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La fontaine du milieu de la place de la Paz en est bâtie

Géologie.

Géologie. Comme je n’ai point vu ces roches, je ne puis rien dire de leur âge géologique; mais

le petit lambeau qu’elles paraissent former pourrait faire penser qu’elles sont le produit de déjections souterraines, ainsi que M. Leonhard l’a pensé de la plupart des carbonates de chaux.

Les plaines de Santiago se continuent à l’est jusqu'aux collines de San-Andres, composées de grès quartzeux grisàtre. Ces collines offrent deux chaînes parallèles, élevées tout au plus de cinquante mètres au-dessus de la plaine. La plus à l’ouest est formée de couches inclinées à l’est-nord-est, tandis que l’autre, éloignée seulement d’une lieue, plonge à l’ouest-sud-ouest'. Elles sont parallèles; leur direction est au sud, dix degrés à l’est; au nord, elles finissent à peu de distance du village de San -Andres, tandis qu'elles se prolongent sur une dizaine de lieues, vers le sud. Les grès qui les composent, grès à grains fins et très-durs, ne m'ont offert aucun reste de corps organisés. Je crois néanmoins devoir les rapporter au terrain dévonien?, par suite de considérations générales de superposition, empruntées à l’ensemble des faits géologiques.

Des collines de San-Andres on descend, de nouveau, dans une plaine semblable à celle de Santiago, également couverte de sable fin, et contenant un très-grand nombre de petits lacs salés ou de parties salées. Après avoir traversé environ cinq lieues de ces plaines, en descendant très-légèrement, on arrive au Rio Desaguadero , qui reçoit le trop plein des eaux du lac de Titicaca, et les porte, à travers toutes les plaines du plateau bolivien, jusqu'à un autre lac situé vers le 19.° degré, à plus de soixante lieues du premier. Le Desaguadero est donc, dans ma traversée du grand plateau bolivien, le point le moins élevé. Les bords de la rivière, en berges peu hautes, montrent une argile ou mieux un limonÿ rougeâtre, analogue au terrain des Pampas proprement dites. Cette analogie de teinte me fit chercher, avec soin, sur ses bords, et je trouvai effectivement un fragment d’ossement fossile. Plus tard, j’appris à la Paz qu’un médeein français, M. Durand, avait découvert, dans ces mêmes berges, un bon nombre d’ossemens de mastodontes (sans doute le Mastodontes Andii) ; mais je ne pus apprendre ce que ces restes étaient devenus. J’eus l’occasion, quelques années après, de traverser, sur plusieurs points, le Desaguadero au sud d’Oruro, et je retrouvai partout les mêmes limons rouges. La nature de ce limon, la forme extérieure des plaines couvertes de petits lacs, me donnèrent la presque certitude que le nivellement du plateau bolivien apparent à l’âge de cette formation tertiaire que j'ai appelée argile pampéenne", et que Je regarde comme le produit d’un des soulèvemens des Cordillères.

1. C’est au moins ce que ma mémoire me fournit, ayant cette fois oublié de noter la pente de ces collines.

2. Toutes les roches que je rapporte à l'étage dévonien sont colorées en jaune clair et portent let Ae

3. M. d'Omalius d’Halloy n’a fait remarquer que mon argile pampéenne était plutôt un limon minéralogique qu’une argile. Il en résulte que j’appellerai ce dépôt terrain pampéen, au lieu d’argile.

4. Voyez p. 81 et à laquelle je conserve le nom de terrain pampéen; c’est je crois l’analogue du limon de la Bresse. Ce terrain est encore coloré en vert d’eau et porte le n.° 12.

Au-delà du Desaguadero, je traversai quelque peu de plaine, de petites ondulations Géologie. sablonneuses et même de très-légères collines, où Je vis, sur le grès rouge, des argiles rougeàtres contenant des cristaux de gypse, ce qui me fit les rapporter à l'argile bigarrée. !

