Nouvelles annales des voyages, 2 série, & XIV, p
4, Idem, 3. série, t. IV, p. 166.
Géologie. de toutes celles du plateau, je les crois composées de trachytes. Au sud s'étend une
7 vaste plaine couverte de blocs épars, appartenant aux roches trachytiques. Je la suivis quelques lieues, marchant continuellement sur ces mêmes débris jusque près de Tacora, village le plus élevé du monde peut-être, puisqu'il est à quatre mille trois cent quarante-quatre mètres! au-dessus du niveau de l'Océan. Là on aperçoit, au sud, la montagne du Niyuta, un peu moins élevée que le Tacora et beaucoup plus écrasée. Plus au sud, formant des pics isolés, à sommet obtus, on voit plusieurs autres montagnes, dont les pentes sont peu roides, sans anfractuosités, ni grandes aspérités. Ce sont des dômes analogues, pour la forme, au Puy-de-Dôme (Auvergne), et qui ne ressemblent, en rien, aux montagnes des Pyrénées et des Alpes. En un mot, le plateau occidental, dans cette partie, ne montre qu’une vaste plaine, sur laquelle s'élèvent, le plus souvent, isolément ou formant des chaînes dirigées au sud-sud-est, des mamelons plus ou moins hauts de figure toujours conique, et appartenant tous, sans aucun doute, à une même époque, ou au moins à un seul ensemble de faits, que je rapporte à celle des roches trachytiques.
Au sud et au sud-est du Tacora, jusqu’au passage de Gualillas, une plate-forme qui s'étend dans la plaine et descend des contre-forts du Tacora, présente des trachytes disposés presque par couches; d’autres points montrent des grès rouges ou des couches horizontales d’une roche composée d’hydrate de fer comme poreux, ou offrant l'aspect de traces de végétaux. M. Cordier, qui a bien voulu examiner cette roche, la regarde comme un accident du conglomérat trachytique, et le produit remarquable de leur stagnation. Ces couches sont recouvertes, au fond d’une large vallée comprise entre le Tacora et le Niyuta, par une terre végétale tourbeuse, où se voient partout des efflorescences salines, épaisses souvent de quelques centimètres. Ces efflorescences sont
.très-communes sur le plateau, et mon muletier, qui avait suivi la route de Potosi, et qui avait traversé le Despablado, ou les plaines qui continuent le plateau vers le sud, me dit les avoir retrouvées sur de très-grandes surfaces.
De la vallée du Tacora on monte graduellement, dans la plaine, jusqu’à une légère colline qui unit les chaînes du Tacora et du Niyuta, et forme le passage de Gualillas, élevé de 4520 mètres. À l’est-sud-est se remarque une large dépression sans issue, chargée des mêmes efflorescences salines, blanches comme de la neige, au milieu de laquelle est le lac d’Aracoyo, d’une demi-lieue environ de diamètre. Cette dépression a pour limite à l’est une légère colline de conglomérat ponceux?, qui la sépare du Rio d’Ochusuma ou d’Ancomarea, lequel descend des flancs du Chipicani et traverse tout le plateau, pour se réunir au Rio Maure.
J'avais en face le Chipicani ou Ancomarca, élevé de 5760 mètres au-dessus de l'Océan.
Cetie montagne conique ou, pour mieux dire, en demi-cercle, offrant une large ouverture,
1. Toutes les hauteurs précises que j'indique dans ce travail, ont été empruntées à l'Annuaire du Bureau des longitudes pour 1834, et observées par M. Pentland. 2. Les conglomérats ponceux sont colorés de violet clair et portent le n° 4.
est couverte de neiges perpétuelles, excepté sur les bords de sa dépression orientale, Géologie. où les pentes sont trop abruptes pour que ces neiges puissent y rester. Ces pentes, de couleur rouge-jaunâtre, sont sans doute, comme tout ce plateau, formées de tra-
chyte décomposé. M. Pentland® voit un cratère dans cette dépression orientale de la
cime du Chipicani. M. Meyen* combat cette opinion, en disant qu'on ne trouve,
sur le plateau, aucune trace récente de produits volcaniques, et qu’on n’y ressent aucun tremblement de terre. Si M. Pentland à voulu dire que le Chipicani est un volcan récent, je me joindrai à M. Meyen, pour croire qu’il n’en est pas ainsi, puisque rien n’annonce, en effet, qu'il y ait eu des déjections volcaniques sur la Cordillère; mais sil
veut parler d’un ancien cratère de l’âge du trachyte, c’est une autre question, à peu
près résolue par les géologues, qui n’admettent pas de cratères de cette époque.
Toutes les collines qui, en s’abaissant au sud vers la plaine, y viennent former les derniers contre-forts du Chipicani, sont composées de conglomérats trachytiques ou conglomérats ponceux, disposés en couches presqu'horizontales. Ces conglomérats, formant des falaises coupées perpendiculairement sur les bords de tous les cours d’eau, sont d’un beau blanc. Ils renferment une très-grande quantité de petits cristaux de quartz parfaitement terminés, et des morceaux de ponces plus ou moins volumineux. On trouve de ce point jusqu'au Rio Maure, c’est-à-dire sur cinq à six lieues, tout le sol couvert de ces mêmes conglomérats ponceux blanchätres, qui rendent la campagne uniforme el presque sans végétation. Ces conglomérats constituent, par endroits, de petits monticules, plus ou moins décomposés; d’autres fois leurs débris, dont les parties les plus légères ont été enlevées par les eaux, laissent à la surface une immense quantité de cristaux isolés de quartz, qui brillent au soleil et fatiguent beaucoup la vue. Dans la direction du sud-est on entrevoit, autant que l'éloignement le permet, des plaines semblables, terminées, à l'horizon, par cinq points élevés de la chaine du Delinguil, qui borde la crète orientale du plateau. Ces points forment surtout trois cônes très-obtus, qui, formés par le Sacama, se dessinent à l'horizon.
Le Rio Maure coule dans une large fente, que je crus avoir près de deux cents mètres de profondeur, creusée au milieu des couches presqu'horizontales de conglomérat ponceux et trachytique blanc, avec ses cristaux de quartz, et des bancs de porphyre basaltiques, violacés, épais de quelques mètres. La haute tranche des bords du Rio Maure offre une singulière alternance des conglomérats trachytiques et des porphyres. La couche supérieure se compose de conglomérats ponceux. Les bancs moyens de porphyre, puis les conglomérats trachytiques reparaissent. Cette alternance ferait croire que les conglomérats ponceux et les porphyres ont coulé ou ont été déposés l’un après l’autre, et qu'ils se sont ainsi successivement recouverts.
Du Rio Maure on monte constamment, sur une distance d'environ quatre lieues,
1. Cest également Popinion de M. Meyen. Loc. cit., p. 171. 2. Loc. cit., p. 33.