Athénée , 1. VI, p
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Cette ville s’étendait au pied et sur les pentes inférieures du mont qu’on appelle Philérémos, au N.-E. du village actuel de Kremastos. Ce n’était qu’un bourg, au dire de Strabon, dominé par une acropole fortifiée et très-puissante, nommée à cause de cela même Ochyrôma
« Eiz lâlvdog y.a\ ôîrsp ocvvhu àzponoltç eaTiy,
O xyptopoc yalov[j.évY). »
Ce bourg a complètement disparu, à l’exception de quelques misérables vestiges qui jonchent ça et là le sol sur le terrain qu’il occupait et surtout d’une quantité innombrable de tessons et de débris de poterie antique disséminés de toute part que le soc de la charrue broie et bouleverse chaque année. Cependant, en défonçant leurs champs, les habitants de Kremastos trouvent encore quelquefois de belles plaques de marbre antique, de grands blocs de pierre équarris et des tombeaux évidemment helléniques. On a même découvert, il y a quelques années, dans une pièce de terre nouvellement défrichée, les restes d’un temple ou d’un portiqne dont il existe encore à la même place deux fûts de colonnes en marbre blanc, à moitié ensevelis dans le sol et à côté un chapiteau Corinthien très-finement exécuté. Le fût de ces colonnes est d’ailleurs d’un diamètre peu considérable et le style du chapiteau nous autorise à penser que ce monument est postérieur à la fondation de la capitale et que, par conséquent, la ville ou plutôt le bourg d’Ialysos continua à être habité , même après cette fondation qui dut lui 1. XIV, 2.
SUR L’ILE DE RHODES
porter néanmoins un coup mortel. Car ce bourg n’ayant qu’un port incommode, très-exposé au vent du N. -O. et d’ailleurs trop éloigné de ses murs, il est à croire que beaucoup de ses habitants émigrèrent dans la capitale et délaissèrent leur ancienne patrie dont la décadence commença dès lors et dut marcher probablement avec plus de rapidité que celle de Camiros et de Lindos.
Une partie sans doute de ses dépouilles servit à enrichir la grande ville de Rhodes dont le voisinage et l’heureuse position lui furent très-nuisibles et qui finit par l’absorber elle-même en quelque sorte presque complètement; ce qui explique l’entière disparition de ses ruines.
Sa nécropole touchait au village actuel de Kremastos; car ce sont principalement des tombeaux qui ont été découverts près de c.e village, lequel a été bâti certainement avec les derniers débris d’ialysos.
Quant à son acropole ou Ochyrôma^(6xupw^a, château-fort), elle embrassait dans son enceinte tout le. plateau supérieur de la montagne au bas de laquelle le bourg était situé et qui porte depuis le moyen âge le nom de Philérémos.
Isolée au milieu d’une grande plaine et très-escarpée au S., à l’E. et à l’O. , cette montagne est plus facile à gravir vers le N., parce qu’elle s’élève de ce côté par plusieurs étages successifs de collines qui semblent se superposer les unes au-dessus des autres. Les pentes en sont couvertes de broussailles et, en certains endroits, de bouquets de pins, de cyprès et de sapins. Au bout de 25 minutes d’une ascension assez pénible,
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on arrive à une plate-forme peu étendue, qu’ombrage un vieux noyer et où une source, jaillissant des flancs de la montagne, déverse ses eaux dans un petit bassin creusé dans le roc et de là, par un conduit, dans un réservoir plus considérable et maçonné.
Sous ce noyer, on remarque deux tambours de colonnes antiques et cannelées ayant 56 centimètres de diamètre. M. Ross émet l’idée1 que ces débris sont peutêtre les restes d’un ancien temple dédié aux nymphes Telcbiniennes d’Ialysos. 11 se fonde sur le passage suivant de Diodore de Sicile 2 : « Uapà de ï aïveioig Upav xal ocg T el^iviag. )> Cette conjecture, en effet, ne manque pas de vraisemblance, attendu qu’il n’y a pas d’autre source sur le mont Philérémos ; et il est à présumer que celle-ci, qui était si précieuse pour les Ialysiens, a été consacrée jadis par eux, dès le temps môme des Telchines, aux nymphes du lieu.
Près de là est l’habitation d’un Turc qui est aujourd’hui le propriétaire de toute la montagne et le possesseur unique de l’acropole d’Ialysos. En achevant de gravir le mont pendant 5 à 6 minutes, on parvient enfin au plateau supérieur, après avoir franchi une porte construite avec des blocs helléniques et défendue autrefois par une tour, maintenant à moitié renversée et dont les assises inférieures sont antiques, tandis que les autres sont plus modernes. Cette porte donne entrée sur une immense plate-forme qu’environnait du temps des chevaliers une enceinte de murs crénelés,