CHAPITRE III
Terrains dévoniens.
Les terrains dévoniens occupent, dans PAmérique méridionale, une surface plus grande encore que les terrains siluriens, qu’ils accompagnent et recouvrent partout. On les trouve en effet sur presque tous les points montueux des contre-forts orientaux de la Cordillere bolivienne, dans la province de Chiquitos, et de ce point, sans doute, jusqu’à la province de Minas Geraes, au Brésil’. Leur extension en longitude serait de trente degrés de longueur sur vingt de largeur.
Ils sont partout représentés par des grès quartzeux compactes, blancs ou jaunâtres, sans traces de fossiles, passant, dans les parties inférieures, aux grès feuilletés très-micacés, noirâtres ou ferriferes, et contenant alors seulement des restes de corps organisés en grands bancs, d’autres fois disséminés au sein des couches. On voit que les fossiles se trouvent dans les terrains dévoniens seulement aux parties inférieures voisines des terrains siluriens, et si en Bolivia lon n'avait pas un caractère minéralogique constant pour reconnaître les deux formations, comme celui de ne montrer que des phyllades à l'époque silurienne , et que des grès à l’époque dévonienne, il serait difhicile de les distinguer. Par une singularité remarquable, soit que des éboulemens me les aient cachés, soit qu'ils n'existent pas, je n’ai pas vu une seule trace de corps organisés dans les terrains dévoniens de la province de Chiquitos, tandis qu'ils sont encore assez répandus dans les contre-forts de la Cordillère, puisque j'en ai observé à Achacaché, près du lac de Titicaca, sur le plateau bolivien; aux environs de Cochabamba; près de Totora et à Challuani, province de Mizque; dans les provinces de Tacopaya et de Yamparaes, département de Chuquisaca.
Les fossiles des terrains dévoniens sont donc à la partie inférieure des grès de cette formation toujours à l'état d’empreinte et par bancs très-étendus, mais très-minces, entre les feuillets des roches. Jai rapporté en France les fossiles suivans.
1. Voyez Partie géologique, p. 227, pour tous les détails relatifs à l'extension et à la composition des terrains dévoniens.
tologie.
Paléontologie.
MOLLUSQUES BRACHIOPODES
N° 11. TEREBRATULA ANTISIENSIS, d'Orb.
PI. Il, fig. 26-928.
T'. testd subsphæricd, inflatd, inæquivali, longitudinaliter costatd ; costis inæqualibus 4-inferné in medio elevatis; 5. in lateribus distinctis.
Dinensions : Longueur, 16 mill.; largeur, 13 mill.; épaisseur, 8 mill.
Coquille presque ronde, plus haute que large, épaisse, marquée, en dessus, en avant, d’une forte dépression, représentée en dessous par une saillie égale, sur laquelle quatre grosses côtes dentées sur le bord. De chaque côté de ces côtes et séparées par un intervalle large, il y en a cinq autres également saillantes, mais un peu plus petites. Avec ces côtes viennent se croiser quelques plis concentriques d'accroissement trèsmarqués, laissant une saillie en gradins. Les valves sont inégales, et le sommet, trèsgrand, est saillant et très-proéminent.
Rapports et différences. Voisine par ses côtes du Terebratula lacunosa, Schloth. : (Fossiles des terrains dévoniens de l’Eifel) , cette espèce s’en distingue nettement par ses quatre côtes plus élevées au milieu de la valve inférieure.
Localité. Jai recueilli cette espèce dans les grès dévoniens inférieurs, un peu ferrifères, des environs de Cochabamba (Bolivia). Elle y est à l’état de moule ou d’empreinte.
Explication des figures. PI. I, fig. 26. Coquille, vue en dessus, de grandeur naturelle.
Fig. 27. La même, vue de côté.
Fig. 28. La même, vue en dessous.
N° 12. TEREBRATULA PERUVIANA, d’Orb.
PI. Il, fig. 22-25.
T° testä subrotundatd, inflatd, inæquivali, longitudinaliter 12-costat4; costis elevatis, aculis; unco aculo.
Dimensions : Longueur, 22 mill.; largeur, 20 mill.; épaisseur, 14 mill.; angle apicial, 100°.
