‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 226 sur 233 · Idem, p · texte numérisé non relu

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bassins maritimes et des continens circonscrits. Alors apparaissent, pour paléon-

la première fois, au milieu d’une végétation active, de nombreux mammifères, et la mer se peuple d'animaux marins bien plus diversifiés dans leurs formes, mais plus restreints dans leurs faunes. Les mêmes espèces ne se retrouvent plus d’un côté à l’autre du monde; la température uniforme due à la chaleur centrale ayant beaucoup perdu de son intensité, les êtres sont plus circonscrits et composent, sous la même latitude et à très-peu de distance les unes des autres, des faunes locales souvent distinctes. C’est au moins ce que montrent les mers tertiaires de l'Amérique méridionale, séparées l’une de l'autre par une simple chaîne, celle des Cordillères, qui, sous la même zone, limite la faune du grand Océan de la faune de l'océan Atlantique. Tandis que, de chaque côté de la Cordillère, se succèdent un grand nombre d'êtres marins, comprenant des bulles, des natices, des fuseaux, des rostellaires , des olives, des vénus, des cardium, des arches, des trigonies et des pernes; des bois de conifères, des ossemens de mégamys et de toxodons, sont transportés des continens voisins dans les deux mers.

À en juger par la puissance des dépôts, les choses durent ainsi très-longtemps en Amérique, tandis qu'en Europe des couches tertiaires, également très-épaisses , se déposaient dans le bassin parisien, en y enveloppant un grand nombre d'êtres formant une faune distincte, quoiqu’elle soit, comme celle d'Amérique, composée d’espèces propres aux régions chaudes. Si les mers restent des siècles sans changer beaucoup de formes, les continens voisins ne sont pas moins favorisés. Avec des végétaux proportionnés sans doute aux mammiferes qui doivent s’en nourrir, existent au nouveau monde, pendant cette période, des mastodontes, des mégathériums, des mégalonyx, des toxodons et une multitude d’êtres terrestres, différens des faunes antérieures et de la faune actuelle. On observe en Europe le même fait: les mastodontes, les tapirs, les éléphans, les rhinocéros et tous ces grands animaux inconnus aujourd’hui, habitaient alors nos régions tempérées et froides. Le monde entier, quoiqu'il ne nourrisse plus des formes animales identiques, n’en offrait pas moins et partout des conditions égales pour Panimalisation, et une répartition uniforme d'êtres voisins par leur grande dimension et par leurs nécessités d'existence. G

Au milieu du calme apparent de cette animalisation active des continens et des mers, une nouvelle catastrophe a lieu. Un nouveau mouvement considérable se manifeste dans le système chilien. Les Cordillères, prennent un grand relief, en exhaussant et émergeant, à Pinstant où les roches trachy-

tologie.

Palon- tiques se font jour, le fond des mers tertiaires des Pampas et le littoral occi-

tologie.

dental. Non-seulement alors la faune marine paraît avoir été anéantie, mais encore l'impulsion donnée aux eaux de la mer envahit les continens, y entraîne tous les animaux, en les déposant, avec les particules terreuses, à toutes les hauteurs, dans les bassins terrestres et surtout dans cette immense dépression des Pampas, qui va devenir le grand ossuaire de cette faune terrestre. Alors aussi les os ou les mammifères entiers, lorsqu'ils n'étaient pas entraînés, étaient jetés dans les fentes des rochers ou dans les cavernes du Brésil. Si lon cherche ce qui s’est passé en Europe à la même époque, on y pourra peut-être rattacher Panéantissement des éléphans, des tapirs, des rhinocéros, des mastodontes et des autres animaux terrestres de races éteintes, qui se trouvent dans le limon de la Bresse, analogue à celui des Pampas, sous les conglomérats trachytiques de Auvergne, et ceux que des causes postérieures ont remaniés à la surface du sol européen. S'il en est ainsi, des faunes composées de grands animaux de races éteintes auraient habité simultanément l’ancien et le nouveau monde; et leur destruction sur les deux continens tiendrait à la même cause, à l'action d’un des reliefs des Cordillères.

Après cette catastrophe, le globe est peut-être resté inanimé long-temps avant que la puissance créatrice le couvrit de nouveau des végétaux et des animaux qui le peuplent aujourd’hui, en complétant son œuvre par l'être le plus parfait, l’homme, qu’elle appelle à dominer la nature entière. Au moins paraît-il certain que, s'il s’est manifesté depuis des mouvemens partiels à la surface de la terre, aucun n’a été assez puissant pour anéantir la faune actuelle. Les traditions d’un déluge qui se conservent chez tous les peuples du monde, depuis lEuropéen le plus civilisé jusqu'à l'Américain encore à demi sauvage dans ses forêts ou sur ses plateaux des Cordillères, ne seraient-elles pas le dernier souvenir de causes générales (la naissance des volcans) qui auraient amené les derniers changemens apportés à la surface du monde terrestre? En Amérique, au moins, ces changemens sont très-marqués, et l’on doit leur attribuer la sur-élévation au-dessus du niveau actuel des mers, des coquilles fossiles des côtes orientales et occidentales de PAmérique méridionale, et surtout des bancs de coquilles des Pampas, qui ne contiennent que des espèces actuellement vivantes dans les mers voisines. C’est à ce mouvement qu'on peut encore attribuer ces émergemens modernes d’inégale

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