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Voyez p. 120. On peut aussi la suivre sur la carte

( 128 ) Géologie. avoir passé près de petites collines de grès à l’est-sud-est, dans une vaste plaine qui, au sud, s'étend jusqu’au cours du Desaguadero. Cette plaine est partout couverte de cailloux de grès dévoniens très-roulés, qui non-seulement jonchent le sol, mais encore sont, en grand nombre, charriés par tous les cours d’eau descendant de la chaine orientale, qui suit toujours, à peu près, à la même élévation. Je crus, dès-lors, que ces grès devaient en composer l’ensemble. J’arrivai ainsi au Reducto, situé au milieu de la plaine sur des argiles rougeàtres, couvertes, par endroits, d’un peu de sable fin.

On remonte du Reducto à l’est-sud-est, en marchant sur des plaines d’abord sablonneuses, puis couvertes de cailloux anguleux ou roulés de grès dévonien, jusqu’à des collines détachées de la chaîne orientale, mais formant deux chaïinons suivant une ligne parallèle à celle-ci. Les couches de grès gris compacte qui composent les deux collines, entre lesquelles je cheminai plus de six lieues, paraissent plonger sous une forte inclinaison au nord-est. À trois lieues environ avant d’arriver au bourg de Caracollo, on commence à descendre vers une vaste plaine, en foulant d’abord des galets de grès, puis des argiles rougeûtres. La chaîne orientale s'éloigne davantage de la route suivie, tandis que l’une des collines dont je viens de parler, qui reste toujours à l’ouest, s’écarte aussi en se dirigeant au sud-sud-est.

La plaine de Caracollo, élevée de 3870 mètres de hauteur absolue, est couverte d'argile rouge de la même couleur que le limon pampéen, analogue à toutes celles qui couvrent les environs du Rio Desaguadero, et en général tout le nivellement du grand plateau bolivien; cette plaine s'étend largement au sud, et couvre une immense surface à l’est vers Paria, tandis qu’elle est bornée, par intervalles, à l’ouest, de légères collines de grès dévonien, jusque par le parallèle du village d’Atita, situé à trois lieues au sud-sud-est de Caracollo. Le chemin se rapproche, de nouveau, des collines de l’ouest qui, dans cet endroit, forment un petit lambeau entièrement séparé du reste, et infiniment plus élevé, c’est-à-dire de peut-être soixante mètres au-dessus de la plaine. Cette colline, d’une lieue de longueur, dirigée au sud 30° à l’est de la boussole, m'intéressa beaucoup, en ce qu’elle me montrait des couches presque verticales, ou du moins fortement relevées et plongeant à l’ouest-sud-ouest, composées, pour .les plus inférieures, de phyllade schistoïde noirâtre, analogue à ceux que j'ai trouvés au-dessus de Palca, sur le versant occidental des Andes orientales, et que je rapporte au terrain silurien. Des grès dévoniens durs, d’une grande puissance, lui sont superposés.

Au-delà de cette colline, en suivant toujours la même direction (sud 30° est), on traverse, pendant deux lieues, des plaines couvertes d'argile rouge, fortement imprégnées d’efflorescences salines, et donnant naissance à toutes les plantes qu’on ne trouve ordinairement que sur les plages maritimes des côtes; ce sont des salicornes et des soudes. Le sel marin paraît former en larges nappes une légère pellicule à la surface du sol. Cette plaine communique à l’ouest avec les plaines plus vastes encore qui couvrent tout le centre du plateau.

Après la plaine, commence une montagne assez élevée, à laquelle est adossée la ville d'Oruro. Cette montagne paraissant être la continuité des collines situées à l’ouest de

Caracollo, et de celles d’Atita, puisqu'elle suit, en tout, la même direction au sud 30° Géologie. ouest, est néanmoins beaucoup plus élevée, se trouvant à plus de cent mètres au-dessus de la plaine. Elle représente un groupe isolé d'environ deux lieues de longueur. La grande richesse de ses mines a déterminé les premiers Espagnols à la choisir pour site de la ville d'Oruro, qui parut long-temps rivaliser avec Potosi pour son minerai d'argent, exploité par amalgame; mais, comme les filons qui la renfermaient étaient presque verticaux, on s’est assez promplement vu gagner par les eaux. Cette circonstance, jointe à la mauvaise direction des travaux, les révolutions politiques, et surtout, par suite de l’imperfection des galeries, limpossibilité d’y placer des machines propres à se débarrasser de l’eau, ont forcé d'abandonner toutes les mines d'argent; abandon qui a fait tomber la ville, menacée de n'être bientôt plus qu'un simple village. On n’exploite à Oruro qu’un riche filon d’étain du sommet de la montagne; filon composé d’étain sulfuré presque pur, souvent cristallisé. Les produits en sont immenses, et c’est maintenant le seul retour avantageux, vers la côte, des troupes de mules qui transportent des marchandises étrangères dans l’intérieur.

La montagne d’Oruro se compose de trachyte! gris, très-poreux, ou, suivant M. Cordier, de porphyre pétrosiliceux, souvent décomposé et chargé de pyrites de fer. Cette roche, très-variable dans sa couleur, et très-caverneuse, renferme, comme on la vu, un grand nombre de filons argentifères , d’étain, de plomb, de fer oxidé ou sulfuré. On trouve de plus des conglomérats formés d’une pâte argilo-quartzeuse, avec fragmens de phyllade, qui contiennent de l'argent et sont encore exploités; ils donnent {4 marcs au cajon?. Au nord-est de la montagne, près de la ville, on remarque des masses énormes de fer hydraté, souvent irisées sur leurs cassures.

Les fragmens de phyllade trouvés dans le conglomérat qui contient de l'argent, me feraient supposer que les roches trachytiques du Cerro d’Oruro auraient percé les phyllades ou causé le redressement des couches des collines d’Atita, qui suivent la même direction. Cette opinion me paraît d'autant plus admissible, qu'à une très-petite distance à l’ouest-sud-ouest existe une seconde chaine de montagnes, beaucoup plus vaste que celle d'Oruro (au moins de trois lieues de long), dirigée au sud-est. Elle montre, à la partie inférieure, les phyllades en position, tandis qu'à l’ouest les grès reposent dessus; ainsi, des trachytes porphyritiques qui n’ont pas coulé en nappes, se seraient néanmoins fait jour entre les dislocations des roches de sédiment, et auraient formé des

masses isolées, dans la direction générale de ces grandes lignes de dislocation au sud-est.

Ÿ. 5. Traversée du plateau d'Oruro à la Cordillére occidentale.

D'Oruro, pour mieux connaître le plateau bolivien, je voulus le traverser, sur ce point, transversalement à sa longueur, afin de comparer cette nouvelle coupe avec

1. Détermination de M. d’Omalius d’Halloy sur les échantillons que j'ai déposés au Muséum. 2. Mesure du poids de 5000 livres espagnoles.

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