Coquille plus longue que large, renflée, ornée en long de douze côtes élevées, un peu anguleuses, presqu’égales entr’elles, mais plus larges au milieu, sans être plus saillantes. Les deux valves sont très-inégales et le sommet est fortement recourbé en bec.
Rapports et différences. Cette espèce rappelle, jusqu’à un certain point, le 7. ferita, de Buch, des terrains dévoniens de l'Eifel, tout en s’en distinguant par dix au lieu de neuf côtes, par ses côtes lisses, et non plissées et ponctuées, et par sa forme moins
anguleuse.
1. On à rapporté depuis à cette espèce des térébratules du terrain jurassique, qui en sont pourtant différentes.
pr
Localité. Je V'ai recueillie au sein des grès dévoniens inférieurs, sur les rives du Rio Paléonde Challuani, province de Mizque, département de Cochabamba (Bolivia). Elle est, RE soil à l’état d’empreinte, soit empâtée dans une roche noiràtre micacée, très-compacte.
Explication des figures. PI. W, fig. 22. Moule vu de profil.
Fig. 23. Le même, vu en dessous.
Fig. 24. Le même, vu en dessus.
Fig. 25. Coquille avec le test, vue de côté.
N° 13. SPIRIFER BOLIVIENSIS, d’Orb.
PI. 11, fig. 8, 9.
S. testd elongato-transversdä, utrinquè obtusd, longitudinaliter sulcat& : sulcis late-
ralibus 6 ornatd; valvd inferiore sinu mediocri.
Dimensions : Longueur, 18 mill.; largeur, 33 mill.; angle apicial, 139°; angle de la côte médiane, 12°.
Coquille très-allongée transversalement, son plus grand diamètre correspondant aux expansions latérales où à l’arête cardinale, qui est très-obtuse. Les arêtes latérales sont convexes et convergent vers le front; l’angle apicial est des plus ouvert. Elle est ornée au milieu d’un large sillon en dessus, et en dessous d’une côte arrondie saillante, dont l'ouverture est de 12°. Cette côte laisse un assez profond sinus à la partie antérieure de la valve inférieure. On remarque de chaque côté six côtes égales, larges, arrondies, qui divergent sans se bifurquer du sommet aux bords.
Rapports et différences. Sa longueur transversale, son arête cardinale prolongée et ses côtes rapprochent beaucoup cette espèce du Spirifer speciosus , Schlotheim, des terrains dévoniens de lEifel ; mais elle s’en distingue par ses côtes latérales égales entr'elles, au lieu d’être plus larges au milieu, et de diminuer de largeur, en approchant des extrémités latérales; elle s’en distingue encore par ses côtes au nombre de six, tandis que le Speciosus en a huit.
Localité. Elle s’est offerte à moi dans les couches inférieures des grès ferrifères dévoniens du Durasnillo, près du Rio Challuani, département de Cochabamba, et sur les coteaux de Tomina et de Tacopaya, département de Chuquisaca (Bolivia). On la trouve à l’état d’empreinte.
Explication des figures. PI. IH, fig. 8. Une valve supérieure de grandeur naturelle.
Fig. 9. Valve inférieure.
N° 14. SPIRIFER QUICHUA, d'Orb.
PL'TT/fh9.021, S. testä oblongo-transversd, subquadratd, utrinqué truncatd, longitudinaliter costatd : costis subæqualibus sex ornatä; valvd inferiore, latè sinuatd.
Dimensions : Hauteur, 26 mill.; largeur, 42 mill.; angle apicial, 155°. Coquille plus large que haute, transversalement oblongue, presque carrée dans son
Paléon- ensemble, dont le plus grand diamètre correspond à larête cardinale, qui est assez
tologie.
aiguë. Les arêtes latérales, d’abord presque verticales, forment une grande courbure vers le sinus. Elle est ornée au milieu, sur la valve dorsale, d’un large sinus, et de chaque côté de six grosses côtes arrondies, égales entr’elles.
