‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 227 sur 233 · Géologie, p · texte numérisé non relu

Géologie, p

valeur, dont les traces évidentes se montrent partout sur les terrains dilu- Paléon-

viens du nouveau monde. Dans Pancien, elles se manifestent encore sur une infinité de points. Les buttes d’huîtres de Saint-Michel en lHerm en sont une preuve, de même que ces changemens de niveau des couches modernes des terrains quaternaires du nord de l'Europe: ainsi, en Amérique et en Europe, on rencontre, pour les derniers effets comme pour les premiers, une grande coïncidence de causes et de résultats.

Conclusions.

De la comparaison des faits paléontologiques, observés au nouveau monde et sur le sol européen, on peut déduire des conclusions d’une immense importance pour la solution des hautes questions générales de la géologie et de l’histoire chronologique de Panimalisation à la surface du globe. Ces conclusions les voici :

1. Les êtres, pris dans leur ensemble, ont, suivant l'ordre chronologique des faunes propres aux formations, marché, en Amérique comme en Europe, du simple au composé. Beaucoup de genres (les trilobites, les orthocères, les productus, etc.) ont, il est vrai, disparu complètement avec les terrains les plus anciens; d’autres, venus plus tard (les ammonites, bélemnites, turrilites , etc. ), se sont également éteints avec la fin des couches crétacées; mais les genres, de plus en plus multipliés, à mesure qu'on s'éloigne du premier âge du monde, ont été remplacés, durant la période tertiaire, par des mammifères plus parfaits dans leur organisation et par des formes animales, marines et terrestres, jusqu'alors inconnues, dont beaucoup sont représentées au sem de la faune actuelle.

2. Aucune transition ne se montrant dans les formes spécifiques, les êtres paraissent se succéder à la surface du globe, non par passage, mais par extinction des races existantes, et par le renouvellement des espèces à chaque époque géologique.

3. Les animaux sont répartis par zones, suivant les époques géologiques. Chacune de ces époques représente, en effet, à la surface du globe, une faune distincte, mais identique dans sa composition; ainsi les formations siluriennes, dévoniennes, carbonifères, triasiques, crétacées, tertiaires et diluviennes sont, en Amérique, les mêmes qu'en Europe, et y conservent, avec le même facies paléontologique, les mêmes formes génériques.

tologie.

Paléontologie.

4. Non-seulement il y a même facies dans les faunes perdues de Pancien et du nouveau monde, mais encore quelques espèces identiques communes prouvent leur complète contemporanéité.

5.” Cette contemporanéité d’existence qu'on remarque à d'immenses distances au premier temps de lanimalisation et jusqu'a l’époque où se déposaient les terrains crétacés inférieurs, semble dépendre d’une température uniforme et du peu de profondeur des mers, qui permettaient aux êtres nonseulement dy éprouver partout linfluence de la lumière extérieure, condition indispensable à leur existence, mais encore de se propager et se répandre sans obstacle d’un lieu à Pautre, ce qui ne pouvait plus avoir lieu dès que, par l'influence de Pinégalité de la température, le refroidissement de la terre d’un côté, les systèmes terrestres de soulèvement de Pautre, ainsi que les grandes profondeurs des océans, apportaient autant de barrières infranchissables à la zoologie côtière et sédentaire. On doit donc croire que luniformité de répartition des premiers êtres sur le globe tient autant à égalité de température déterminée par la chaleur centrale qu'au peu de profondeur des mers; tandis que le morcellement des faunes par bassins de plus en plus restreints, provient, en approchant de l'époque actuelle, du refroidissement de la terre, des barrières terrestres et marines, qui ont mis obstacle à Pextension des faunes riveraines. | |

6.” Si les faunes ont les mêmes points de séparation sur les deux continens, si elles s'arrêtent aux mêmes limites tranchées dans leur composition paléontologique, on devra naturellement en conclure que les divisions des formations ne dépendent pas de causes partielles, mais qu’elles proviennent de causes générales, dont l'influence se serait fait sentir sur le globe entier.

7. Apres l'examen des grands faits géologiques du nouveau monde, ces causes générales m'ont paru faciles à saisir: encore visibles dans les dermiers reliefs des Cordillères et dans la destruction des faunes qui en a été le résultat, je crois, par analogie, qu'on doit en déduire que Panéantissement partiel ou total des faunes propres à chaque étage ou à chaque formation provient toujours de la valeur des dislocations apportées à la surface du globe par le retrait des matières dû au refroidissement des parties centrales et aux perturbations que ces mêmes dislocations ont produites. Un système de 50 degrés de longueur, par exemple, comme celui des Andes, dont nous ne pouvons juger que le relief, sans être à portée de calculer l'étendue correspondante de son affaissement au sein du grand Océan, aura déterminé un tel mouvement dans les eaux, par suite du déplacement des matières, que Peffet en aura dû être

universel tant sur les continens qu'au sein des mers. Les premiers ont été ravagés par l'enlèvement des êtres terrestres; les seconds, par le transport des molécules terreuses, qui ont étouffé non-seulement les animaux libres des océans, en remplissant leurs branchies, mais encore les animaux côtiers et sédentaires, par le dépôt dont elles les ont recouverts : ainsi s'explique à la fois la séparation des êtres par étages et leur extinction à chaque grande formation géologique. |

8.” M. Elie de Beaumont a conçu la haute pensée que la fin de chaque période géologique était toujours produite par les reliefs des différens systèmes qui sillonnent le globe. On voit, des-lors, que les résultats paléontologiques généraux observés au nouveau et sur lPancien monde, viennent complètement corroborer cette opinion; mais il y a plus. Les résultats de ces dislocations étant aussi généraux sur le globe et s'étant manifestés à des distances immenses, on y doit rechercher les systèmes anciens où modernes, causes de Panéantissement des nombreuses faunes qui se sont succédé à la surface de notre planète. Lorsque, sur des points voisins du lieu où se manifestent aujourd’hui ces faunes distinctes, on n’en trouvera pas Pexplication par les systèmes, il faudra la chercher au loin, sur des points encore inconnus à la science, ou supposer que, si les systèmes terrestres en sont réellement la cause, il en est beaucoup qui ont pu être détruits par de nouveaux affaissemens. D'ailleurs les systèmes ne sont que la partie visible des dislocations du globe, tandis que la partie affaissée, peut-être plus considérable, étant le plus souvent recouverte, nous est et nous sera toujours inconnue. En résumé, la séparation par faunes distinctes des étages et des formations n’est que la conséquence visible des reliefs et des affaissemens de diverse valeur, de la croûte terrestre, dans toutes ses parties.

9. J'ai fait remarquer, par la répartition uniforme des mêmes: êtres que, jusqu’au commencement des terraims crétacés, la chaleur propre à la terre a détruit toute influence de latitude et de froid polaire. S'il n'existait pas alors d'influence atmosphérique sur la distribution des êtres à la surface du globe, toutes les faunes doivent certainement leur circonscription par formations aux grandes dislocations du globe. Ce ne serait que postérieurement au terrain crétacé que les influences de latitude auraient compliqué le morcellement par bassin, multiplié les faunes locales et détruit cette uniformité de répartition qu’on remarque dans les formations anciennes.

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III, Paléontologie. 29

Paléontologie.

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