Je trouvai ensuite une petite vallée bornée à l’est par un des bras de la chaine de l’Apacheta de la Paz. Cette chaîne, suivant une direction nord-nord-ouest et sud-sudest, part des bords du lac de Titicaca (au 16. degré 30 minutes), non loin de lentrée du Desaguadero. Elle continue jusqu’au point où Je la traversai, et vers le sud jusque près de Curaguara (au 17.° degré 30 minutes); ainsi la longueur en est d’un peu plus d’un degré. Elle est formée de deux chaînes parallèles, très-rapprochées, laissant entr’elles une vallée très-étroite, où se trouve le village de Corocoro, si connu par ses mines de cuivre natif. De ces deux chaines, la plus orientale est la plus haute; elle s'élève, je crois, à quatre ou cinq cents mètres au-dessus du lac de Titicaca, autant qu’on peut en juger par approximation, soit par la vue, soit par le temps employé à la gravir, et constitue le point le plus saillant du p lateau d’où l’on domine l’ensemble.

Je traversai cette chaîne transversalement à sa direction, et voici ce que j’observai?: Le premier rameau est, comme je l'ai dit, un peu moins élevé que le second, composé de couches puissantes d’un grès quartzeux, souvent très-friable, d’une teinte le plus souvent rougeàtre. Je ny vis aucun fossile, mais beaucoup de traces de cuivre, soit à l’état d’oxide et comme infiltré entre les couches, soit disséminé par rognons, dans lesquels on trouve de nombreuses plaques à l’état natif5. L'ensemble de cette première chaîne s'incline fortement au nord-est.

La seconde chaîne, absolument identique à la première, quant à sa composition, et formée également de grès contenant du cuivre, s'élève à une plus grande hauteur. Ses couches, loin de plonger au nord-est, vont en sens inverse, C'est-à-dire au sud-ouest. Pour la traverser, je profitai d’une large fente transversale à sa direction. Cette fente est des plus remarquable, en ce qu’elle montre, à dix mètres environ d’écartement, deux parois perpendiculaires, dont les assises se correspondent parfaitement et dont la hauteur me parut de plus de cent mètres. Arrivé au sommet, je dominais l’ensemble du plateau, et je touchais, sans aucun doute, au point le plus élevé des plaines. Comme je nai rencontré, dans cette chaîne et dans un autre chaïnon parallèle, dont je vais parler tout à l'heure, aucun corps organisé qui puisse me guider sur leur âge, Je suis obligé, sans aucune preuve positive autre que la place occupée par les grès friables et rouges dans la superposition de l’ensemble, de les classer provisoirement parmi les terrains carbonifères.

Au-delà de la chaîne de l’'Apacheta de la Paz se trouve, séparé par une très-petite

1. Ces roches sont, dans la carte et les coupes, colorées en aurore foncé et portent le n.° 9.

2. Voyez la coupe transversale des Cordillères, pl. VIT, fig. 1.

3. Ces chaines sont, dans quelques endroits, si riches en cuivre natif, qu’il suffit, pour lextraire en morceaux plus ou moins gros, d’écraser le grès et de le laver. Le cuivre alors reste isolé. Jusqu’à présent les moyens de transport trop coûteux en ont empêché l'exploitation en grand.

Géologie. vallée, un troisième rameau parallèle, dont les couches, plongeant au nord-est, sont

7 composées d’une alternance de grès quartzeux rouges, et de poudingues renfermant principalement des cailloux porphyritiques. Cette petite chaine me paraît appartenir à la même époque que la précédente.

A l’est de cette colline, après une plain? sablonneuse d’une lieue de large, s’en montre une autre, parallèle dans sa direction à l’Apacheta de la Paz, mais composée d’un grès dur gris, analogue à celui de San-Andres, et qu’en conséquence je crois dévonien. Cette chaîne, à peine élevée de cinquante mètres au-dessus de la plaine, me parut formée de couches inclinées au sud-ouest. Elle se continue au sud, sur un demi-degré de longueur, jusqu'aux environs de 4yo-ayo. Après une seconde plaine sablonneuse; semblable à la première, et couverte, par endroits, d’efflorescences salines, se montre une nouvelle chaîne parallèle aux autres, également composée de grès dévoniens blanthätres durs, mais dont les couches plongent au nord-est. C’est cette seconde chaine (que j'appellerai colline de Viacha) qui, s'étendant au nord parallèlement à la première, et je dirai même à toutes les autres déjà traversées, en passant par le village de Zlocolloco, se dirige jusqu’à Tiaguanaco et Taraco, sur le bord du lac de Titicaca.