Rapports et différences. Par sa forme un peu carrée dans son ensemble, par son large sinus, ainsi que par ses côtes, cette espèce se rapproche beaucoup du Spirifer bijugatus, de Buch, des terrains dévoniens des sources du Mississipi, Amérique du nord. Elle s’en distingue néanmoins par le manque des sillons du bourrelet, par sa forme plus large et plus proéminente sur ses côtés, et par des côtes moins nombreuses. Elle se rapproche aussi du $. ostiolatus des terrains de l'Angleterre par sa forme large, tout en différant par le nombre de ses côtes latérales.
Localité. Yai recueilli cette coquille dans les grès ferrugineux inférieurs des terrains dévoniens des environs de Tomina, département de Chuquisaca (Bolivia). Elle est à l’état d’empreinte
Explication des figures. PL. I, fig. 21. Empreinte vue sur la valve dorsale.
N° 15. ORTHIS INCA, d'Orb.
PI. II, fig. 10—12.
O. testä depressä, ovato - transversd, utringuè obtuso-rotundat4&, longitudinaliter tenuiterque striatis ; strits bifurcatis; valyd dorsali convexiusculd, valyd ventrali complanatd ; ared subrectd.
Dimensions : Largeur, 17 mill.; hauteur, 13 mill.
Coquille beaucoup plus large que longue, ovale, transversalement coupée, carrément sur l’area, légèrement arrondie, large et un peu carrée sur les côtés; arrondie en avant, très-peu convexe au sommet; valve dorsale peu convexe, également bombée partout; valve ventrale plane, ou même un peu concave en avant. Les deux sont ornées en long d’un très-grand nombre de stries ou de petites côtes serrées, toutes plusieurs fois bifurquées par d’autres petites côtes naissant au milieu des sillons qui les séparent.
Rapports et différences. Yrès-voisine par sa forme, par sa valve supérieure plane et par ses stries bifurquées, de l'Orthis Panderi, de Buch, des terrains dévoniens de Russie, cette espèce s’en distingue néanmoins très-facilement par ses stries bien plus fines, plus divisées, et par ses angles latéraux bien plus obtus et arrondis. Elle se rapproche aussi beaucoup d’un Ortkis que j'ai recueilli dans les terrains dévoniens de Ferque près de Boulogne (Pas-de-Calais) ; mais elle en diffère par les mêmes caractères que de PO. Panderi, et de plus par sa valve inférieure plane, au lieu d’être très-excavée.
Localité. Cette espèce est à l'état d’empreinte dans un grès noirâtre ou ferrifère, feuilleté et très-micacé de la Viña perdida, à l’est de la vallée de Challuani, province de Mizque, département de Cochabamba (Bolivia). Ses empreintes couvrent des plaques inmenses. |
Explication des figures. PI. Il, fig. 10. Individu grossi restauré.
Fig. 11. Les côtes bifurquées, prises sur lempreinte.
Fig. 12. Coquille vue de côté, pour montrer son épaisseur.
(39) N° 16. ORTHIS PECTINATUS, d'Orb.
PL. 11, fig. 13—15.
O. test& suborbiculari, longitudinaliter costatd; costis æqualibus simplicibus ; valva dorsali convexd; ared angulatd.
Dimensions : Longueur, 39 mill.; largeur, 38 mill.; angle apicial, 125°.
Coquille aussi large que longue, presque ronde, arrondie au bord antérieur des valves, presque anguleuse du côté du crochet, obtuse et arrondie sur les côtés; valve dorsale convexe, également bombée, ornée en long et très-régulièrement de côtes égales rondes, non bifurquées, qui partent du sommet et vont en augmentant vers le bord. Ces côtes sont au nombre de plus de soixante; elles sont croisées par quelques lignes d’accroissement éloignées.
Rapports et différences. Assez voisine de lOrthis ovata (Gonambites ovata, Pander) des terrains dévoniens de Russie, par sa valve bombée, par ses côtes simples, cette espèce s’en distingue bien nettement par son grand nombre de côtes et par ses côtés arrondis.
Localité. Cette espèce se trouve à l’état d’empreinte dans le grès quartzeux peu ferrugineux du terrain dévonien des environs d’Achacache, non loin du lac de Titicaca, département de la Paz (Bolivia). C’est sur le versant occidental de la chaîne du Sorata, aux parties orientales du grand plateau bolivien, à la hauteur de plus de 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Explication des figures. PI. IL, fig. 13. Coquille vue de profil.
