratifiée , sembleraient favorables à cette supposition.

Une nouvelle période de repos succédant alors aux perturbations, les mers tertiaires se dessinent à l’est et à l’ouest du système chilien. Sur le dépôt de nivellement du terrain guaranien commencent à s'étendre les sédiments marins du terrain patagonien. Des affluents terrestres apportent, des continents voisins, des ossements de mammifères, des bois et des coquilles fluviatiles. Les uns proviennent sans doute de la crête du système chilien et apportent des ossements encore pourvus de leurs ligaments dans la mer patagonienne du sud-est; d'autres arrivent du grand continent du nord, c'està-dire du Brésil, déjà en grande partie hors des eaux.

Le continent de l'Amérique méridionale possède déjà, pour ainsi dire, à l'état d'esquisse, la configuration qu'il doit conserver ; il offre déjà une chaîne hors des eaux traçant la Cordilière du nord au sud, et séparant ainsi l'un de l’autre l'océan Atlantique et le grand Océan par une bande de terre étroite, comme de nos jours l'isthme de Panama. On concoit des lors comment les terrains tertiaires des deux versants peuvent être contemporains, quoiqu'ils ne renferment pas d'espèces fossiles de coquilles qui leur soient communes, et, malgré les réserves que nous avons faites ci-dessus, on doit convenir que l'hypothèse proposée par M. d'Orbigny explique si heureusement la différence complète des faunes de ces deux terrains, d'âge au moins très-rapproché , qu'il est difficile de ne pas lui attribuer, par cela seul, une assez grande probabilité.

Mais les mers, qui empiétaient alors si largement sur les contours qu'a pris définiti-

(57 ) vement l'Amérique méridionale, devaient reculer et s'éloigner du pied de la Cordilière, en laissant le continent s'agrandir, vers l’est, de tout l'espace occupé par le terrain tertiaire patagonien, et vers l’ouest, de la bande occupée par les terrains tertiaires du Chili, qui longe dans toute son étendue la Cordilière chilienne.

M. d'Orbigny rattache cet événement à l'apparition des trachytes qui ont fait éruption dans l'axe de cette Cordilière et qui en ont complété le relief à une époque évidemment très-moderne.

En étudiant la position des trachytes et des conglomérats trachytiques, M. d'Orbigny a pu se convaincre que ces deux espèces de roches ont joué un rôle tout différent. Ses cartes font voir, en effet, que les trachytes solides ont dû, à diverses reprises, surgir sur de grandes lignes à l'état incandescent. Quelquefois soulevés en masses pâteuses presque solides, ils ont donné naissance à ces cônes obtus si remarquables et en même temps si caractéristiques qui, au sommet des Cordilieres, ont absolument la même forme qu'en Auvergne. Si, sur d’autres points, ces roches ont une apparence stratifiée, cela résulte évidemment de l'épanchement de masses plus ou moins fluides qui se sont étendues en nappes. On en voit un exemple dans la coupe laissée par le Rio-Maure, où l’auteur a distinctement remarqué l’aiternance des bancs de trachytes avec les conglomérats ponceux, ou sur la côte près de Tacna, où les conglomérats ponceux recouvrent les trachytes durcis également en nappes.

A l'exception pres de l'alternance observée au Rio-Maure, M. d'Orbigny a toujours trouvé les trachytes sous les conglomérats. Les premiers présentent des aspérités de formes très-diverses, qui se manifestent à la surface du sol par différents accidents extérieurs, tandis que les derniers forment partout des sortes de couches, pour ainsi dire horizontales, qui nivellent ces aspérités. Les conglomérats ponceux sont composés par bancs alternatifs de ponces plus ou moins grosses, on de fragments de verres volcaniques, dont les éléments ne sont réunis par aucun ciment, ce qui pourrait porter à croire que ces conglomérats ont été projetés à l'état de cendres pendant la sortie et postérieurement à la sortie des trachytes. On pourrait même se demander si tous les conglomérats appartiennent à la même époque que les trachytes, et si leur position supérieure ne les rapporterait pas quelquefois à un âge un peu plus moderne.

Dans l'Amérique méridionale, les roches trachytiques ne se montrent que sur la chaîne des Cordilières, et dès lors accompagnent le plus souvent les roches porphyritiques. En Bolivie, elles se montrent seulement sur le grand plateau bolivien, sur le plateau occidental et sur le versant ouest de la Cordilière. Personne n’en a signalé au Brésil.

