PROMONTOIRE D’HAGIOS-MINAS
Apollona. — De Mandrikon je me dirigeai directement vers TE. et un peu vers le S., en côtoyant les flancs méridionaux du mont Saint-Élie pour atteindre le village d’Apollona dont le nom antique m’attirait. 12 kilomètres séparent ces deux localités. Le sentier est accidenté et très-pittoresque. A 5 kilomètres environ de Mandrikon, dans une vallée qu’ombragent des sapins et des cyprès gigantesques, coule une source près de laquelle j’ai observé quelques pierres helléniques. Peut-être y avait-il là jadis un sanctuaire ou du moins un autel consacré aux nymphes de ce lieu charmant.
Les pentes du mont Saint-Élie sont, de ce côté, re-
L L’étymologie du mot Mandrikon est y a vfyà, qui signifie étable et pressoir,
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vêtues de belles forêts de pins et sillonnées par plusieurs torrents qu’alimentent les nombreuses sources de ce massif.
Apollona est un village de 70 maisons qu’environnent de frais vergers plantés de divers arbres à fruits. Une église, appelée Stavros (Sravpog) ou Sainte-Croix, renferme quelques plaques de marbre antique. Ces débris proviendraient-ils d’un ancien sanctuaire consacré à Apollon, qui semble avoir été jadis le patron de cette localité?
Près du village est un plateau qu’occupent les ruines d’un Kastro bâti par les chevaliers et formant un carré de 100 pas sur chaque face. Il était défendu par une tour élevée, aujourd’hui à moitié détruite. Dans l’intérieur, autour de cette grande enceinte de murs, régnaient des salles voûtées, dont une partie seulement est encore debout et le reste est renversé.
Platania. — Aune heure un quart plus à l’E. et en longeant toujours au S. le pied du Saint-Élie, on arrive à Platania. Ce petit village ne contient que 20 maisons. Il a dû son nom aux platanes qui croissaient autrefois en ce lieu. Actuellement, il y en a encore plusieurs, mêlés à de hauts peupliers blancs, qui répandent leur ombre sur ce hameau. Devant Platania s’ouvre à l’E. une riante vallée.
Dimelia. — De Platania à Dimelia, le chemin court au N.-E., en tournant le versant oriental du mont Saint-Élie; ensuite, il fait brusquement un coude vers le N.-O., le long des flancs septentrionaux de cette même chaîne. On trawrse une jolie vallée qu’arrose un
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torrent et où s’épanouit une végétation luxuriante de lauriers-roses, de myrtes, de lentisques, d’arbousiers et d’autres arbustes embaumés qui parfument le sentier que l’on parcourt. Puis, en s’approchant de Dimelia, situé à 5 kilomètres et demi de Platania, on aperçoit des champs semés de coton et des jardins remplis d’arbres fruitiers. J’oubliais de signaler aussi une source extrêmement limpide que l’on rencontre chemin faisant et dont l’eau est recueillie dans un réservoir. Elle passe pour l’une des meilleures de l’île; on l’appelle Fondoukli, et les bosquets qui l’entourent ont pu dans l’antiquité être un bois sacré.
Dimelia compte 35 maisons. L’entrée du village était défendue, à l’époque des chevaliers, par une tour carrée, depuis longtemps détruite.
Salakkos. — Six kilomètres et demi à l’O. de Dimelia, Salakkos est situé sur le penchant d’une colline au N. et en face de la cime la plus élevée du Saint-Élie. Une soixantaine de maisons sont éparses au milieu d’agréables vergers que fertilisent plusieurs cours d’eau qui descendent de la montagne; elles sont habitées par 10 familles turques et 50 familles grecques.
Le village est dominé par un plateau, où les chevaliers avaient construit un Kastro mesurant 40 mètres de long sur 30 de large. Il était encore presque intact, il y a une cinquantaine d’années, comme me l’a raconté un vieillard de l’endroit. De vastes terrasses y recouvraient de grandes salles voûtées, et, aux quatre angles, il était flanqué de tours très-élevées; mais alors les Turcs de Salakkos, voulant se bâtir une mos-
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quée, démolirent une partie de ce château pour en tirer des matériaux de construction. Devant ce Kastro s’étend une place qu’ombrage à son centre un vieux platane et où l’on remarque une table de pierre, sur laquelle les Musulmans de ce village ont coutume de déposer leurs morts avant de les enterrer.
Une longue et fertile vallée règne depuis Salakkos jusqu’à la mer, dans la direction du N.-E.-E. On y descend après avoir traversé des jardins, où l’on aperçoit beaucoup de maisons ruinées, preuve que ce lieu était jadis bien plus peuplé qu’aujourd’hui. Il est évident, en effet, qu’une situation aussi heureuse et un sol aussi fécond n’ont pas dû être négligés aux différentes époques où File était florissante.
A 2 kilomètres de Salakkos, dans un endroit appelé Myrtonas, à cause des myrtes qui y croissent, un beau moulin à eau, à moitié détruit, porte encore les armes des chevaliers; plusieurs fontaines l’avoisinent.
Promontoire d’Hagios-Minas. — En continuant i à suivre la même vallée, on arrive au promontoire d’Hagios-Minas. Il est bas et sablonneux. A l’extrémité de cette pointe, on découvre les restes d’une petite tour d’observation, de forme circulaire. Non loin de là, quelques ruines paraissent dater du moyen âge de même que cette tour. Des dunes de sable hérissées de broussailles courent le long de la plage vers le N. et bordent une baie peu prononcée. Après avoir franchi le lit d’un torrent, je remarque une grande quantité de tessons et de poterie brisée dans des champs * couverts de blé et qui descendent à la mer comme
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par étages successifs. S’il y avait une ville antique en ce lieu, on peut dire qu’elle a complètement disparu, à part ces misérables vestiges qui seuls peuvent en signaler encore l’existence.