Ptolem., Géogr., V
SUR L’ILE DE RHODES
C’est là que la tradition place généralement l’aventure du chevalier Gozon immolant le dragon monstrueux qui épouvantait File sous le magistère d’Hélion de Villeneuve.
Au bassin de Trianda succède celui de Sondourli. Sans revenir ici sur les agréments de ce site, pour ne pas tomberdansdes redites inutiles, contentons-nous de saluer denouveau en passant les ombrages etles sources qui nous y ont déjà charmés.
Au-delà de Sondourli, la côte se resserre et la plage sablonneuse où l’on marche n’a guère plus de 60 pas de large. A gauche, la mer vient battre incessamment la grève dont elle polit les galets ; à droite, s’élève le plateau du Nerdjan-Tepe, le petit Atabyron d’autrefois, celui qui est mentionné, comme je l’ai dit, dans Appien, et qui portait à son sommet, de meme que la grande montagne de l’ile, un sanctuaire consacré à Jupiter Atabyrios. Plus loin, le plateau du mont Saint-Etienne, un peu moins haut que le précédent, et couronné jadis par l’acropole de Rhodes, étale à nos yeux ses flancs abrupts que de violentes secousses semblent avoir plus d’une fois ébranlés; car d’énormes quartiers de roc ont été précipités des pentes du mont jusque dans la mer. Le sentier que l’on suit se relève alors légèrement et offre l’aspect d’un petit défilé extrêmement étroit et bordé de roches gigantesques qui se sont détachées de la montagne pour s’arrêter là dans leur chute et qui n’attendent qu’un nouveau tremblement de terre pour rouler plus bas encore. Ce passage une fois franchi nous redescendons sur
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une nouvelle plage qui nous ramène bientôt à Néo-
Maras.
Nous avons ainsi terminé l’exploration que nous avions entreprise. En effet, nous voici de retour à notre point cle départ, après avoir parcouru toutes les côtes, aussi bien que l'intérieur de l'île.
Je n’ai néanmoins la prétenlion ni d’avoir tout vu ni d’avoir tout dit, et c’est une simple esquisse que je présente plutôt qu’un tableau achevé et complet. Toutefois, je crois avoir reproduit, le plus fidèlement qu’il m’a été possible, tous les traits généraux et les détails les plus importants du pays que je voulais décrire.
L’histoire m’aurait, sans doute, permis de répandre plus d’intérêt sur cette étude, dont quelques parties pourront paraître un peu arides et monotones ; mais j’aurais alors de beaucoup dépassé les limites que je m’étais imposées. Aussi me suis-je borné à résumer les principaux faits qui se rapportent à l’histoire particulière de Lindos, de Camiros et d’Ialysos, les trois plus anciennes cités de l’île et les plus considérables avant la fondation de la capitale. Quant aux nombreux et grands événements qui, soit dans l’antiquité, soit au moyen âge, ont rendu si fameuse cette dernière ville, je me suis abstenu d’en parler, parce qu’à eux seuls ils demanderaient plusieurs volumes pour être exposés convenablement et avec tous les développements que comporte un pareil sujet. J’aurais pu, il est vrai, en tracer un aperçu rapide et succinct; mais, comme je l’ai dit dans ma préface, il m’a paru inutile de l’es-
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quisser ici, après l’excellent article que M. L. Lacroix a consacré à l’histoire de Rhodes dans son ouvrage sur les Iles de la Grèce. Je me suis donc contenté de donner une description exacte du théâtre où ces faits se sont accomplis : j’ai essayé du moins de le représenter tel que je l’ai vu, sans chercher jamais à travestir par des couleurs mensongères la physionomie véritable des lieux. Puissé-je avoir contribué pour ma faible part à faire mieux connaître celte île célèbre, si déchue, hélas! maintenant de sa gloire, mais si pleine encore d’intérêt et de souvenirs! Aucune autre de l’Archipel n’a été à la fois plus favorisée de la nature et plus remplie d’événements. Aucune autre n’a joué à différentes époques sur la scène de l’histoire un rôle plus éclatant.