M. d'Orbigny admet que sur le versant occidental de la longue crête, première esquisse de la Cordilière , formée par les éléments réunis des divers systèmes mentionnés ci-dessus, le sol s'ouvrit de nouveau, et que les matières incandescentes trachytiques, poussées avec violence vers cette vaste issue, débordèrent de toutes parts, disloquerent les porphyres, les roches crétacées et envahirent tout le sommet de la chaine.

Dans le vaste massif de la Bolivie les choses se sont passées d'une manière plus

compliquée, au moins en apparence. Les lignes de dislocation du système chilien, rencontrant les reliefs préexistants au système bolivien, et ne pouvant rompre ce large massif, l'ont longé à l’ouest comme l'avaient fait antérieurement les roches porphyritiques. Les trachytes et leurs conglomérats , qui, d’après M. de Humboldt, forment un dôme immense sur le plateau de Quito, formeraient, d’après M. d'Orbigny, un autre dôme sur le plateau occidental de la Bolivie. En outre, ces roches seraient sorties par des fentes anciennes des roches de sédiment, sur cette ligne si interrompue de mamelons trachytiques qui, à l'est du grand plateau bolivien, borde le pied des dislocations des roches dévoniennes , depuis Achacache jusqu'à Potosi. Elles ne sont pas la cause première du système bolivien, mais elles ont pu en soulever quelques parties en en augmentant le relief, de même qu'elles ont peut-être donné à la Cordilière chilienne la plus grande partie de son relief. Les trachytes auraient donc agi dans le nouveau monde comme dans l'Italie méridionale et en Grece, où leurs lignes d'éruption ont suivi celles de systèmes de montagnes d'une origine plus ancienne , notamment du système des Pyrénées.

Une dislocation de 50 degrés ou de 550 myriametres de longueur, qui a produit une des plus hautes chaînes du monde, qui a élevé au-dessus des mers tous les terrains tertiaires marins des pampas sur une immense largeur, n'a guère pu avoir lieu sans amener un déplacement proportionné dans les eaux marines. C’est alors, suivant M. d'Orbigny, que, balancées avec force, celles-ci ont envahi les continents, anéanti et entraîné les grands animaux terrestres, tels que les Mylodons, les Megalonyx, les Megatherium , les Platonyx, les Toxodons et les Mastodontes de la faune perdue, en les déposant, avec les particules terreuses, à toutes les hauteurs, dans les bassins terrestres ou dans les mers voisines.

Ces matières nivelantes, simultanément entrainées et déposées sur les plateaux des Cordilières jusqu’à 4 000 mètres au-dessus de l'Océan, sur les plaines de Moxos, de Chiquitos et sur tout le fond du grand bassin des pampas, ont constitué le terrain pampéen.

Le terrain pampéen, qui est à toutes les hauteurs en couches horizontales, qui se compose partout des mêmes limons, qui ne renferme que des restes de mammifères, n'a pu être, en effet, que le produit d'une cause terrestre générale. M. d'Orbigny a cru trouver cette cause dans l’un des soulèvements opérés dans la grande Cordilière, qui a dû produire un déplacement subit des eaux de la mer, lesquelles, mues et balancées avec force, ont envahi les continents et anéanti les grands animaux terrestres en les entrainant tumultueusement dans les parties les plus basses des continents ou dans le sein des mers, et ce n'est évidemment qu'au soulèvement des trachytes que le phènomene peut étre rapporté.

M. d'Orbigny a remarqué que sur quelques points du plateau bolivien, les conglomérats trachytiques paraissent recouvrir le terrain pampéen, ce qui ferait croire qu'ils sont postérieurs à ce grand dépôt. Cette remarque coïncide avec celle rapportée plus haut, que les conglomérats trachytiques semblent n'être pas tous exactement de la

( 39 } même époque. La plupart seraient contemporains du terrain pampéen, mais quelquesuns seraient postérieurs.

En Auvergne, les nombreux mammifères de la faune antérieure à cette époque qu'on a trouvés en différents points sont enveloppés de roches trachytiques et de leurs conglomérats. Il y aurait ici un rapprochement qui ne serait pas sans valeur.

À ce mouvement pourraient peut être se rattacher ou se comparer beaucoup de faits observés en diverses parties de la surface du globe, puisque partout on rencontre des restes d'une faune terrestre particulière, entièrement éteinte, et que dans une foule de localités on trouve des dépôts analogues à ceux des pampas renfermant des ossements de mammifères d'espèces détruites.