Au-delà, non loin du village de Viacha, élevé de 4250 mètres, j'avais à franchir six lieues d’une plaine presqu'horizontale non interrompue, qui me conduisit jusqu'au ravin où est située la ville de la Paz. Je foulai constamment un sol d’alluvion, couvert principalement de cailloux de grès, analogue à celui qui compose les deux dernières collines traversées. À quelques lieues plus au nord, cette plaine, en s’élevant peu à peu, vient se Joindre immédiatement à la Cordillère orientale, et tous les cours d’eau qui la traversent se dirigent au lac de Titicaca. Sur ce point un des cours d’eau, le Rio de la Paz, descend également de la Cordillère à l’ouest-sud-ouest ; mais, au lieu de prendre la même direction que les autres, il tourne brusquement à l'est-sud-est, se creuse un lit très-profond dans les alluvions, et suit parallèlement à la chaine orientale, jusqu'à ce qu'il se fraye un passage au pied de lflimani, pour . prendre ensuite la direction nord-nord-est, vers les affluens de l’'Amazone. Arrivé sur les bords du ravin dans le fond duquel est située la ville de la Paz (dont l’élévation est de 3717 mètres), je trouvai un escarpement qui me parut être de cinq à six cents mètres!, coupé en pente si rapide vers la vallée, qu’on a de la peine à le descendre. Cette tranche, que j'ai traversée plusieurs fois, montre, par lits horizontaux, des alternances d'argile, de sable, de cailloux divers non réunis, appartenant tous, sans aucun doute, aux alluvions. Je remarquai qu'aux parties supérieures les cailloux de grès dominent dans l’ensemble, tandis qu’ils sont remplacés, vers les parties moyennes, par

des cailloux de granite, de protogine et de greisen, dont les dimensions augmentent à

1. D’après les observations de M. Pentland, la Paz est à 194 mètres au-dessus du niveau du lac de Titicaca. Comme la pente est très-rapide, du sommet de la plaine jusqu’au lac, sur plus de douze lieues, je crois pouvoir en évaluer la hauteur totale à près de 600 mètres, d’autant plus que la plaine paraît plus élevée que le village de Viacha, dont le niveau est à 533 mètres au-dessus de là Paz.

mesure qu’on descend, et qui, dans le lit même du torrent, forment des blocs erratiques Géologie.

de trois ou quatre mètres de diamètre, dont les angles sont très-émoussés. Autour de la ville, bâtie sur ces anciennes alluvions, on trouve des alternats argileux, dont quelques parties ressemblent à du kaolin grossier.

Aux parties inférieures de ces couches d’alluvion, dans le ruisseau mème de la Paz et dans la ville, on trouve, très-souvent, de l’or en pépites. Des Indiens lavent, à cet effet, les sables de la rivière. À un kilomètre plus loin, en descendant la vallée au fond de la Quebrada de Potopoto, espèce de ravin qui vient de la Cordillère orientale, on exploite un lavage d’or très-riche. Le métal est, comme à Tipoani, en pépites ou en poudre, disséminé au milieu des couches d’alluvion. On l'extrait par le lavage?. L'or se trouve à l’état natif principalement dans les phyllades des flancs de lIlimani. Je lai vu dans les mêmes conditions, aux environs de Potosi. On pourrait croire, dès-lors, que ces phyllades schistoïdes, en contact avec les roches granitiques de la chaine, ont été détruits, sur quelques points, lors des anciennes dislocations de ces terrains, puisque les pépites sont généralement très-usées sur leur pourtour, ce qui annonce qu'elles ont été roulées long-temps avec les autres cailloux qui les accompagnent, et que les mineurs espagnols appellent Cascajos.

\. 2 De la Paz au sommet de la Cordillère orientale.

Pour ne pas interrompre ma description de la coupe des Cordillères, je vais continuer mon ilinéraire jusqu’au sommet de la chaîne orientale, en allant à Yungas, ce qui achèvera ma coupe transversale des plateaux. .

Si de la Paz on suit des yeux le cours tortueux du ravin, on le voit se creuser toujours davantage au milieu des alluvions, se perdre dans les innombrables détours des collines de même nature, au-dessus desquelles se dessine, comme un géant, la masse imposante de l’Ilimani, qui termine le tableau à l’est, et présente l’ensemble le plus sévère qu’on puisse imaginer.

