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III. Géologie

Géologie.

(178 ) jusqu’à Cuchi-huasi. Près de ce dernier lieu, les argiles sont souvent à nu; et, disséminés dans la campagne, les quelques blocs de grès encore en place, y présentent le plus singulier aspect. Les eaux ont emporté et dénudé les argiles. Il s'ensuit que chaque bloc de grès garantit l'argile qui est dessous de l’action des pluies; et ceux-ci restent ainsi élevés, comme des monticules. Ces terrains s’achèvent un peu avant qu’on w’atteigne la chaine de montagnes qui borde le plateau à l’ouest.

Cette chaîne, dont je suivis la sommité jusqu’à la Quebrada honda, me parut être entièrement composée de grès dévoniens, en couches plus ou moins compactes, souvent presque horizontales, de couleur blanchâtre. Néanmoins, à la Quebrada honda ces grès sont blancs ou rouges, et leur hauteur peut être de cent mètres de puissance. Cette différence de teinte n’a pas lieu dans le sein des couches, mais bien par filons présque perpendiculaires. On y voit le grès blanc traversé, de haut en bas, de larges veines rouges ou violacées, qui s'étendent des parties supérieures aux inférieures, sur toute l'épaisseur des grès. Au fond du ravin, ces grès reposent sur des phyllades schistoïdes noirâtres, en feuillets, passant à des phyllades à cassure rhomboïdale, traversés de filons de quartz blanc. Ces dernières roches, qui appartiennent à la formation silurienne, paraissent se montrer sur tout le cours du Rio de Juancapita, jusqu'au Rio Pilcomayo; cest au moins ce que m’assura le maître de poste de la Quebrada honda.

Au-dessus de la Quebrada honda, sur tout le sommet de la chaîne, je retrouvai les grès dévoniens de couleur jaune, rougeàtre, en couches presque horizontales; ces mêmes roches composent aussi toutes les sommités élevées de Lagunillas, où elles forment un petit lac retenu par une légère colline, et tous les terrains jusqu'’auprès du Rio de Chorillo, où les roches phylladiennes reparaissent.

Avant d'arriver à cette rivière, je remarquai une transition subite, et n’aperçus plus que des roches porphyritiques?, très-variées dans leurs teintes, mais le plus souvent violacées. Le lit du Rio de Chorillo me les montra sur plus d’une lieue de long; les montagnes au nord et au sud, jusqu’à Bartolo, me semblèrent en être entièrement formées. Elles ne représentent plus des chaines, mais bien des mamelons déchirés, dont les flancs, surtout derrière le bourg de Bartolo, sont coupés presque perpendiculairement, et offrent un singulier aspect. Considéré dans son ensemble, ce massif porphyritique de deux à trois lieues de diamètre seulement, paraît avoir en ce lieu disloqué les roches siluriennes, qui sont là plus relevées et plus tourmentées que partout ailleurs. Ce mamelon pourrait bien faire suite aux roches plutoniennes des environs de Potosi, dont on n’est plus éloigné que d’environ douze lieues géographiques.

Au Rio de Pujioni, en sortant de Bartolo, je retrouvai les terrains siluriens, repré-

1. M. Cordier regarde ces filons rouges comme des melaxites. 2. M. Cordier y a vu des porphyres pétrosiliceux, avec cristaux de mica et de feldspath, et des wackes amygdalaires. M. d’Omalius d'Halloy y a reconnu de la spilite.

sentés par des phyllades schistoïdes. Je vis, en ce lieu, l’un des plissemens les plus Géologie. extraordinaires des couches. C’est un énorme lozange à peu près régulier, placé au milieu de couches inclinées en divers sens, mais surtout à l’ouest. En passant la haute

côte de Pujioni, les grès dévoniens m’apparurent de nouveau sur le sommet, et les phyl-

lades de l’autre côté. Les deux terrains se présentèrent à moi toujours dans la même position, jusqu’au Rio de Chaqui; alors, je vis constamment les phyllades sur le côté

au nord, jusqu’auprès de la ville de Potosi.

À une huitaine de lieues de Potosi, dans la vallée de Chaqui, est une riche source thermale, connue sous le nom de los Baños (les bains). On y a, en effet, pratiqué des bains que visitent assez souvent les habitans de Potosi et de Chuquisaca. L'eau, retenue dans un grand réservoir, où tout le monde se baigne en commun, y est à la température de 25 degrés du thermomètre de Réaumur; elle se répand en vapeurs sulfureuses, et n’a pourtant pas mauvais goût. Elle ne forme aucun dépôt calcaire, comme celie de Miraflor et de Caracato.

Le reste de la vallée de Chaqui, jusqu’à Potosi, me montra, au sud, des roches trachytiques; au nord, les phyllades; et au milieu, une vaste plaine couverte, par endroits, de blocs de trachytes évidemment erratiques, comme ceux que je trouvai sur le plateau de Potosit. En passant de la vallée de Chaqui au plateau de-Potosi, j'avais atteint le point où j'en étais resté dans ma description du grand plateau bolivien?, et j'avais terminé ma dernière course dans les montagnes.

Pour me résumer sur les faits géologiques observés, je dirai que les roches plutoniennes se sont montrées seulement, près de Bartolo, sous la forme de roches porphyriüques, où elles constituent un mamelon peu étendu, qui paraît avoir percé les roches siluriennes.

Les roches de sédiment les plus inférieures sont, comme dans mes quatre itinéraires

précédens, des phyllades schistoïdes contenant quelques fossiles à leur partie supérieure. Ces roches sont les plus inférieures apparentes, depuis Bartolo jusqu’à Samaypata. Elles paraissent constituer la base de tous les terrains; mais elles sont souvent cachées par les grès dévoniens, qui les recouvrent presque partout. Ces roches se montrent principalement dans les cours de rivières, où les dislocations et les dénudations des terrains dévoniens les laissent à découvert.

Les grès dévoniens sont ici dans les mêmes circonstances que dans mon itinéraire précédent; ils reposent sur les terrains siluriens en couches peu discordantes. Je crois que ces grandes dislocations si remarquables, qu'on voit sillonner l’ensemble, sont postérieures au dépôt des terrains dévoniens.

Les terrains carbonifères ne m'ont montré qu'un lambeau près de Valle grande, où il nest que la continuité de celui de San-Pedro, dont j'ai parlé dans l'itinéraire précédent.

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