CHAPITRE IV
La Police à Vienne. — Bals publics et i^oocerts. *- M. le prince de Metternich. — La vérité sur les Massacres de la Gallicie. — Gomment Topinion publique en France a été faussée à ce Aviei par les journaux. — Mission providentielle de l'Empereur de Russie. — Proclamation de la Constitution prussienne.
Je fis à Vienne un plus long séjour que dans les autres villes, parce que le paquebot sur lequel je devais nn^embarquer à Trieste ne partait pas pendant rhiver, et aussi parce que j'avais apporté des recommandations pour plusieurs personnes et y avais rencontré d'anciennes connaissances. M. de Lagrené m'avait remis une lettre pour le baron de Heckeren, ministre de Hollande, et M. Garcin de Tassy m'en avait donné une autre pour le savant baron de Hammer. Un de mes anciens compagnons de voyage dans le Levant, le général baron Prokesch, aujourd'hui ministre d'Autriche à Berlin, arrivait de Grèce ; une autre personne que j'avais vainement attendue dans rinde, et n'était pas descendue de l'Hymalaya quand
sionSy je ne les honorais pas moins. L'amour de la patrie, une conviction ardente, le courage, l'infortune noblement supportée, commandent le respect. Mais les puissances gardiennes du repos public dans les provinces polonaises ne pouvaient, après ce qui venait de se passer, s'abstenir de précautions, et éteindre le foyer qui brûlait à Cracovie était un impérieux devoir. Xe salut du pays était pour elles la loi suprême, comme il l'avait été pour MM. Mole et de Broglie quand il s'agissait de la Belgique, et lors* qu'on présenta les protestations des cabinets de Londres et de Paris contre l'occupation, il ne dut pas être difficile de leur répondre par leur correspondance antérieure. Voilà pourquoi j'aurais désiré que nous n'eussions pas fait cette démarche, qui d'ailleurs, a été inutile.
Deux événements de nature bien différente sans doute, mais qui se produisirent simultanément, émurent beaucoup la population de Vienne, et je crois aussi le Gouvernement autrichien ; la proclamation de la Constitution prussienne et les honteuses folies du roi de Bavière- La royauté s'avilissait comme pour rendre plus éclatant le tnomphe de la liberté , et chacun était frappé du contraste. M. de Mefternich, dont on cherchait à découvrir les sentiments, ne se laissa pas d'abord pénétrer. « C^est la montagne qui est accouchée d'une souris, » disait-il aux membres
du corps diplomatique en parlant de la Constitution prussienne. Mais des paroles plus graves qu'on recueillit firent bientôt après comprendre quMl appréciait la situation. Le baron de Heckeren, qui était plein d'esprit et de malice, ne se lassait pas d'ailleurs de la lui montrer. « C'est heureux, lui disait-il, Irès-heureux pour la Hollande et pour les autres États constitutionnels; cette Prusse allongée comme un serpent en touchait plusieurs et les gênait dans l'exercice de leur liberté. Aujourd'hui, outre l'adjonction d'un royaume qui n'est pas à dédaigner, voilà toute l'Europe libérale réunie en faisceau, et cela va» vrai- Qoent, du Niémen à Cadix, d
Je partis de Vienne reconnaissant des bontés dont m'avaient comblé ceux que j'ai nommés. Là encore j'avais trouvé des sympathies pour la France dans la population et avais cru en reconnaître des signes patents chez le Gouvernement. Je savais, par exemple, que M. de Metternich, éclairé par le baron Prokesch sur l'état des choses en Grèce, n'était pas disposé à laisser recommencer la mystification de 1840.