L'apparition des roches trachytiques auxquelles appartiennent les sommets les plus élevés des Cordilières du Chili et du Pérou ne paraît cependant pas avoir été le dernier des grands mouvements géologiques dont l'Amérique méridionale a été le théâtre. Cette apparition paraît se lier à l’origine du limon pampéen, et ce terrain est recouvert, ainsi qu'on l'a vu plus haut, par d'autres dépôts qui indiquent un autre grand événement plus moderne. Ce dernier grand événement semble ne pouvoir être cherché ailleurs que dans la première effervescence des volcans américains actuellement en activité, qui, jusqu'au moment dont nous parlons, n'avaient pas encore commencé la série de leurs éruptions.

La longue ligne des volcans du Chili, rangée suivant l'axe de la bande trachytique , est le chaînon extrême de cette grande chaîne volcanique en zigzag qui, s'appuyant sur un demi grand cercle de la Terre, tiré de la république de Bolivia à l'empire des Birmans, marque les limites de la grande masse des terres américaines et asiatiques et de la vaste étendue maritime de l'océan Pacifique. Ce fut sans doute un jour redoutable dans l’histoire des habitants du globe, et peut-être même dans l’histoire du genre humain, que celui où cette immense batterie volcanique, qui ne compte pas moins de 270 bouches principales, vint à gronder pour la première fois. Peut-être les traditions d’un déluge universel se rapportent-elles à ce grand événement qui n'aurait pu manquer d’être un grand désastre. L'auteur est favorable à cette opinion, qui déjà avait éte émise avant lui, mais seulement comme une hypothèse. Il cite à l'appui plusieurs faits qui, dussent-ils même rester isolés, nous paraîtraient mériter l'attention des géologues.

Nous avons rapporté plus haut les observations d’après lesquelles M. d'Orbigny conclut que les coquilles récentes soulevées sur les plages de l'océan Atlantique et du grand Océan ne doivent pas lavoir été par une action lente, mais par un mouvement brusque. Ces remarques, jointes aux faits également cités plus haut relativement aux bancs de conchillas des pampas, aux coquilles de Monte-Video et de la Patagonie, et à toutes celles du littoral du grand Océan, le conduisent à admettre un exhaussement subit et général de toute la côte, qui aurait donné au continent la configuration que nous lui connaissons.

Ce dernier mouvement du soi américain , qui aurait coincidé avec la premiere effervescence des volcans, aurait déterminé un balancement des mers adjacentes dont les

eaux, en bondissant par-dessus les crêtes des montagnes, auraient raviné, dégradé les terres à toutes les hauteurs, et entraîné de vastes alluvions dans les plaines.

Les traditions d'un déluge qu'on rencontre chez la plupart des peuples américains pourraient n'être qu'un souvenir de cette derniere révolution. La découverte de débris de l'industrie humaine que M. d'Orbigny a faite dans les alluvions des plaines de Moxos, sur les rives du Rio-Securi, ne peut qu'ajouter aux raisons qu'on a eues pour le conjecturer. Comme il est au moins évident que cet événement est postérieur à l'existence de la faune maritime actuelle, M. d'Orbigny a cru devoir nommer terrains diluviens ceux qui en sont les produits.

Il résulte, en somme, du travail de M. d'Orbigny que le nouveau continent s'est formé, comme l’ancien, par les soulèvements successifs des différents systèmes de montagnes qui en sillonnent la surface; que ces systèmes sont de plus en plus étendus à mesure que leur origine se rapproche davantage de l’époque actuelle ; que les reliefs résultant de ces différents systèmes se sont ajoutés successivement les uns aux autres, en avancçant généralement de l'est à l'ouest. Ainsi les saillies les plus anciennes que présente le continent américain paraissent avoir pris naissance dans les régions orientales du Brésil actuel, après l’époque de la formation du gneiss. Les terrains de transition sont venus à l'ouest accroître ce premier continent de tout le système itacolumien. Les terrains carbonifères, à l'ouest des deux autres, font partie d’un nouvel appendice composé du système chiquitéen. Les terrains triasiques, à l’ouest des trois premiers systèmes, ont été soulevés dans le système bolivien, surface bien plus vaste que les autres.