Fig. 14. Les côtes, grossies.
Fig. 15. Coquille vue sur la valve dorsale.
N.° 17. ORTHIS LATICOSTATA, d’Orb.
O. test suborbiculari, longitudinaliter 13-costat& : costis latis subæqualibus; valvd dorsali, convexd ; valv& inferiori, pland.
Dimensions : Longueur, 9 mill.; largeur, 8 mill.
Coquille un peu plus longue que large, arrondie en avant, un peu anguleuse au crochet, arrondie sur les côtés. Valve dorsale convexe, mais beaucoup plus arquée vers le sommet que vers le bord; valve inférieure entièrement plane : les deux ornées en long de treize côtes larges, simples, arrondies, égales à leur intervalle. De ces côtes, une médiane, qui n’est pas plus large que les autres, forme le bourrelet en dessous, et s’en distingue par une légère dépression médiane longitudinale. On remarque plusieurs lignes d’accroissement, formant saillie les unes sur les autres.
Rapports et différences. Cette espèce me parait se rapprocher, par sa forme arrondie, par le petit nombre de ses côtes, de l’Orthis orbicularis (Productus orbicularis, Pander), des environs de Moscou; mais elle s’en distingue par ses côtes plus larges, par le petit nombre de celles-ci, ainsi que par ce singulier caractère du petit bourrelet, que partage
une dépression.
Paléontologie.
ÉCHINODERMES
N° 18. ACTINOCRINUS ?
PL. Il, fig. 3.
J'ai figuré sous ce nom une articulation de Crinoïde, qui se trouve à l’état d’empreinte au sein des mêmes couches de grès dévoniens que le n° 15, près du Rio de Challuani, département de Cochabamba (Bolivia).
Résumé géologique.
Les terrains de Bolivia, intermédiaires aux dernières couches siluriennes et aux premières couches carbonifères, que j'ai géologiquement rapportées au terrain dévonien de M. Murchison ou à la partie supérieure de la formation de transition, n’ont montré les espèces que je vais comparer, dans le tableau suivant, aux espèces d'Europe qui leur sont plus voisines ou identiques.
| ESPÈCES EUROPÉENNES ESPECES BOLIVIENNES. IDENTIQUES AUX ESPÈCES BOLIVIENNES
ou qui leur sont voisines.
Terebratula antisiensis, d’'Orb. . . . . . . . .| Terebratula lacunosa, Schl.; des terrains dévoniens de l'Eifel.
Terebratula peruviana, d'Orb. . . . . . . . .|T.ferita, de Buch; des terrains dévoniens de l’Eifel.
Spirifer boliviensis, d'Orb. . . … . . . . : . Spirifer speciosus , Schloth. ; des terrains dévoniens de l’Eifel.
Spirifersquiehua;, d'Or: FRERE PRE: Spirifer osteolatus ; d'Angleterre.
Orthis inca, d'Orb.. . . . . . . . . . . . .| Orthis (de Boulogne, Pas-de-Calais); dans le terrain dévonien.
Orthis pectinatus , d'Orb. . . . . . . . . . .| Orthis ovata ( Gonambites ovala , Pander) ; des terrains de Saint-Pétersbourg.
Orthis laticostata , d'Orb. . . . . . . . . . .| Orthis orbicularis ( Productus orbicularis, Pander ) ;
des terrains de Saint-Pétersbourg.
Aclinocrinus ? |
Des comparaisons précédentes il résulte que sur les sept espèces des terrains dévoniens de Bolivia, quatre ont la plus grande ressemblance avec des fossiles des terrains dévoniens de notre Europe, ce qui pourrait faire croire qu'ils appartiennent également à la même époque géologique. Alors les caractères paléontologiques et la position géologique rapporteraient bien aux terrains dévoniens toutes les couches de grès qui recouvrent les terrains siluriens et sont inférieurs aux terrains carbonifères. Du reste, j'ai trop peu de faits pour en déduire des conséquences plus générales.