De la Paz, foulant toujours les mêmes alluvions, je passai le ravin de Potopoto, où je vis, au milieu du ruisseau, beaucoup de blocs erratiques de roches granitiques. Audelà d’un second ravin, à trois lieues de la Paz, j'abandonnai le lit de la rivière pour m'élever sur la Cordillère. Je passai au village de Calacoteÿ, remontai vers le village d’Opaña, et de là jusqu’au sommet d’une haute côte entièrement composée d’alluvions identiques. Toutes les collines voisines et leurs ravins offrent le plus singulier aspect; les pluies les sillonnent profondément dans tous les sens et laissent, çà et là, des pyra-

1. Ces alluvions, ici d’une grande importance géologique, sont, dans les cartes et les coupes, colorées en brun et portent le n.° 11.

2. Le propriétaire de cette exploitation en retire quelques livres toutes les semaines.

3. J'ai donné, plus haut, l'explication de ce nom (voyez p. 117). Il vient également ici des amas de pierres roulées, restées sous forme conique, par suite des érosions.

UD Css. 16

Géologie. mides coniques, des pointes aiguës, dont l’ensemble présente, dans sa sévérité, quelque

chose de très-pittoresque et de très-grandiose. Les cailloux de grès dévonien deviennent, en ce lieu, plus fréquens, et J’apercevais déjà, au loin, ces roches en position dans les contre-forts de la Cordillère. Néanmoins, je descendis sur des galets roulés, jusqu’au fond d’un nouveau ravin, celui de las Animas. Le sentier suit le lit même du torrent, où, pendant près d’une lieue, s’offrit à moi l’aspect géologique le plus curieux. Le ravin s’est creusé, dans le sable rougeñtre et les lits horizontaux de cailloux non agrégés, qui me paraissent louJours appartenir à cette grande masse alluviale, une fente étroite, dont les parois, de plus de cent mètres, sont presque perpendiculaires et s'élèvent comme de hautes murailles de l’aspect le plus sauvage. Dans ce gouffre étroit, où le soleil n'arrive qu'au milieu du jour, se remarquent les mêmes accidens que les

eaux produisent sur les montagnes voisines, mais avec des formes plus extraordinaires. Des flèches ou des tours d’une grande hauteur, ordinairement formées par une grosse pierre qui se trouve en dessus, menacent à chaque pas de s’écrouler sur la tête du voyageur. Au sortir de ce défilé, au confluent du ruisseau de las Animas avec le Rio de Palca, qui descend de la Cordillère, je gravis, à l’est, une petite colline encore composée d’alluvions. C'était, du reste, le terme de ces terrains meubles, les montagnes des environs de Palca n'ayant montré partout des roches stratifiées. En réfléchissant sur cette énorme masse d’alluvions, je ne pus me l'expliquer, qu'en y appliquant une idée de M. d’'Omalius d'Halloy, qui voit, dans ces vastes surfaces de débris, des mélanges de fragmens de roches soulevées, et des parties de la roche soulevante, mélangées à l'instant où l’ensemble a pris son relief, et chassées de chaque côté de la chaîne. .

A en juger par sa température et par sa végétation, le bourg de Palca, situé à trois lieues du sommet des Andes, est au moins aussi élevé que Viacha; dès-lors, il serait à plus de 4200 mètres d’élévation au-dessus du niveau de l'Océan. Il est bäti au fond d’une vallée profonde, dominée sur ce point, de chaque côté, par des montagnes de grès gris quartzeux, analogue à celui de San-Andres et des collines de Viacha. Il forme des couches épaisses, dont la pente générale est à l’ouest. Ces grès, que leur position me fait rapporter aux terrains dévoniens, ont ici une très-grande puissance, mais ne me montrèrent aucun fossile. Ils reposent en couches qui me parurent discordantes sur des phyllades schistoïdes noiratres, très-friables, qui composent les montagnes, à deux lieues de Palca, en remontant vers le sommet des Andes, mais qui se remarquent sous les grès au fond de la vallée, bien plus près du bourg. Ces phyllades schistoïdes, dont les couches très-tourmentées sont également inclinées à l’ouest, passent à un phyllade dur micacé, fortement relevé et qui repose immédiatement sur les roches granitiques formant, en cet endroit, le sommet des Andes. Je rapporte ces phyllades à l’époque silurienne. 1

Ce point de la crête des Andes, sur le chemin de la Paz à Chulumani (Yungas),

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