- Jusqu'alors l'Amérique était allongée de l’est à l’ouest. Les terrains crétacés cessent de se déposer, et la Cordilière, toujours à l’ouest des terres exhaussées, prend un premier relief du nord au sud, en changeant totalement la forme du continent. Plus tard l’éruption des trachytes et la première effervescence des volcans actuels ont complété les formes de cette vaste chaîne, et donné aux rivages du continent leur configuration actuelle ; et il est bien remarquable que ces derniers phénomènes se sont surtout manifestés dans ia région occidentale du continent où les tremblements ont de nos jours concentré leur action.

Cette remarque générale sur la marche des soulèvements de l'est à l'ouest, conduit à un rapprochement curieux entre le nouveau monde et l'ancien.

Buffon avait déjà été frappé de la différence d'orientation des deux grands continents. Il avait remarqué que dans l'ancien continent, ou plus exactement dans l'Europe, l'Asie et le nord de l'Afrique, les grands traits orographiques sont disposés par rapport à la ligne est et ouest, à peu près comme ils le sont dans le nouveau monde, par rapport à la ligne nord-sud.

M. Poulett-Scrope avait ajouté à la remarque de Buffon, celle de la différence essentielle que présentent les deux côtés est et ouest du continent de l'Amérique méridionale, en ce que l'un offre une longue crête hérissée de pics et de volcans, tandis que l'autre présente de larges montagnes arrondies sans aucun indice de phénomènes volcaniques.

Les résultats de M. d'Orbigny conduisent à formuler plus nettement ce rapprochement,

(#1) en remarquant que dans l'Amérique méridionale, les soulèvements successifs qui ont façonné le relief du continent ont généralement leur principal point d'application de plus en plus à l'ouest à mesure qu'ils sont plus modernes, tandis qu'en Europe les soulevements de plus en plus modernes ont exercé leurs principaux effets de plus en plus au sud.

En Amérique, les grandes plaines des pampas et de l'Amazone répondent à cette grande plaine du nord de l'Europe, dont une légère dépression est occupée par les eaux de la mer Baltique, et le vaste lac de Titicaca remplit des anfractuosités produites par la rencontre des divers systèmes qui se croisent dans les Andes, à peu près comme la Méditerranée remplit les anfractuosités plus vastes et plus profondes dues au croisement du système des Pyrénées, des systèmes alpins et de quelques antressystèmes modernes.

Les deux continents présentent chacun une grande exception à la règle indiquée relativement au sens dans lequel les soulèvements se sont succédé. L'une se trouve dans les dislocations modernes qui, suivant les observations de M. Pissis, ont achevé de façonner la côte orientale du Brésil ; l'autre dans le soulèvement présumé moderne de la grande ligne des Alpes scandinaves : mais l'existence d’exceptions correspondantes de part et d'autre constitue un rapprochement de plus, et ce rapprochement est d'autant plus curieux, que les deux chaînes qui font exception se rapportent à un seul et même système de montagnes, le système des Alpes occidentales.

Des comparaisons analogues à celles que nous venons d'établir entre l'Europe et l'Amérique méridionale avaient déjà été faites entre l'Italie et l'Inde, et entre l'Europe et l'Amérique du Nord; le travail de M. d'Orbigny contribuera à rendre ces comparaisons moins rares et plus faciles. Il offrira même un point de départ plus élémentaire que ceux sur lesquels la science a pu les appuyer jusqu'ici.

Nous croyons, en effet, qu'il y a un grand fond de justesse dans la remarque suivante que fait M. d'Orbigny sur le peu de complexité de l'Amérique méridionale, lorsqu'il dit, vers la fin de son Mémoire, que « par l'extrême simplicité de la composition » géologique, par les larges proportions de chaque époque, l'Amérique méridionale » est, peutêtre, de toutes les parties du globe, la plus facile à comprendre géologi- » quement, et celle dont l'étude est destinée à jeter le plus de lumières sur les grande: » révolutions que notre planète a subies. En effet, loin d’être, comme l'Europe, morcelée » en un grand nombre de lambeaux de terrains, ou sillonnée d'innombrables chainons » du croisement desquels l'époque est difficile à déterminer avec précision, l'Amérique » méridionale montre des reliefs tracés sur des centaines de lieues et des dépôts de » plusieurs degrés carrés de surface. Lei tout se manifeste sur une vaste échelle, les » montagnes ainsi que les bassins, et sur ce grand continent tout est visible, les causes » puissantes et leurs grands résultats. »

M. d'Orbigny avait d'autant plus le droit de faire ainsi les honneurs du continent, naguère presque inconnu dans son intérieur, dont il a si courageusement et si patiemment étudié Ja structure, qu'il fait avec toute la modestie du véritable savoir la part des erreurs

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