‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 57 sur 233 · C’est aussi opinion de M. d'Omalius d’Halloy · texte numérisé non relu

C’est aussi opinion de M. d'Omalius d’Halloy

Géologie.

galets, vers deux petits mamelons isolés, que j'apercevais près de la ferme de Yarbichambi : l’un d’eux, le plus méridional, élevé au plus de quarante mètres, me montra une suite de couches inclinées au sud-ouest, composées de grès rougeûtres assez friables, et vers les parties moyennes des bancs d’un demi-mètre d’épaisseur de grès calcarifère compacte, jaunâtre ou rosé, pétri de fossiles de l’époque carbonifère ou ancien calcaire de montagne. À la partie supérieure de cette couche, parmi les parties décomposées par l’action des agens atmosphériques, je recueillis, à la superficie du sol!, un grand nombre de fossiles bien conservés, parmi lesquels se trouvaient les espèces suivantes :

Solarium antiquum, d'Orb., pl. I. P. boliviensis, d’Orb., pl. IV.

Pleurotomaria angulosa, d'Orb., pl. IE. P. Gaudryi, d'Orb., pl. IV. Solarium perversum, d'Orb., pl. TE. P. variolata, d’'Orb., pl. IV. Natica buccinoides, d'Orb., pl. HI. P. Villiersi, d'Orb., pl. IV. Natica? pl. HE. P. Andü, d'Orb., pl V.

Pecten Paredezü, d'Orb., pl. HE. P. Humboldtit, d'Orb., pl. V. Trigonia antiqua, d'Orb., pl. I. P. cora, d'Orb., pl. V. Terebratula And, d'Orb., pl. HT. Spirifer condor, d'Orb., pl. V.

T. Gaudryi, d'Orb., pl. HT. S. Pentlandi, d'Orb., pl. V.

T. Cruzü, d'Orb., pl. HT. Turbinolia striata, d'Orb., pl. VI. T. cora, d'Orb., pl. HT. Retepora flexuosa, d'Orb, pl. VI. Productus inca, d'Orb., pl. IV. Ceriopora ramosa, d'Orb., pl. VI.

P. perwianus, dOrb., pl. IV.

J'avais donc réuni, en quelques instans, vingt-cinq espèces de fossiles à Yarbichambi. Ces fossiles, tout en différant spécifiquement des fossiles de même époque en Europe, ressemblent pourtant si fort par leur facies aux espèces des terrains carbonifères du Boulonais, de Visé (Belgique), etc., qu’au premier aperçu on serait tenté de croire que ce sont les mêmes espèces; néanmoins, les deux faunes sont spécifiquement très-différentes, tout en se ressemblant beaucoup pour les formes. Ce nombre de fossiles n’avait pas seulement, pour moi, un grand intérêt paléontologique; je concluais encore, avec certitude, de leur réunion en couches concordantes avec les grès rouges friables, que ces grès devaient appartenir à la même époque carbonifère, dont ils étaient là une dépendance. C’est

l’observation de ce point qui me fait rapporter tous les grès rouges, supérieurs et en

stratifications discordantes avec les grès gris, à l’époque carbonifère, tandis que ces mêmes grès gris, intermédiaires entre cette formation et les couches de phyllades, qui sont bien de la formation silurienne par les fossiles, je les regarde comme devant être dévoniens.

De Yarbichambi, je revins directement à la Paz, en traversant, sans interruption, des plaines en pente, qui descendent de la Cordillère; elles sont couvertes de morceaux soil anguleux, soit roulés, de grès dévonien, qui se montrent à découvert

sur les flancs de la montagne, à quelques lieues au nord de la Paz, et qui doivent se

1. Je n’eus, pour faire cette récolte, que quelques heures, pendant lesquelles encore j'avais le frisson de la fièvre. Je crois qu’on peut y réunir un bien plus grand nombre de fossiles. C’est, sous ce rapport, le lieu le plus remarquable de toute la Bolivia.

(127) trouver sur tout l’intervalle compris entre ce point et Palca, où je les ai également ren- Géologie. contrés dans la même position. La chaine orientale, que je longeai constamment dans ce trajet, me donna, par la forme de ses pics très-accidentés, la conviction qu’ils devaient appartenir aux roches granitiques que j'avais aussi trouvées au sommet de la chaine, à Palca. C’est tout à fait l’aspect du Mont-Blanc dans les Alpes.

Ÿ. 4. De la Paz à Oruro.

Jai traversé longitudinalement tout le grand plateau bolivien de Potosi à la Paz, c’est-à-dire du 16° jusqu’au-delà du 19.° degré sud. Je vais maintenant décrire cette étendue, en partent de la Paz. De la colonne placée sur le sommet des alluvions de la Paz, je traversai la plaine couverte de galets de grès dévoniens, jusqu’à la Ventilla (six ou sept lieues), où je rencontrai d’autres grès identiques, qui me parurent en couches peu inclinées au nord-est. Ces grès se montrèrent sur toute la chaîne de hautes collines qui, à l’est, borde la plaine; seulement, près de Calamarca, au point le plus élevé, la chaine, paraît interrompue, sur un court espace, de roches trachytiques, qui Y représentent quelques sommités !. Du reste, la plaine est partout semée de morceaux de ces grès dévoniens dont les couches viennent aussi former, à l’ouest, la continuité d’une des collines traversées à l’est de l’Apacheta de la Paz?, et qui s'achève près du villagé Ayo-ayo, à plus de vingt lieues au sud de la Paz. On en voit encore derrière, à l’est d’Ayo-ayo, et quelques-uns de leurs mamelons se voient encore à l’ouest, au milieu de la plaine argileuse, jusqu'à quelques lieues au-delà de Viscachani.

À une lieue avant d'arriver à la poste de Chieta, Je vis, au faîte de la chaîne orientale, une sommité que mes muletiers appelaient un volcan, mais qui me parut être tout simplement un point trachytique comme celui de Calamarca. Du reste, quoique je marchasse toujours sur des débris de grès, la chaîne orientale, de ce lieu jusqu'audelà de Sicasica, c’est-à-dire jusqu’au 17. degré 30 minutes de latitude sud, me parut, de loin (car je n’ai pas pu l’approcher), composée, par intervalles, de roches trachytiques qui ont disloqué le grès dévonien, ou ont profité de leurs dislocations pour venir jeter quelques coulées sur les montagnes.

À quatre kilomètres avant d'atteindre Sicasica, la plaine se trouve interrompue, à l’ouest, par une colline de quelques lieues de long, élevée peut-être d’une centaine de mètres au-dessus de la plaine, qui, dirigée à l’est-sud-est, est composée de roches porphyritiques, paraissant soulever les grès dévoniens dont les débris couvrent toute la plaine. On exploite plusieurs mines d’argent très-riches, soit dans la colline de Sicasica, soit dans la chaîne orientale, qui en est peu éloignée.

De Sicasica, l’un des points les plus élevés du plateau, on descend bientôt, après

1. Cest ce que je crus apercevoir par la teinte de la roche, et ce qui me fut confirmé par les mineurs du pays.

Page 1