La Salina del Colorado, située au sud du Rio Colorado
6.” Les Salinas de la péninsule de San-Jose, les plus vastes et les plus nombreuses de toutes. Dans ces dernières on trouve, comme à la Salina d’Andres Paz, de beaux cristaux de sulfate de chaux.
7. Une saline très-étendue, située à six lieues au sud du Carmen.
8.” Beaucoup de lieux moins riches en sel et que, dans le pays, on nomme sali-
trales; comme ceux de Punta Rasa, etc.
1. Ces mêmes cailloux sont charriés par le cours du Rio Negro. M. Cordier y voit des porphyres pétro-siliceux anciens, des grauwackes ou phyllades de la période phylladienne.
Ces salines, que j'ai pu étudier avec soin, ne sont point, comme on l’a cru en Eu- Gologie. rope, des mines de sel gemme; ce sont de véritables bassins remplis, au fond, de sel cristallisé. La description de ces salines, complètement identiques quant à leur figure, peut expliquer, en partie, la manière dont elles se sont formées. Toutes représentent, comme je lai dit, au milieu de plaines horizontales, une dépression ou dénudation des couches sur une profondeur de souvent quarante à soixante mètres au-dessous de la superficie du sol. Ces dépressions dessinent un bassin en pente douce, où la partie occupée par le sel a ordinairement le tiers au plus du diamètre, c’est-à-dire qu’il existe alors, tout autour, des pentes plus ou moins inclinées, convergeant vers le centre. Cette forme, le plus ordinairement oblongue dans le sens de la pente générale des terrains, depuis la Cordillère, me porte à adopter, pour leur formation, une hypothèse qui me paraît découler des faits. Je suppose d’abord qu’elles ont été creusées par des courans violens d'eau salée venant des Cordillères. Les formations les plus supérieures étant composées de terrains marins, partout éminemment imprégnés de sel, j'admets que le retrait subit des eaux y a laissé des eaux qui, n'ayant aucune issue, se sont trouvées retenues et ont formé des lacs d’eau salée bien circonscrits. Si ces lacs eussent été situés dans un pays humide ou moins sec que la Patagonie, au sein des Pampas, par exemple, ils seraient probablement restés sans cristallisation, comme ceux qu’on rencontre si fréquemment dans ces lieux; mais se trouvant, au contraire, dans une contrée où il pleut rarement, et dont la sécheresse est extrême, les eaux se seront promptement évaporées, en concentrant peu à peu, vers le fond, leurs parties salines; ou bien, s’augmentant journellement du lavage continuel des terres environnantes, par les pluies annuelles, elles ont enfin passé à l’état de cristallisation complète, qu’elles conserveront, sans doute, tant que l’atmosphère ne changera ‘pas. :
Pour compléter mes observations sur le terrain tertiaire patagonien, je n’ai plus qu’à en fixer les limites. Mes fréquentes conversations avec le pilote Don Gorge, qui avait fait la reconnaissance de toute la côte vers le sud, me donnent la certitude que toute la péninsule de San-Jose, au-delà du 42° degré de latitude sud, se compose des mêmes grès tertiaires qu'au sud du Rio Negro. Ce même pilote, ainsi que M. le capitaine Bibois, m'assurèrent qu’au port Valdes, situé sur la partie la plus avancée de la péninsule de San-Jose, ils avaient vu, à diverses reprises, un squelette presqu’enüer de baleine, dont les os saillaient au milieu de la falaise. Ils rencontrèrent aussi des huîtres semblables à celles que j'ai trouvées dans les falaises du sud. Une expédition faite de Buenos-Ayres en 1829, dans le but d'obtenir de la glace, me rapporta un oursin et des huîtres? fossiles du port de San-Julian, situé au 49.° degré de latitude sud. La comparaison que j'en fis avec celles de Patagonie, m'a fait acquérir la certitude de leur parfaite identité.
1. Ces opinions sont publiées, dès 1838 , dans la Partie historique de mon Voyage, t. Il, p. 129.
2. Ces huitres avaient été signalées depuis 1670, par le voyageur Narborough (Histoire des navigations aux Terres australes, t. IT, p. 18).
3 Cette espèce est déposée depuis 1834 dans les collections du Muséum.
Géologie.
Si je cherche d’autres preuves, je les trouverai dans les observations de M. Darwin, qui a vu beaucoup de points de la côte sud de la Patagonie, sur l'Océan atlantique. Ce savant rencontra, au port Desiré, au port San-Julian, au Rio de Santa-Cruz et jusqu'au détroit de Magellan, les mêmes terrains tertiaires recouverts par des galets.
Les limites du terrain tertiaire, eu remontant du littoral jusqu'aux Cordillères, me sont données par le voyage de Don Basilio Villarino, exécuté en 17822. Cet observateur voit les falaises du Rio Negro de mème composition jusque par le parallèle du 69." degré 30 minutes de longitude occidentale de Paris, c’est-à-dire bien au-dessus de Pile de Choleechel. Les premiers changemens qu’il remarque sont des collines élevées, couvertes de sable blanc, de petites pierres et d’une poudre blanche qui s’éboule et s'enfonce sous les pieds. Ces collines ou petites montagnes, elles-mêmes souvent coupées à pic sur le bord de la rivière, sont également blanches. IT arrive à des terrains plus fermes jusqu’au confluent du Rio Diamentino ou au-dessus, et trouve des pierres blanches dures, propres à bâtir. Je questionnai les Indiens pour savoir quel pouvait être ce terrain blane, et l’un d'eux, en me montrant des débris de ponceÿ, que je venais de recueillir sur les rives du Rio Negro, où ils avaient été apportés par le courant supérieur, me dit que ces collines contenaient beaucoup de ces roches. D’après ces renseignemens je croirais que les montagnes blanches, observées par Villarino, ne sont que des conglomérats poneeux de cendres trachytiques, semblables à ceux que j'ai reconnus, plus tard, sur le versant occidental des Andes, près d’Arica, et sur une surface immense du plateau bolivien, près de la chaîne occidentale. Pour les roches blanches dures, peut-être appartiennent-elles à la formation crétacée, qu’on a rencontrée près
du port Famine, au détroit de Magellan.
Résumé géologique de la partie septentrionale de la Patagonie.
Pour résumer mes observations sur le sol de la Patagonie, je dirai que je regarde tous les terrains tertiaires qui composent cette partie comme appartenant à une seule et même époque, le tertiaire patagonien, formé de dépôts marins, où sont néanmoins venus s'intercaler quelques restes organisés terrestres ou fluviatiles, charriés peut-être par des affluens. Ce terrain tertiaire, qui commence à paraître sous les argiles pampéennes, entre le 39." et le 40. degré de latitude sud, s'étend de là vers le sud, jusqu'au détroit de Magellan. Vers l’ouest, il s'approche beaucoup des derniers contre-forts des Andes, et forme, au nord, une large bande, qui suit, en dehors et au-dessous, les
argiles pampéennes, sans doute jusqu’au-delà du 27. degré de latitude sud.