CHAPITRE XX1IÏ
KASTELLOS. — ANCONI : TOMBEAUX ANTIQUES ET QUELQUES AUTRES RUINES, PEUT-ÊTRE CELLES DE CAMIROS. — MANDRIKON.
Kcistellos . — 4 kilomètres et demi au N.-O. d’Embonas, le village de Kastellos, composé de 60 maisons, est entouré d’une ceinture de jardins où les figuiers et les oliviers abondent. 3 kilomètres plus loin vers le N.-O., un château -fort flanqué de tours est assis sur un monticule rocheux près de la mer. Les murs en sont très-élevés là où le rocher est accessible. On y distingue encore en trois endroits des armoiries, ce
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sont celles de Pierre d’Aubusson et de Fabricius Carretti. Un escalier presque entièrement détruit y conduisait. A l’intérieur, plusieurs bâtiments aujourd’hui renversés servaient jadis à loger les défenseurs de la place. Quelques belles salles voûtées ont seules échappé à la destruction générale. Des broussailles épaisses et même de grands arbres ont envahi le sol et croissent confusément à travers les pierres, recouvrant en certains points des citernes et des magasins souterrains à moitié comblés.
Les rochers sur lesquels ce fort s’élève s’avancent en promontoire dans la mer; derrière cette pointe est une petite anse où peuvent mouiller de faibles embarcations.
En continuant à côtoyer le rivage vers le N., on trouve bientôt une nouvelle anse très-étroite, resserrée qu’elle est entre deux bandes de roches calcaires qui la délimitent. On l’appelle Kopria . C’est là que les barques venant de Khalki ont coutume d’aborder.
1 kilomètre plus au N., un promontoire rocheux et d’un aspect blanchâtre forime une espèce de coude dans la mer, d’où lui est venue la dénomination d’Anconi (Ayjtwvi). Le plateau supérieur de ce promontoire est hérissé de broussailles du milieu desquelles se détachent quelques débris de constructions qui ne paraissent pas devoir remonter au-delà du moyen âge; mais vers le S.-E. j’ai remarqué deux chambres sépulcrales antiques; elles communiquent l’une avec l’autre, sont basses et légèrement voûtées.
Dans les parois des rochers qui regardent la plaine
au N., un autre monument antique, plus digne d’intérêt, mérite de fixer l’attention. Sur la surface du roc aplani, on a pratiqué à gauche une grande niche rectangulaire qui devait renfermer probablement une statue, et à côté un escalier dont les degrés usés par le temps sont presque entièrement dégradés; à droite, et à quelque distance, deux autres niches, creusées horizontalement et superposées , paraissent avoir été des fours à cercueil. Le tout est encadré de moulures élégamment sculptées et surmonté d’un fronton. Lalargeur de ce petit monument est de 4 mètres et la hauteur de 5. Des constructions complètement démolies semblent y avoir été adossées.
M. Ross, inclinant à voir dans le promontoire Ànconi le Thoantion dont il est question dans Strabon, 1. xiv, ch. ii, suppose que ce monument est le heroon de Thoas auquel des honneurs divins auraient été rendus à Rhodes comme à Carpathos. Pour moi, j’ose être d’un avis différent; car Anconi et les ruines qui avoisinent ce promontoire, et qui s’étendent dans la plaine autour de la baie du même nom, ne sont autre chose à mes yeux que les rentes de l’ancienne Camiros placée par Strabon d’une manière positive au N. de l’Atabyris. Or cette ville aurait été située au S. de cette montagne, s’il fallait la reconnaître dans les ruines qui portent néanmoins son nom près du cap Monolithos. La position d’ Anconi au contraire s’accorde très-bien avec les indications de Strabon. La ville occupait une plaine où la charrue depuis a passé , il est vrai , mais où l’on heurte encore à chaque pas des fragments de
poterie et des tas de matériaux qui jonchent le sol. Le long du rivage, on distingue quelques fondations de remises pour les barques ou de magasins pour les matelots, mais dont les vestiges, je l’avouerai, n’offrent aucun caractère de construction hellénique; ce qui ne contredit pas ma supposition. Qui empêche, en effet, de penser que certaines bâtisses plus modernes aient été faites sur l’emplacement de l’antique cité? Quant à celle-ci, si elle a été détruite d’une manière si complète, et si l’on ne retrouve en ce lieu d’autres restes helléniques que les monuments tumulaires dont j’ai parlé, on ne doit point en être surpris, quand on songe que des villes beaucoup plus considérables que Camiros n’ont laissé d’elles-mêmes aucune trace reconnaissable. L’aspect de cette localité , dont le terrain est généralement argileux, et la couleur blanchâtre des rochers d’Anconi, justifient d’ailleurs très-bien l’épithète d’àpyivoeig donnée par Homère à Camiros. Aussi, au lieu de voir avec M. Ross, dans le monument taillé dans le roc que j’ai décrit, le Thoantion de Strabon, serais-je plutôt disposé à y reconnaître le Herobn d’Althémène qui fut après sa mort adoré comme un dieu par les habitants de Camiros.
Du reste, l’opinion que j’émets ici sur la place de cette ville n’est pas neuve, car elle est déjà venue à la pensée de quelques voyageurs, comme le prouve le passage suivant de M. Ross qui en parle et les réfute, sans citer leurs noms :
<c Ces mesquins débris d’iVnconi, dit-il1, ont été re-
Rcisen auf dm g vice Jiù ch en Inseln , p. 103.
SUR L’ILE DE RHODES
gardés, par quelques voyageurs, comme étant ceux de Camiros; mais cette ville est encore plus loin au S.-O. de l’Atabyros, près du cap Monolithos. »
Là, en effet, il y a les ruines que j’ai mentionnées et que les habitants désignent par le nom de Camiros, considération très-grave sans doute à mes yeux et qui semble, au premier abord, trancher la question ; mais comment expliquer alors le passage de Strabon et comment croire que ce géographe, d’ordinaire si précis et si exact, surtout en ce qui concerne le monde grec qu’il connaissait parfaitement et qu’il avait en grande partie parcouru lui-même , se soit trompé sur l’emplacement d’une des villes les plus importantes de l’île de Rhodes? C’est là, je le répète, ce qui m’a inspiré des doutes sur la véracité de la tradition conservée dansle pays et ce qui me porte à placer à Anconi, avec les voyageurs auxquels' fait allusion M. Ross, la ville de Camiros.
Mandrikon. — La plaine d’Anconi est sillonnée dans son milieu par un torrent assez large : puis, jusqu’à Mandrikon, des roches ferrugineuses apparaissent çà et là à la surface du sol. Mandrikon n’est qu’un faible village composé d’une vingtaine de petites maisons. Il est situé dans une délicieuse vallée, arrosée par un torrent dont les eaux sont dérivées en plusieurs ruisseaux. De magnifiques vergers y réunissent confusément des oliviers, des figuiers, des grenadiers, des mûriers, des citronniers et des orangers qui mêlent en quelque sorte leurs fruits et leur feuillage : de toutes parts, aussi, des vignes grimpantes s’enroulent au
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tronc des arbres qu'elles tapissent au printemps de
leur pampre et à l’automne de leurs grappes4.
Les maisons de Mandrikon appartiennent presque toutes aux habitants les plus aisés d’Embonas qui y viennent passer la belle saison.