CHAPITRE IX
Description géologique du grand Plateau bolivien.
(Voyez la Carte géologique de la Bolivia, pl. VIE, fig. 1, 2, 3.)
Le plateau bolivien, infiniment plus vaste que le plateau occidental, mais ayant la même direction générale sud-est et nord-ouest, est bordé à l’ouest par la chaîne du Delinguil, que j'ai décrite, et à l’est par la chaine des Andes ou Cordillère orientale. Celle-ci reçoit, au 15.° degré, un chaïnon transversal, qui borne le plateau au nord. Si, de ce point, je suis les Andes, en marchant vers le sud, je verrai la chaine principale sur laquelle s'élèvent le Sorata ou Ancumani et lilimani?, bordée d'un chainon parallèle, qui commence au 15 et finit au 16. degré de latitude sud. Entre ces deux chaînes coule le Rio de Sorata, qui se fait ensuite jour à travers la Cordillère même, et s'échappe à l’est, vers le Rio Beni. Du point où la chaîne est ainsi traversée (au 15.° degré), elle se dirige au sud-est, s'élève de plus en plus, jusqu’au Sorata ou Ancumani, qui atteint 7696 mètres de hauteur absolue; puis elle s’abaisse encore pour s'élever de nouveau et donner naissance à l’Ilimani, dont la cime est à 7315 mètres. Au sud-est de lIlimani elle est tout à fait interrompue et laisse passer le Rio de la Paz, qui, de même que le Rio de Sorata, prend sa source à l’ouest des Andes, et profite d’une large interruption pour se diriger également à l’est, vers le Beni, et de là vers l’Amazone, Au sud de l’Ilimani commence une nouvelle chaine, qui borde le plateau en se dirigeant également au sud-est, depuis le 16." degré jusqu’au 17° 30', où elle s’interrompt et reprend comme bordure du plateau, en formant les premiers points des contre-forts de Potosi, qui continuent jusqu’à la ville de ce nom, où se termine le plateau par le nœud de Porco, au 20. degré de latitude sud,
Le plateau bolivien commence donc au 15.° et se termine au 20.° degré; sa direction générale est nord-ouest et sud-est; sa largeur moyenne d’un degré quinze minutes , ou trente et une lieues, s’élargissant souvent beaucoup plus. Comme ce plateau est loin d’être aussi simple dans sa composition géologique que le plateau occidental, je crois devoir suivre mes divers itinéraires marqués sur la carte de Bolivia, en décrivant minutieusement tout ce que J'ai vu, avant d'entrer dans les détails généraux qui en
seront le résumé.
2. M. Pentland (Nouvelles annales des Voyages, 2 série, t. XIV, p. 22) dit qu’elle court nord et sud. Ce n’est pas la direction que je lui ai trouvée.
Ÿ. 4. Traversée du plateau occidental à la Paz.
En descendant la côte du Delinguil, où je suis resté dans ma traversée de la Cordillère de Tacna à la Paz, je retrouvai bientôt, sur les flancs de la montagne, des conglomérats ponceux identiques en tout à ceux du plateau occidental. Ils se montrèrent jusqu’à Calacote! sous toutes les formes, soit en cônes aigus, blanchâtres, soit comme des tourelles séparées à côté de la masse, ces roches ayant été emportées, sillonnées et fractionnées, sur beaucoup de points, par des érosions postérieures à leur dépôt, qui paraît avoir été horizontal. C’est surtout au sud du chemin que les conglomérats sont ainsi divisés; au nord, ils se montrent encore sur la pente des montagnes de la crête et sont dominés par les pics mêmes de la chaîne, qui offrent autant de cônes trachytiques à sommet obtus. En d’autres endroits, les conglomérats trachytiques constituent des couches dont la tranche s'élève en falaises près des cours d’eau. Je retrouvai, sans interruption, les conglomérats ponceux blancs sur toutes les collines qui forment les derniers points de la pente des montagnes jusqu’au village de Santiago, et je dirai même que les détritus de cette roche couvrent encore la plaine sur une grande surface au-delà des derniers terrains ondulés. On peut dire aussi que les conglomérats ponceux occupent, au pied de la chaîne du Delinguil, une large bande que je devais retrouver, plus tard, dans la province de Carangas, jusque bien au sud du 18.° degré.
Lorsqu'on abandonne les terrains accidentés, on se trouve au milieu de la plaine de Santiago, couverte de sable, et sur laquelle sont disséminés de petits lacs d’eau salée ou des places couvertes d’efflorescences de sulfate de soude. Ces plaines, larges de trois à quatre lieues, qui ont tout à fait l'aspect du sol tertiaire des Pampas, et qui sont également couvertes de dépressions, s'étendent, au nord, sur une large bande qui se continue près du lac de Titicaca; au sud, elles se montrent également et communiquent avec les autres plaines uniformes, qui couvrent une si grande surface entre les collines plus anciennes, dont le plateau est sillonné en long.
Dans la plaine de Santiago, près du village de Berenguela, au pied même des conglomérats trachytiques, se remarque une roche formant une nappe très-étendue, d’un mètre de puissance, sur une largeur de quelques mètres, composée d’un carbonate de chaux fibro-lamellaire, d’un beau blanc transparent, qui, dans le pays, sert, une fois scié en plaques et poli, à faire des vitraux d'église et des tables très-estimées. C’est en effet un albâtre magnifique?, dont on pourrait tirer le plus grand parti dans les arts.
1. Calacote ou mieux Calacoto, mot de la langue aymara, se compose de cala, pierre, et de coto, amas , tas, réunion; ainsi, littéralement Calacoto veut dire les tas de pierres, nom parfaitement appliqué, tous les environs étant formés, par suite de dénudations, de petits pics de conglomérats trachytiques.