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CHAPITRE VIII

Description géologique du plateau occidental de la Cordillère.

Loin de former une simple chaine continue, comme la figurent les géographes systématiques, la Cordillère, ainsi que je lai représentée dans ma carte de Bolivia!, constitue, à son sommet, un massif de deux degrés de largeur , borné à l’ouest par la crête de Cachun, et à l’est par les 4ndes proprement dites ou la Cordillère orientale de YHimani, qui s’abaisse ensuite à lorient , vers les plaines de Moxos, pour former le versant oriental. Entre ces deux chaînes se trouve une surface immense, divisée en deux plateaux. L’un à l’ouest, que je nommerai Plateau occidental, est élevé, terme moyen, de 4400 mètres au-dessus du niveau de la mer; l’autre, beaucoup plus vaste, ne l’est que de 4000. Je nommerai ce dernier Plateau bolivien. Pour mieux les décrire dans leur forme et dans leur composition géologique, je vais les traiter séparément; puis je me résumerai sur l'ensemble.

Le plateau occidental, dont je m’occuperai dans ce chapitre, est bordé à l’ouest par une crête que je gravis en remontant de Palca vers la Paz. Elle porte, sur ce point, le nom de Cachun, et est un peu plus élevée que le plateau; elle s’abaisse ensuite au sud , pour laisser passer, dans une de ses gorges, le Rio de Azufre, qui se rend à la mer sous le nom de Rio de Lluta. Le plus souvent cette crête forme, dans la direction du nord au sud, une véritable chaîne, qui représente à elle seule la Cordillère proprement dite; mais, par le parallèle du 20. degré, elle s’infléchit à l’ouest et prend alors la direction variable N. O. ou N. N. 0. au S. E. ou S.S$. E.

La crête occidentale reçoit, vers le 15.° degré, un bras qui la croise et unit, à l’est aux Andes, par un chaïînon dirigé au nord, tandis qu’au sud elle s'élève jusqu’au 21° degré, où elle reçoit, presque diamétralement à sa direction, un autre chaïînon, qui, se dirigeant à l’est-sud-est, va borner l'extrémité sud des plateaux et former le nœud argentin?, lequel se rattache au massif de montagnes de Salta et de Tarija.

A l’est, le plateau occidental est également borné par une chaîne dirigée nord-ouest et sud-est, qui prend naissance vers le 16 degré, s'élève peu à peu, et se couronne de pics coniques très-nombreux, surtout vers le 17.° degré de latitude sud (près du point où Je la traversai); puis elle s’abaisse tout à coup au sud du 17° 30/, et laisse alors passer, dans une large gorge, le Rio Maure, la plus forte rivière du plateau occidental. Au-delà du Rio Maure, la chaîne qui suit au sud-est s'élève de nouveau et

1. Voyez Carte géologique, n° 7, et pl. VIT, fig. 1, la coupe transversale des Cordillères. 2. Je l’appellerai ainsi, parce qu'il sert de limites entre les républiques Bolivienne et Argentine.

montre, au sud du 18° 20', quatre points élevés, dont les deux plus hauts, le San- Géologie.

Jama ou Sacama et le Gualalieri, sont coniques. La chaîne parait s’abaisser ensuite jusqu’au 20° 30’, où elle est croisée, à l’est, par le nœud de Porco; au sud, elle conünue jusqu’au-delà du 21. degré, où elle va se réunir au nœud argentin et termine le plateau de ce côté.

Le plateau occidental, ainsi circonserit, à l’est, par la chaîne que je désignerai sous le nom de Delinguil, et à l’ouest par la Cordillère proprement dite, commence au 16.° degré. Au point où je l'ai traversé (vers le 17° 20’), il atteint plus de quinze lieues de largeur; il se rétrécit ensuite jusqu’au 18° 30’, pour s’élargir de nouveau, de plus en plus, au sud, où, vers le 21° degré, il se sépare tout à fait de la Cordillère, en se dirigeant au sud-est.

Après en avoir indiqué la configuration par ses traits les plus saillans, je vais en décrire la composition géologique, en continuant mon itinéraire, interrompu à la côte de Cachun; itinéraire que j'ai suivi à deux reprises, en 1830 et en 1833, en passant de Tacna à la Paz,

De la côte de Cachun, élevée à peu près de quatre mille six cents mètres au-dessus de l'Océan, je descendis sur le plateau. J'avais en face, à deux lieues de distance environ, au milieu de la plaine, le Cerro du Tacora, cône trachytique?, tronqué et obtus, un peu moins élevé que le Chipicani, c’est-à-dire de plus de cinq mille mètres. Il est formé de deux pointes, entre lesquelles, et regardant à l’ouest, se trouve une forte dépression, un ravin où naît le io de Azufre, espèce de torrent fortement saturé de sulfate de fer et de sulfate d’alumine, dont les bords sont couverts de dépôts jaunàtres, et les eaux mortelles pour les animaux. M. Pentland a dit que ce ruisseau « a sa source « dans un volcan éteint, véritable solfatare, dont les vapeurs sont condensées dans « les eaux du ruisseau. ” M. Meyen#, qui a vu ce point, croit que le Tacora n'est rien moins qu'une solfatare. Il n’y a vu aucune trace d’éruption récente, ni aucun vestige de cratère, et je puis affirmer le même fait. Le Rio de Azufre prend ses eaux, chargées de vitriol ferrugineux et d’alun, dans une gorge où l’on trouve partout du soufre natif sur un trachyte décomposé, qui paraît former, à lui seul, tout le pic du Tacora. Pour que le Tacora eût été jadis un volcan, il faudrait que son cratère remontàt à l’époque des éruptions trachytiques, et personne, je crois, n'ayant encore démontré qu'il y ait eu de véritables cratères dans les trachytes, je me range à l’opinion de M. Meyen, pour repousser l’idée d’un cratère au sommet du Tacora.

Au nord du Tacora, séparé de la crête par une petite vallée, se montre une suite de hautes collines dirigées au nord-nord-est. À leur forme arrondie, analogue à la forme

1. On connait dans le pays, sous ce nom, l’une des montagnes de la chaine, près du point où passe le chemin de la Paz.

2, Toutes les roches trachytiques sont colorées en violet foncé et portent le n.° 3.

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